Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre
Merci de prendre connaissance des conditions d'utilisation des forums, des blogs et du chat

Précédent   Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre > La Sirène Rougissante > Le cabinet littéraire et B.D. > La Grande Bibliothèque Impériale > Les oeuvres des Couronniens > Les neiges des Darkanisses

Les neiges des Darkanisses Mordria, un plan au climat particulièrement froid, parsemé de grandes chaînes de montagnes. Le système politique est féodal à souhait, et les territoires sont découpés en des centaines de minuscules royaumes.

Réponse
 
Outils de la discussion Noter la discussion
Vieux 30/06/2005, 15h20   #1
Mekren le maudit, Aventurier
Minotaure
 
Avatar de Mekren le maudit
 
Date d'inscription: novembre 2004
Localisation: Metz
Messages: 1 726
Envoyer un message via MSN à Mekren le maudit
Par défaut

Je resserrai convulsivement le grand manteau de fourrure qui me protégeait les épaules. J’étais pourtant habituée au froid qui régnait en permanence sur les Darkanisses, mais le vent glacial qui balayait cette nuit d’hiver dépassait mon entendement. Jamais je n’avais eu à endurer de telles bourrasques, même sur le plus haut et dénudé des cols glacés qui entouraient notre propriété.

Je maudis ma montagne avant de traverser la cour de la propriété au pas de course pour rejoindre l’abri du foyer. C’était dans de tels moments qu’il me venait à l’esprit de la détester. Pendant toute ma jeunesse, j’avais appris à la révérer avec crainte, comme une entité propre. Une déesse dangereuse, avec laquelle il fallait lutter chaque jour pied à pied pour espérer survivre. Nos prêtres, qui la personnifient sous les traits de Kanyssa, la reine des vents et des glaces, lui consacrent une pléiade de temples tous plus rutilants les uns que les autres. Je n’ai que peu de foi en ces croyances populaires, mais j’ai appris à honorer la montagne, à ma façon.

Pressant le pas, j’atteignis enfin la porte salvatrice qui me ramènerait dans la salle commune. Je fis jouer la poignée et me jetai à l’intérieur. Malgré ma célérité, je ne pus empêcher une rafale de vent de me suivre dans le hall, maculant le sol de neige glacée. M’arqueboutant contre le battant, je parvins avec peine à le refermer. Carlotta vint en boitillant me soulager de mon manteau trempé et me tendit un châle sec, avant de se lancer à l’assaut des petites flaques de neige fondante. C’était une de nos rares servantes, une vieille mégère qui était attachée à notre famille depuis, me semblait-il, la nuit des temps. Une sorcière qui nous avait souvent battues, Eva et moi, mais qui cachait un cœur d’or et une loyauté à toute épreuve.

N’écoutant que d’une oreille ses fades commentaires sur la tempête qui faisait rage dehors, je croisai mon regard dans le petit miroir oxydé qui ornait le mur me faisant face. On m’a toujours dit que j’étais jolie, et j’espérais sincèrement que cela soit vrai. J’avais un visage fin prolongé par un menton un peu volontaire, qui me donnait un petit air mutin. Mes cheveux, que je gardais toujours coiffés en chignon, deux mèches encadrant mon visage, étaient d’un noir de jais. Deux yeux d’un brun puissant venaient compléter mon portrait. J’avais enfin une silhouette plutôt élancée, mais je trouvais que ma sœur était bien plus belle que moi.

Je laissai mes pas me conduire dans la salle commune où un feu réconfortant brûlait. Je restai quelques instants immobile, m’imprégnant toute entière de la douce tiédeur qui régnait dans la pièce. Il s’agissait d’une assez grande salle meublée de mobilier que la haute noblesse qualifierait de rustique. Une grande table de bois noir en occupait la partie est, et servait aux repas, tandis que la partie ouest faisait office de salon et de salle de réception. C’est pourquoi elle était meublée de tables basses et de grands fauteuils d’étoffe rude. Dans l’un d’eux, le plus proche du feu, se tenait la silhouette de ma mère, occupée à sa broderie, comme tous les soirs aussi loin que remontait ma mémoire. Attablé devant un énorme livre qui servait à vérifier les comptes de notre domaine de Cremala, la silhouette de mon père se découpait devant la grande fenêtre obscurcie par la tourmente qui régnait au-dehors. Près de lui, le dossier d’un siège imposant dissimulait à ma vue la silhouette d’Eva, le regard perdu dans la violence du déluge de neige. Le regard interrogateur de mon père me ramena à la réalité, et à la « mission » qui m’avait été confiée.

Je me laissai couler dans le premier fauteuil à ma portée, avant de reporter toute mon attention sur la face de gargouille de mon géniteur. Les traits de son visage étaient durs, comme cristallisés par de longues années d’exposition aux vents des Darkanisses. Il avait une forte carrure, et ressemblait à un géant. Je ne m’imaginais toujours pas comment un être si masculin avait pu engendrer deux filles, avant de se retrouver stérile. A mes yeux, c’était quelqu’un à parcourir les cols avec un héritier mâle pour chasser ou guerroyer. Il avait pourtant été un bon père pour nous, et s’était gardé de nous reprocher de n’être pas nées de l’autre sexe.

Je soutins son regard quelques secondes avant de répondre à sa question tacite. Occupé aux comptes des revenus du petit domaine que nous dirigions, il n’avait pu effectuer la tâche lui-même, et me l’avait confiée : j’avais dû sortir dans la tempête pour vérifier l’état de notre réserve de bois sec, Carlotta ne pouvant s’en charger à cause de ses rhumatismes et Stephen, notre deuxième serviteur, étant en visite dans sa famille. Père avait en effet entendu des craquements suspects dans la charpente, et pressentait un accident.

« Vos soupçons étaient fondés, répondis-je à ses yeux inquisiteurs. Le toit de la réserve a cédé en trois endroits, et la plupart des bûches sont trempées. »
Il jura doucement entre ses dents, ce qui fit lever les yeux de son ouvrage à ma mère, qui brodait au coin du feu. Elle avait beaucoup vieilli, et n’avait jamais été très belle, mais un charme particulier émanait encore de sa petite silhouette frêle, qui semblait pouvoir se briser au moindre souffle de vent. Etrangement, aucune personne ne pouvait plus être dissemblable de mon père, à la carrure de taureau.
« Voyons, Cordrech, soigne ton langage en présence de tes filles ! »

Le seigneur Cordrech Elstran de Cremala ignora magistralement la remarque, et se replongea dans son livre de comptes, non sans fustiger Stephen, qui n’était jamais là quand il le fallait. Cette petite scène était très représentative de ma famille. Ma mère pouvait toujours faire des remarques sur son comportement et notre éducation, Père n’en avait toujours fait qu’à sa tête. Je m’en félicitais, d’ailleurs, car dame Félicia était une de ces personnes rigoristes et froides qui privent les jeunes filles de tout ce qui peut les distraire de leur broderie. J’avais ainsi appris, grâce à mon père, quelques notions d’escrime, un sport qu’exécrait ma mère. Je savais aussi, tout comme ma petite sœur Eva, monter à cheval en homme, et non pas en amazone, l’inconfortable posture que nécessitait le port de robes trop encombrantes pour faire plus de quelque pas. Enfin, je savais écrire et compter, ce que même la plupart des hommes du village ne savaient pas faire. C’était un père dur, mais nous l’aimions, et il nous le rendait bien.

Le sifflement continu du vent fut interrompu par la voix de ma sœur, qui jaillit de derrière son dossier.
« Père, permettez moi, mais cette tempête n’est pas normale. »
Alors qu’elle parlait, elle avait orienté son siège pour se retrouver face à nous. Elle avait à peine quatorze ans, mais semblait déjà physiquement plus âgée que moi. Elle ne me ressemblait pas beaucoup. Même sielle était un peu moins grande, elle m’avait toujours semblé mieux équilibrée que moi. Je me suis toujours considérée comme dégingandée, mais Eva était la perfection même à mes yeux. Elle possédait un long visage en lame de couteau, plein de grâce, non de violence comme cela arrive si souvent lorsqu’on porte ce type de figure. Elle tirait ses magnifiques cheveux, aussi blonds que les miens étaient noirs, en arrière et les retenait par un serre-tête de cuir brun assorti avec ses yeux noisette. Sa chevelure descendait jusqu’à son bassin en une cascade blonde qui faisait son succès auprès des garçons. Contrairement à moi, elle n’avait jamais été coquette, mais semblait posséder naturellement cette grâce qui l’avait déjà fait demander deux fois en mariage.

Cordrech leva à peine le nez de son livre pour observer la tempête, avant de pousser un grognement dédaigneux.
« Peuh, j’en ai déjà vu de bien pires. Ne t’inquiète donc pas pour si peu.
-Quand même, reprit Eva. Nous ne sommes pas au plus fort de l’hiver. Je n’ai jamais connu autant de neige et de vent à une telle époque de l’année…
-Sottises ! Tonna Père. Je connais cette montagne pour y avoir vécu quarante ans, et je sais mieux que toi les caprices dont elle est capable. Laisse moi donc, tu vois bien que je suis occupé ! »

Et il replongea son nez dans son tome, griffonnant quelques remarques ici et là. Eva chercha mon regard, comme elle le faisait souvent lorsque Père la rabrouait. Mais dans ses yeux brillait une lueur que je ne lui connaissais presque pas. C’était celle de l’appréhension. Intriguée, et devant son regard suppliant, je vins la rejoindre près de la fenêtre. Nous nous mimes à converser à voix basse pou ne pas encourir le courroux de Cordrech, car nous le savions irritable et terrible.
« Toi qui est sortie, qu’est ce que tu en pense ? Me chuchota-elle, attendant anxieusement la réponse. »
Je me tournais vers la baie vitrée et sondais l’obscurité quelques instants, avant de répondre.
« J’avoue que nous n’avons pas connu beaucoup d’hivers aussi rudes. Mais les Darkanisses sont imprévisibles, tu le sais bien… »
Je vis bien que ma réponse ne lui convenait pas. Elle semblait vaguement furieuse, maintenant, mais sa peur prédominait dans son esprit et sur son visage. Elle ouvrit la bouche sans rien dire, et fixa à nouveau, à travers la vitre, quelque chose que je ne pus distinguer. Elle prononça quelques mots, si bas que j’eus du mal à en comprendre le sens immédiatement.
« Si cette tempête est normale, crois-tu que quelqu’un pourrait allumer un feu et le conserver vivace à l’extérieur d’un bâtiment ? »

Je faillis lui éclater de rire au visage. L’idée était tellement saugrenue que j’avais du mal à croire qu’elle puisse venir à l’esprit d’une personne qui avait vécu quatorze années avec bises et tempêtes. Mon amusement dût transparaître sur mon visage, et Eva éclata, sa colère prenant le dessus quelques secondes sur sa peur.
« Répond moi ! Cria-t-elle presque. Puis : Réponds moi, reprit-elle d’un air piteux où l’appréhension reprenait le pouvoir.
Je restais un instant interloquée par son comportement. Je ne lui avais pas souvent connu de crises de terreur, car elle avait un tempérament d’acier trempé, au plus grand plaisir de mon père. Je répondis enfin, en partie pour enlever de son visage l’expression pitoyable qui s’y peignait, en partie pour connaître ce qui la tracassait ainsi.
« Bien sûr que non, tu sais bien qu’il est impossible d’allumer un feu et de le conserver dans de telles conditions.
- Alors dis moi ce que c’est que CA ! »

Et elle pointa rageusement son doigt sur un point de l’immensité obscure qui s’étendait derrière les carreaux. Je regardais dans la direction qu’elle m’indiquait, de plus en plus déconcertée. Je ne vis d’abord rien. Puis, mes yeux s’accoutumant à la noirceur de la nuit, je vis effectivement un tache de lumière qui tremblotait, à l’instar d’un feu de camp. La lumière ne semblait pas subir les effets du vent.
« Peut-être est-ce un des feux d’intérieur de château Ezderon que nous apercevrons par une fenêtre, dis-je pour donner le change, bien que mes convictions commençaient à faiblir.
- Tu sais bien que non ! ragea ma sœur, au bord de l’hystérie. Regarde le ! Il se déplace, il fait des allers et retours ! » Elle tourna vers moi ses grands yeux bruns. Ils étaient pleins de larmes. « Dis moi, Fianna, dis moi ! Qu’est ce que cela peut-être ? »

Je n’en avais pas la moindre idée. Je trouvais que le comportement de ma sœur était un peu abusif, mais elle avait toujours été quelque peu superstitieuse, même si elle n’a jamais voulu se l’avouer. Je la soupçonnais d’avoir pris cette chose pour un esprit. Comme pour confirmer mes dires, Père cria de sa voix de Stentor exaspérée :
« Alors fillettes, qu’avez-vous vu ? Des banshee, peut-être ? Questionna-t-il sur un ton de dérision qui cachait son énervement. »

Il n’eut jamais la réponse. Quelque chose provoqua à l’instant même un tumulte d’aboiements dans la cour. Nos chiens de garde avaient repéré un intrus. Il ne fut fait aucun mystère sur son identité puisqu’il frappa immédiatement à la porte et entra sans cérémonie. J’entendis la vieille Carlotta protester contre la neige que l’étranger avait ramené avec lui alors que sa silhouette se découpait dans l’embrasure de la porte de la salle commune.

C’était un grand homme mince et sportif au visage d’épervier et aux cheveux roux trempés par la neige. Sa cape élimée témoignait de ses fonctions de messager. Je l’avais déjà vu auparavant, et savais qu’il était rattaché au service du seigneur Kassac D’Ezderon, dont nous étions les vassaux. J’eus à peine le temps de me demander ce qu’il faisait là en pleine tempête. Il traversa la salle à grandes foulées, se dirigeant droit vers mon père. Celui-ci se leva respectueusement à son approche.

« Seigneur Cordrech Elstran de Cremala, le seigneur Edrich Kassac d’Ezderon vous mande pour la défense de son fief. Levez tous vos hommes valides dans les plus brefs délais. Partez immédiatement. »
__________________
Les Neiges des Darkanisses. Onze chapitres postés. Arrêt de diffusion sur le net, pour suite et texte réorganisé, MPéez moi
Mon moi RP; La Naissance du Maudit ; L'Invasion des Ombres
Amis métalleux, venez visiter mon petit blog de chroniques métal
Mekren le maudit est déconnecté   Réponse avec citation
Réponse

Liens sociaux

Tags
Aucune

Utilisateurs regardant la discussion actuelle : 1 (0 membre(s) et 1 invité(s))
 
Outils de la discussion
Noter la discussion
Noter la discussion:

Règles de messages
Vous pouvez créer de nouvelles discussions
Vous pouvez envoyer des réponses
Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
Vous ne pouvez pas modifier vos messages

Les balises BB sont activées : oui
Les smileys sont activés : oui
La balise [IMG] est activée : oui
Le code HTML peut être employé : non
Trackbacks are oui
Pingbacks are oui
Refbacks are non


Fuseau horaire GMT +2. Il est actuellement 15h18.



Merci de soutenir La Couronne de Cuivre et le Wiki consacré à Baldur's Gate et aux RPG

Les forums La Sirène Rougissante, La Couronne de Cuivre, ainsi que les sites associés Le Portail du Web et Le Monde de Baldur's Gate sont protégés par le Code de la propriété littéraire et artistique. Baldur's Gate I (1998), Tales of the Sword Coast (1999), Baldur's Gate II (2000) Shadows of Amn, et Throne of Bhaal (2001) sont ©BioWare, licenses et distribution ©ATARI. Dungeons & Dragons material est ©Wizards of the Coast. NeverWinter Nights est un produit ©Bioware, licenses et distribution ©ATARI. DRAGON AGE © 2002-2007 BioWare Corp. Dragon Age, the Dragon Age logo, BioWare Corp., and the BioWare logo are trademarks of BioWare Corp. in the United States, Canada and other countries. All other trademarks are the property of their respective owners. All rights reserved.
Conformément à l'article 34 de la loi 78-17 du 6 janvier 1978 dite loi "Informatiques et Libertés" vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression de vos données personnelles (déclaration CNIL en cours mai 2007). Pour faire valoir ce droit contactez nous en cliquant ici et en utilisant le formulaire à votre disposition


Édité par : vBulletin® version 3.7.0
Copyright ©2000 - 2008, Jelsoft Enterprises Ltd.
Content Relevant URLs by vBSEO 3.2.0 RC5 Tous droits réservés.
Version française #16 par l'association vBulletin francophone

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185