Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre
 

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Les neiges des Darkanisses Mordria, un plan au climat particulièrement froid, parsemé de grandes chaînes de montagnes. Le système politique est féodal à souhait, et les territoires sont découpés en des centaines de minuscules royaumes.

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Vieux 04/07/2005, 13h13   #51
Mekren le maudit, Aventurier
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Originally posted by Galathée@lundi 04 juillet 2005, 11h47
Quelle histoire sordide... Les gens ont la gangrène, ils sont brûlés vifs, transpercés, défigurés, piétinés, foudroyés... En tout cas, ça commence fort et dramatique. Un sacrifice, de la neige, du sang, la nuit... Très romantisme 19ème siècle, s'il n'y avait pas toute cette tripaille. Bon je m'arrête là.
Des gens foudroyés? Où ça? :notme:
Voilà, le grand acte dramatique est terminé, on va revenir à un peu de soft. C'était le chapitre indispensable, qui pose les bases du reste. Et comme je déteste par dessus tout les: "il lui donna un coup d'épée et il mourut", qui réduisent les combats au strict minimum, je décris un peu plus ce qui se passe, d'où quelques passages pas très romantiques...
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Vieux 04/07/2005, 13h43   #52
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Le globe ardent s’abattit en un fracas infernal, roussissant légèrement la tunique du seigneur de Cremala. Tous n’urent pas cette chance. L’homme d’armes qui l’avait blessé s’était avancé jusqu’à se trouver au point que Cordrech occupait précédemment.
Eurent, pas urent

Citation:
« Ne vous inquiétez pas, lui dit-il, votre blessure est superficielle. La bataille ne semble pas finie, je reviendrais vous chercher après. »
Au futur, ce serait mieux

Enfin sinon, c'est toujours aussi bien (j'ai l'impression de me répéter mais bon, je vais pas dire que c'est naze alors que je le pense pas )
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Vieux 04/07/2005, 14h49   #53
parain37
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* Allez me brûler cela dans le poêle.
J'ai pas souvenance qu'il en soit fait mention précédement dans l'aménagement intérieur de la maison.

Citation:
Il vit l’archer trop tard...la course du dard
A l'origine, le dard est une arme de jet, il n'est pas évident que l'on puisse mettre ce mot, mais à vérifier avec un dico de synonymes.
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Vieux 04/07/2005, 15h20   #54
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Originally posted by parain37@lundi 04 juillet 2005, 13h49
Citation:
* Allez me brûler cela dans le poêle.
J'ai pas souvenance qu'il en soit fait mention précédement dans l'aménagement intérieur de la maison.

Citation:
Il vit l’archer trop tard...la course du dard
A l'origine, le dard est une arme de jet, il n'est pas évident que l'on puisse mettre ce mot, mais à vérifier avec un dico de synonymes.
En effet, le poêle n'est pas cité, pour la simple et bonne raison qu'il se trouve à la cuisine, et qu'à la cuisine, on n'y est pas allé.

Pour le dard, tu as raison, mais il est aussi un synonyme de flèche, vérifié dans deux dicos de synonymes différents. On peut en faire doubl emploi, et comme j'essaye de ne pas trop répéter les même mots...
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Vieux 04/07/2005, 15h41   #55
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Oh, une tite suggestion, pour l'organisation du forum :

si tu mettais l'atelier de travail en épinglé, je pense qu'au bout du compte ce sera plus lisible... parce que comme les chapitres risquent de s'amonceller..

Enfin moi je dis ça comme ça hein

edit disaster: tu as raison, application immédiate.
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Vieux 05/07/2005, 11h36   #56
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Allez, le début du chapitre 2, où chacun fait son deuil.



Je descendis les marches qui menaient à la chapelle avec l’empressement d’une personne qui n’a plus une minute à elle. Et de fait, depuis que nous avions appris la mort de Père, j’avais à peine eu quelques instants pour le pleurer et honorer sa mémoire.

Nous n’avions connu l’issue de la bataille qui s’était déroulée cinq jours plus tôt que le lendemain des évènements. Les trois villageois survivants qui avaient participé aux hostilités étaient restés toute la nuit et une partie de la journée suivante dans l’aile de la propriété d’Ezderon qui tenait encore debout : ils n’avaient pu repartir dans le froid sans risquer d’y périr, y ayant déjà été par trop exposés en ce jour funeste. Ce fut dans une effervescence d’esprit intense que nous attendîmes leur retour, redoutant le pire. Eva et moi avions encore usé les fibres du tapis qui couvrait le sol de la salle commune par nos va-et-vient incessants.

J’ai toujours du mal à déterminer laquelle d’entre nous a le plus souffert de la nouvelle. Epuisées par une longue nuit de veille, les nerfs mis à fleur de peau par les interminables heures d’attente, nous étions brisées mieux que par une journée de voyage sur le pire col des Darkanisses. Aucune de nous n’avait eu assez de défenses mentales pour parvenir à intérioriser sa peine. Dame Félicia s’était écroulée comme une loque sur les dalles du hall, et avait disparu dans sa chambre, aidée de Carlotta. Je l’ai entendue pleurer la moitié de la journée, avant de plonger dans un sommeil agité. Pour ma part, je m’étais laissée tomber dans le fauteuil que Père occupait ce dernier soir, et avait passé plusieurs heures a regarder le néant, l’esprit vide de toute pensée, feuilletant sans but l’énorme livre de comptes qui occupait Cordrech quelques heures avant sa mort. Quant à Eva, elle était sortie de la salle commune sans un mot, et était allée s’enfermer dans la chapelle, ou je supposais qu’elle avait prié toute la matinée.

Le soir de cette journée éreintante d’inaction, ma mère était sortie de sa retraite, larmes séchées et visage froid, et m’avait sollicité pour les préparatifs des funérailles. Je n’avais accepté qu’à contrecoeur, pour soulager quelque peu le fardeau pesant sur ses frêles épaules. Nous étions désormais un domaine sans homme, et devions tout prendre en charge nous même. J’avais d’abord effectué les multiples tâches que dame Félicia m’assignait à contrecoeur, la blâmant pour son manque de délicatesse : elle ne pleurait plus Cordrech, et m’empêchait d’honorer sa mémoire autant que je l’aurais souhaité.

Ce fut lorsque Eva refit son apparition, après deux jours d’errances sans but, que je sus gré à ma mère de m’avoir forcée à m’occuper. Ma sœur n’était plus qu’un spectre larmoyant ; renfermée sur elle-même, elle se laissait déborder par sa tristesse et s’y immergeait totalement. Mon activité m’avait forcée à écourter le deuil de mon père, et mon esprit, trop occupé par l’accomplissement de mes tâches, n’avait pas sombré dans le désespoir le plus noir. Je reprenais peu à peu goût à la vie, et m’en félicitais.

En ce jour, qui précédait celui de la cérémonie officielle, j’avais eu pour tâche d’aller préparer la chapelle de la propriété de Cremala. Ma mère connaissait mon peu de convictions pour les Dieux que les prêtres nous faisaient adorer, et, en m’assignant cette tâche qu’elle savait être une corvée, elle m’avait fait comprendre qu’elle souhaitait que, une fois dans ma vie, j’honorasse le service divin sans montrer ma répulsion. Je réfléchis quelques instants à sa demande avant de me dire que je devais bien cela à l’être formidable qu’avait été mon père.
Je décidai donc d’effectuer la tâche pour montrer à dame Félicia que j’accéderai à sa demande. Sur le chemin des sous sols où se situait notre lieu de culte, je passai devant le siège qu’occupait ma sœur. Comme à chaque fois depuis trois jours, elle leva sur moi ses yeux pleins de tristesse, où brillait une étincelle de reproche. Elle n’acceptait toujours pas l’idée que je puisse vaquer à mes occupations sans cet air affligé qu’elle promenait partout. J’eus pitié d’elle, pauvre créature perdue dans les méandres de sa mélancolie, et lui expliquai ma tâche du moment dans l’espoir de l’attirer avec moi, de la sortir de l’abîme sans fond de son désespoir.

Je pensais sincèrement que l’idée de travailler pour remettre la chapelle en état allait la stimuler, l’arracher à sa torpeur et lui faire oublier quelques instants sa peine, elle qui avait toujours été pieuse. Mais si ma proposition anima enfin ses traits tirés par le manque de sommeil, ce ne fut pas de la manière que je l’espérais. Son visage se décomposa plus qu’il ne l’était déjà, un trouble extrême s’emparant de ses pupilles soudain dilatées. Je ne pus retenir un mouvement de recul qui trahit ma stupéfaction. L’expression de mon étonnement dut se peindre sur ma figure, car immédiatement Eva ferma son visage, en bannissant l’expression qui m’avait tant étonnée. Elle se leva d’un bond, me dit d’un ton faussement neutre où pointait encore une faible nuance du trouble qui l’agitait :
« Tu avais raison. »

M’abandonnant au centre de la pièce dans état de perplexité extrême, elle me tourna le dos et sortit, claquant violemment la porte derrière elle, sans expliquer plus sa phrase énigmatique. Je restai quelques secondes interdite et désorientée. Je ne comprenais plus ma sœur. Tournant et retournant ces trois mots pleins de mystère, je repris le chemin de la chapelle. Je m’engageai dans l’escalier en colimaçon qui menait dans le lieu de culte.

Je débouchai dans la salle du temple, éclairée par le soleil du matin tombant par les fenêtres creusées en hauteur. C’était une pièce relativement sobre, dallée des mêmes pierres grises qui composaient ses parois. Une vingtaine de chaises poussiéreuses en occupaient la partie nord, alors que la partie sud accueillait le chœur et l’autel dédié à Kanyssa. Orné de quelques dorures et d’une statue de roche claire, il était éclairé lui aussi par les fenêtres placées en hauteur. L’architecte qui avait construit la propriété avait réussi à créer un effet de luminosité qui donnait un aspect de sainteté à l’ensemble. Quelques niches réparties sur les deux autres parois représentaient les autres dieux qu’on nous faisait adorer.

A la vue de l’autel, je compris immédiatement le sens des paroles de ma sœur. Je sus ce qu’elle avait fait lorsqu’elle s’était enfermée dans la pièce.
La statue de Kanyssa était fracassée en milles morceaux. La tête de la statue avait volé en éclats sous les coups répétés d’une masse d’armes, et le beau corps de la déesse était horriblement estropié par les coups furieux qu’Eva lui avait asséné : la robe flottant au vent n’était plus qu’un souvenir, et les bras finement ciselés gisaient, brisés, près de la masse de fer qui était restée adossée à l’autel mutilé. Ne restait de la silhouette qu’un piton de roc mêlé à l’armature de métal qu’avait utilisé le sculpteur pour faciliter sa tâche.

Eva, déçue dans sa croyance envers la déesse par son refus de lui rendre Cordrech vivant, s’était retournée contre sa manifestation terrestre. Avec l’énergie du désespoir, elle avait détruit celle qu’elle avait honorée avec passion tout au long de sa courte vie.

J’observai les débris qui jonchaient le sol, et priai pour qu’un autre lieu de culte puisse être instauré. J’espérai sincèrement ne pas avoir à déblayer le tas de gravats qui avaient représenté la reine des vents.

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Vieux 05/07/2005, 12h00   #57
Drydo
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Mouamouamouamouarf je suis la première aujourd'hui :rigoler: !!
J'aime beaucoup cet épisode, qui raconte un deuil en détail, sans supers pouvoirs utilisés toutes les 5 lignes. C'est vraiment sympa, et l'emplo idu pronom personnel "Je" me fait l'impression d'être le personnage (alors s'il te plaît ne la fait pas décapiter ou torturer ou je ne sais pas quoi dans des futurs textes :..: )
J'attends la suite avec impatience !
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Vieux 05/07/2005, 14h00   #58
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Ah de fait, on passe de la bataille bien sanglante, aux tristes moments des nouvelles des morts.... J'aime ce contraste, ça donne des variations au récit (trop d'action tue l'action, comme dirait l'autre ).

Quelques tites fautes (et oui, je suis un vrai emm******, je sais )
Citation:
Le soir de cette journée éreintante d’inaction, ma mère était sortie de sa retraite, larmes séchées et visage froid, et m’avait sollicité pour les préparatifs des funérailles. Je n’avais accepté qu’à contrecoeur, pour soulager quelque peu le fardeau pesant sur ses frêles épaules. Nous étions désormais un domaine sans homme, et devions tout prendre en charge nous même. J’avais d’abord effectué les multiples tâches que dame Félicia m’assignait à contrecoeur, la blâmant pour son manque de délicatesse : elle ne pleurait plus Cordrech, et m’empêchait d’honorer sa mémoire autant que je l’aurais souhaité.
Manque un trait d'union à "nous-mêmes", et la répétition de "contrecoeur" est disgrâcieuse .
Citation:
Je décidai donc d’effectuer la tâche pour montrer à dame Félicia que j’accéderai à sa demande.
Au conditionnel, je pense que ça donnerait mieux .

Sinon c'est vraiment bien, comme d'habitude, oserais-je dire J'aime bien aussi la scène de destruction de la statue par Eva, ça rajoute au dramatique de l'ensemble du passage :fleur:
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Vieux 06/07/2005, 09h51   #59
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J'arrive tardivement mais je suis toujours là...

Pas grand chose à signaler, c'est toujours très prenant et je suis curieuse de lire la suite. Comme le dit Drydo, l'utilisation de la première personne du singulier implique drôlement le lecteur...

Et ne saurons-nous rien de ce qui est arrivé au malheureux dont le visage était gangréné?!! (bon, ne me demandez pas son nom!)
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Vieux 06/07/2005, 11h46   #60
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Citation:
Et ne saurons-nous rien de ce qui est arrivé au malheureux dont le visage était gangréné?!! (bon, ne me demandez pas son nom!)
Allez, courage Galathée, si tu réponds à au moins une bonne réponse dans le questionnaire tu n'oublies pas trop vite les noms
1 : si je te dis idiot, tu penses : Mor.....allez là c'était facile !
2 : Personnage Principal :
3: ....(ne finira jamais sa phrase, tuer sur place par Galathée.)
Hmm, en redevant sérieuse, c'est vrai que tu ne nous a pas dit qu'es-tce qu'il était advenu des hommes gangrenés.....allez dis-le nous !
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Vieux 06/07/2005, 11h50   #61
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Promis, cela vient, mais je ménage mon suspense, histoire de ne pas perdre mon lecteur. Ce ne sera pas encore pour cette fois, explications totales après demain, normalement.

Et maintenant, la suite du chapitre deux, ou Galathée va souffrir parce qu'il y a plein de nouveaux noms. Mais pas que... :notme:


J’observai avec attention le petit groupe de nobles qui s’en venaient assister aux funérailles. Je n’avais somme toute que peu de connaissance de ces gens qui composaient l’élite de notre société. En temps qu’aînée de ma famille, Père m’avait emmenée deux fois à la Discussion, l’événement qui réunissait tous les petits seigneurs des montagnes une fois l’an pour régler ensemble leurs différends. J’avais immédiatement pris en grippe ces assemblées où les palabres étaient rois, et où l’on passait plus de temps à s’insulter et envenimer les conflits qu’à les résoudre calmement. Trop souvent imbus de leur personne, peu de nobles parvenaient jamais à s’entendre sur une concession mutuelle, chacun gardant a cœur ses petits privilèges mesquins. Elles étaient néanmoins nécessaires aux petits seigneurs des montagnes pour se tenir informés de la situation politique et économique des Darkanisses, et permettaient de mettre de l’ordre dans le jeu des alliances.

Le fait d’avoir assisté à deux de ces réunions mouvementées ou naissaient et mourraient conflits, paix et ententes me permettait de connaître, ne serait-ce que de vue, la plupart des aristocrates montagnards qui emplissaient peu à peu notre salle commune en attendant le commencement de la cérémonie.

Ma mère trônait dans le haut siège qu’occupait généralement Cordrech, signifiant ainsi qu’elle ne comptait pas laisser la direction du domaine échapper à notre famille malgré notre cruel défaut d’héritier mâle. Le vieux seigneur de Merloc lui faisait la révérence en lui présentant ses condoléances. Garl Krimin était une des quelques personnes que je respectais réellement dans ce fatras de présomptueux qui formaient la cour de Kassac. Tout comme Père, il était vassal du seigneur des ruines d’Ezderon. Son domaine était éloigné de notre propre résidence, perdu dans une petite vallée encaissée tout au nord de la chaîne des Darkanisses. Je fus agréablement étonnée de voir qu’il avait entrepris le difficile voyage depuis son fief pour venir honorer la mémoire de mon Père. C’était un vieillard intelligent, peu porté sur la politique, régissant son petit territoire à son entente, sans s’occuper outre mesure des autres domaines. Il laissait son fils Eldan s’occuper des palabres et n’apparaissait que rarement à Ezderon ou ailleurs.

Je laissai mon regard se porter sur les autres protagonistes. Près du feu, Elanda Selmène s’entretenait avec Eva. C’était une grande fille aux cheveux bruns et bouclés, toujours vêtue de bleu, avec de grands yeux d’une sublime couleur ambre. Je la connaissais peu, pour ne l’avoir vue qu’aux séances de Discussion. C’était une personne réservée qui ne se liait pas facilement. Eva l’avait vaguement fréquentée lorsqu’elle avait passé trois mois à Ezderon en temps qu’otage politique : une tradition montagnarde ridicule qui veut que l’un des enfants d’un nouveau vassal soit mis en tutelle chez son suzerain pour prévenir une quelconque tentative de rébellion. J’avais eu la chance d’échapper à ces quelques mois de vie oisive parmi les héritiers des domaines, mais, lorsque le père de Cordrech lui avait légué le domaine en mourrant, Eva avait dû se plier à la tradition tant que Père n’avait pas été considéré comme digne de confiance. J’avais neuf ans à l’époque, et ne comprenais pas pourquoi Kassac, l’ami de toujours de Cordrech, s’imaginait qu’il allait le trahir. Avec le temps, je compris que cette courte durée de trois mois avait été une faveur exceptionnelle. Elanda Selmène avait dû rester cloîtrée près de deux ans. Elle était toujours logée au château, de son plein gré, disait-t-on. J’avais aujourd’hui encore du mal à imaginer que l’on puisse vivre sans avoir d’autres activités que de discuter au coin du feu. Kassac, au moins, gérait son domaine. Mais tous ces fils de seigneurs qui formaient les factions politiques prenant part à la Discussion, me semblaient vivre dans la plus insupportable des oisivetés.

Alors que je méditai sur le monde politique que je côtoyais sans le comprendre, la silhouette de Kaldryssa Falmaran se profila dans l’embrasure de la porte. Derrière elle venait son frère Edrask. Kaldryssa était l’une des seules personnes avec qui j’avais un peu pris contact lors de mes visites à la cour d’Ezderon. C’était une petite dame pleine de contradictions. Elle défendait les intérêts de son père aux Discussions et prenait sa tâche comme une mission sacrée. Sa verve m’avait impressionnée dès le premier jour de palabres, et m’avait semblée passionnée par les débats sans fin qui prenaient vie lors des Discussions. Mais en lui parlant quelques instants, j’avais découvert un esprit tout autre, répugnant presque autant que moi à la tâche qu’elle accomplissait pourtant avec brio. C’était quelqu’un qui n’aspirait qu’à un bonheur simple, loin des embrouilles de courtisans et des luttes de pouvoir. Je l’admirais sincèrement pour la force qui s’émanait d’elle, sa détermination, sa droiture, mais aussi pour les mystères qui l’entouraient. Plus je la connaissais, et moins j’avais l’impression d’en savoir sur elle.

Cette personne formidable que j’espérais tant comprendre un jour, n’était pas libre de ses choix. Comme me le rappelait la présence de son frère cadet, son père la faisait constamment surveiller. Où qu’elle aille, Edrask la suivait à pas de loups, rapportant ses moindres faits et gestes au seigneur Falmaran. Cela rajoutait au climat énigmatique qui régnait autour d’elle. Pourquoi donc son père, qu’elle servait avec tant de constance, la faisait-il surveiller aussi étroitement ? Je ne savais décidément que peu de choses sur elle.

Les trois autres domaines qui formaient notre petite communauté étaient maintenant représentés. Elanda venait pour Selmène, le seigneur Krimin lui-même nous faisait l’honneur de sa présence, et Kaldryssa, accompagnée de son âme damnée, siégerait pour Falmaran. Seul manquait quelqu’un pour Kassac. Je me demandai qui pourrait bien venir : j’avais ouï dire que le seigneur d’Ezderon avait perdu ses deux héritiers mâles dans la bataille qui nous avait ravi Cordrech, et que lui-même était alité, souffrant des suites de sa blessure. Sa fille n’avait que sept ans et ne pourrait partir seule sur les chemins.

Mes interrogations furent bientôt interrompues par l’arrivée d’un cavalier dans la cour de notre propriété. J’aperçus par la fenêtre, troublée par la fine neige qui blanchissait le paysage, une silhouette qui m’était familière démonter et tendre les rênes de l’animal à Stephen, notre deuxième serviteur, avant d’attraper dans ses bras la frêle silhouette de Mia, dernière née d’Edrich Kassac. Derrière lui venait un autre cavalier, dont la façon de monter trahissait la nature féminine.

Je ne m’attendais pas à une telle affluence. Je regardai un instant, étonnée, les trois silhouettes soulever le heurtoir fixé à notre porte et le laisser retomber avec un bruit mat. Consciente de mes responsabilités d’hôtesse, je me dirigeai lentement vers le hall pour accueillir les nouveaux arrivants. Je dus m’avouer que le devoir n’était pas le seul à me pousser vers la porte : ma curiosité était grande, et je mourrais d’impatience de connaître l’identité des nouveaux arrivants. Je laissai Carlotta tirer le battant, et le grand pan de chêne s’écarta, révélant enfin à mes yeux avides les deux silhouettes qui m’intriguaient tant.

Je restai abasourdie devant la vue qui s’offrait à moi. Tenant de sa main gauche les petits doigts de Mia, cachant sa main droite dans la poche de sa capeline râpée, son visage coupé par un bandeau qui dissimulait mal les stigmates monstrueux que le feu avait laissé dans sa chair et dans son âme, j’eus peine à reconnaître le Ronix qui s’était présenté chez nous quelques jours plus tôt. J’avais devant moi un être voûté et souffreteux, qui n’aurait jamais dû se trouver ici. Qu’avait donc Kassac en tête lorsqu’il l’avait désigné pour acheminer son héritière sur les chemins gelés des Darkanisses ? L’expression de souffrance qui écartelait ses traits me révélaient clairement que sa convalescence n’était même pas encore entamée. L’homme qui se tenait devant moi aurait dû se trouver au lit, avec une guérisseuse à son chevet.

Mais plus encore, ce fut l’identité de la deuxième silhouette qui me fit écarquiller les yeux de surprise. J’avais en face de moi Kerdilla Kamarin, la fille du seigneur qui nous avait trahi. Abasourdie, je ne pus que me demander ce que faisait la fille du renégat ici, dans l’une des maisons que sa guerre avait le plus blessée. Et de plus accompagnant la dernière descendante de Kassac ?


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Vieux 06/07/2005, 12h19   #62
Drydo
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Encore un texte mené sublimement par notre cher écrivain Disaster !!
C'est vraiment très prenant toutes ces histoires, et les titres de tes chapitres sont de mieux en mieux choisi
En fait je sais même plus quoi dire : je te dis toujours que c'est bien !!! A la longue tu ne vas même plus lire mes posts !
Je t'encourage encore à continuer ! :fleur:
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Vieux 06/07/2005, 14h00   #63
gogorafido
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yaho!

pour le suspens c'est réussi.

Pour le reste aussi d'ailleurs.

C'est vrai qu'il faudrait nous donner des nouvelles des gangrénés et par la meme occasion qu'on ait le récit de la fin de la bataille.

Ronix, on comprend que son groupe a échoué et qu'il est fait prisonnier.

Mais Kassac? Aux dernières nouvelles il était blessé et sous la menace directe d'un archer.

On croit deviner qu'il a survécu. Comment? Il faudrait que les survivants nous fassent un récit de la bataille! Qui a gagné? Logiquement l'héroine doit le savoir. Pourquoi pas nous?

heu juste
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Mes interrogations furent bientôt interrompues par l’arrivée d’un cavalier dans la cour de notre propriété. J’aperçus par la fenêtre, troublée par la fine neige qui blanchissait le paysage, une silhouette qui m’était familière démonter et tendre les rênes de l’animal à Stephen, notre deuxième serviteur, avant d’attraper dans ses bras la frêle silhouette de Mia, dernière née d’Edrich Kassac. Derrière lui venait un autre cavalier, dont la façon de monter trahissait la nature féminine.
On a à ce paragraphe l'arrivée de 2 cavaliers (Mia et Kerdilla) . Au paragraphe suivant on apprend qu'ils sont en fait 3. Peut être une allusion à Ronix serait nécessaire.

Comme d'hab et :fleur:
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Vieux 06/07/2005, 14h14   #64
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Argh... Encore des dizaines de noms, avec plein de "a" et plein de "k", je vais mourir...

Très bien mené, j'accroche toujours beaucoup... Trois petits commentaires, cela dit, pour une fois...

Un détail pour commencer... Je trouve que le mot "Discussions" pour appeler les débats entre puissants est un peu... trop faible. Je ne sais pas, je penserais à autre chose, si j'étais toi (ce que je ne suis pas, bien sûr).

Sinon, plus dans le contenu...

* Je trouve qu'il y a bien beaucoup de femmes. Malgré ton héroïne é