Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre
 

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Les neiges des Darkanisses Mordria, un plan au climat particulièrement froid, parsemé de grandes chaînes de montagnes. Le système politique est féodal à souhait, et les territoires sont découpés en des centaines de minuscules royaumes.

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Vieux 01/07/2005, 08h45   #26
Mekren le maudit, Aventurier
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Suite de la suite du chapitre 1 (c'est un peu long, mais il s'agit d'une scène complète, que je ne pouvais pas couper), où l'on s'étripe joyeusement:

Cordrech resserra sa prise sur son épée. Il sentait à peine ses mains glacées, et espérait qu’il aurait encore assez de sensibilité dans ses doigts pour manier son arme correctement.

La petite douzaine de cavaliers, qui avait abandonné l’infanterie pour espérer arriver en état de combattre, venait de parvenir au sommet de la longue pente qui menait au château Ezderon. Le spectacle qu’ils contemplaient semblait être la Porte même des Enfers. Les murailles calcinées étaient fendues en plusieurs endroits par l’action des béliers de feu magique, et autour de ces ouvertures béantes s’agglutinait une trentaine d’hommes que le froid et la neige ne semblaient pas affecter. La cour de la forteresse était enfouie sous les brasiers inextinguibles. Tous les toits étaient en flammes, et jetaient des lueurs sanglantes sur la neige qui entourait la propriété. La luminosité était telle qu’on se serait cru en pleine journée, éclairée par le disque d’un immense soleil vermillion. Ils contemplèrent quelques instants la ruine fumante et terrifiante qu’était devenu le château, puis Ronix dégaina son épée, une lame simple mais forte et équilibrée. Il la présenta au ciel avant de nous hurler de sa voix si grave et si puissante :

« Trois hommes avec moi ! Le sort de la bataille dépend du destin de leurs magiciens ! Cordrech, prenez le reste de vos hommes et allez prêter main forte aux défenseurs des brèches. »
Il cracha la neige qui lui emplissait la bouche avant de crier : « Pour Kassac ! ». Il éperonna sa monture et se mit à dévaler la pente, prestement suivi des autres cavaliers. La déclivité était si forte que la prudence aurait nécessité une descente précautionneuse, mais les événements en avaient décidé autrement. Cependant, la neige fut cette fois ci leur alliée : l’épaisseur de la couche qui recouvrait le paysage freina en effet la course folle des chevaux, et ce qui aurait dû se solder par une chute vertigineuse se transforma en une impressionnante glissade. Les montures, emportées par leur vitesse, fendaient les congères comme des navires fendraient des flots, dévalaient la pente comme une avalanche.

Les soldats du seigneur de Kamarin luttaient pour pénétrer dans une brèche sauvagement défendue par le dernier carré de Kassac, mais les vétérans allaient bientôt être submergés sous le nombre des assaillants. Toutefois la troupe ennemie était aveuglée par sa certitude de gagner la bataille. A cette vision d’une charge héroïque et folle, menée par une troupe de cavaliers hurlant à pleins poumons, les combattants qui n’avaient pas pu s’engager dans la brèche crurent qu’une véritable horde allait leur tomber dessus. Ce brusque changement de situation en affola une partie, et la petite armée se désorganisa rapidement. Quelques uns prirent la fuite. D’autres restèrent sur place, indécis. La panique monta dans ce qui restait des rangs lorsque les cavaliers parvinrent au bas de la pente indemnes et les chargèrent avec sauvagerie. Les lances pointées vers les combattants restés stoïques, et forts de la vitesse prise lors de leur descente folle, les trois lanciers qui composaient l’avant-garde forcèrent la ligne de front. Deux d’entre eux traversèrent la masse des combattants affolés, tuant et mutilant cinq hommes sur leur passage. Le troisième fut arrêté dans sa charge par la pique d’un fantassin qui s’enfonça dans le garrot de sa bête. Emporté par son élan, l’animal renversa le piquier et le piétina avant de s’abattre sur un autre soldat, qui finit écrasé sous le poids de l’animal. Son cavalier se rétablit prestement au sol, mais n’eut pas le temps de dégainer sa lame que trois épées s’enfonçaient dans son corps jusqu’à la garde. Il eut un bref sursaut d’agonie avant de s’effondrer.

La chute de l’animal avait forcé quelques hommes à s’écarter, provoquant ainsi la désorganisation totale des rangs. C’est alors que Cordrech jugea bon de mener la deuxième charge. Ses quatre cavaliers se jetèrent dans la cohue et firent virevolter leurs épées. La lame du seigneur de Cremala s’abattit deux fois, pénétrant un plastron, tranchant une carotide. Le sang gicla sur son bras et Cordrech sentit monter en lui la fureur du combattant. Se préparant avec délectation à croiser le fer pour de bon, il tira les rênes de sa bête pour la contenir et camper sur ses positions. L’animal se cabra un instant avant de retomber. Les autres cavaliers, dont les armes luisaient de sang, vinrent prendre place autour de leur seigneur, prêts à se défendre.

Exaltés par la venue des renforts qu’ils n’osaient plus espérer, les quelques vétérans qui tenaient encore la brèche redoublèrent d’ardeur et lancèrent toute leur volonté dans l’assaut des huit hommes qui continuaient de les harceler. D’eux d’entre eux tombèrent de s’être ainsi exposés, mais les soldats de Kamarin refluèrent dans la plus grande confusion. Ils furent accueillis par les lames des cavaliers de Cordrech, qui purent en abattre trois avant que les rangs se réorganisent.

La pagaille que la charge avait provoquée tendait à disparaître, et les fantassins se regroupaient. Les forces étaient maintenant équilibrées : les deux lanciers qui avaient fendu la masse des combattants contenaient à grand peine quatre guerriers de leurs longues pertuisanes de bois grossier. Sept soldats s’étaient regroupés pour faire front aux cavaliers du seigneur de Cremala, alors que trois d’entre eux cherchaient à retenir les trois vétérans protégeant la haute silhouette d’escrimeur d’Edrich Kassac. Les feux qui battaient les murailles avaient disparu depuis quelques instants, et Cordrech crût que Ronix avait rempli sa mission.

Le seigneur de Cremala, dont la main, réchauffée par le sang de ses victimes, avait retrouvé sa sensibilité, para l’attaque de son opposant. Celui-ci enchaîna par une fente vers la carotide de sa monture. Le seigneur de Cremala vit venir l’attaque, et tira sur les rennes de son cheval avec toute la force de ses bras musclés. L’animal se cabra en hennissant, et la lame adverse vint s’enfoncer de quelques pouces dans son poitrail, trop bas pour le tuer. Fou de rage, la bête manqua de renverser son cavalier en se dressant de toute sa hauteur sur ses membres postérieurs. Il retomba brutalement sur le fantassin déséquilibré, fracassant le crâne du malheureux sous une avalanche de coups de sabots.

Mais la bataille n’était pas encore gagnée. Le froid commençait à affaiblir les défenseurs alors que les troupes de Kamarin y semblaient immunisées. Cordrech entendit l’un de ses suivants s’abattre avec sa bête, percé des coups d’épées que ses deux adversaires lui avaient infligé. Il dût calmer rapidement sa bête pour faire front à un nouvel attaquant. Plus loin, les deux lanciers ne parvenaient toujours pas à reprendre l’avantage, et leur affrontement s’éternisait.

Soudain, un énorme météore enflammé s’abattit sur les combattants, enflammant sans distinction les deux cavaliers et trois de leurs opposants. Cordrech vit avec horreur ses hommes s’allumer comme des torches et s’abattre dans la neige pour s’y rouler avec des hurlements à fendre l’âme. Mais rien n’y fit : le feu inextinguible les consuma en quelques secondes, ne laissant d’eux qu’une carcasse fumante sur laquelle brûlait toujours la monstrueuse boule de feu.

Tous les combats s’arrêtèrent quelques secondes. Puis les soldats de Kamarin, débordants de joie, hurlèrent :
« Les magiciens sont toujours avec nous ! Tayaut ! Tayaut ! »
Ils réengagèrent leurs duels, pleins d’une ardeur qui manqua de faire flancher la volonté des défenseurs. Cordrech para précipitamment la lame de son nouvel adversaire. Mais que faisait donc Ronix ?





EDIT: j'ai quelques problèmes pour le découpage en chapitres, j'écris plus que je ne le pensais (c'est bon signe, dans un certain sens, à moins que j'écrive mal... :notme2: ), ce qui fait que mon premier chapitre, qui n'est toujours pas terminé, va être trop long. Si quelqu'un à une idée pour améliorer les découpage...
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Vieux 01/07/2005, 11h34   #27
Drydo
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Aime toujours autant, bien sûr....
Pour tes chapitres....je ne sais pas trop quoi te conseiller....si tu postais en épisode, avec chaque fois une vue de personnage différente ? ça revient au même mais je n'ai que ça comme idée, désolée....
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Vieux 01/07/2005, 11h41   #28
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Originally posted by Drydo@vendredi 01 juillet 2005, 10h34
Pour tes chapitres....je ne sais pas trop quoi te conseiller....si tu postais en épisode, avec chaque fois une vue de personnage différente ? ça revient au même mais je n'ai que ça comme idée, désolée....
Tiens, tu es la première, cette fois! :rigoler:

Pour ce qui est de ta proposition, je ne la retiens pas parce que, pour moi, c'est un roman et pas une saga par épisodes (mêm si cela y ressemble au vu de la façon de je le poste), et au niveau des vues de personnages, je reste sur l'héroïne ou en impersonnel. Et j'aurais déjà beaucoup de boulot pour la psychologie de Fianna, que je veux pousser à fond, alors...

Mais enfin ,c'est une idée. Ca n'est pas grave si tu n'en as pas d'autres, puisque je coince moi même... :timide:
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Vieux 01/07/2005, 11h45   #29
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Je ne pense pas qu'il y ait de règles pour la longueur d'un chapitre... Moi ils ne me parait pas encore SI long. Je crois que c'est le format informatique qui donne cette impression, alors qu'en fait, sur papier, il n'est pas rare qu'un chapitre fasse ses 20-30 pages. Et il y a des romans sans chapitres... Je ne me casserais pas la tête avec ça, si j'étais toi.

Sinon, rien à ajouter. Je suis le récit et je ne chicane plus (j'ai quand même un peu du mal à croire qu'un cheval puisse continuer sous la selle avec "quelques pouces" d'une épée dans le poitrail...)

EDIT: c'était la selle, pas la salle, évidemment...
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Vieux 01/07/2005, 11h52   #30
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Originally posted by Galathée@vendredi 01 juillet 2005, 10h45
j'ai quand même un peu du mal à croire qu'un cheval puisse continuer sous la salle avec "quelques pouces" d'une épée dans le poitrail...
Oui, tu as raison, je change dans la version officielle.

Citation:
Je ne me casserais pas la tête avec ça, si j'étais toi.
C'est ce que je pensais faire, mais mon problème réside dans l'organisation du forum: si je continue selon mon plan, je posterais huit ou neuf pages word d'un coup pour le topic du chapitre 1. Je cherche à le fragmenter un peu pour pouvoir poster plus "léger".

Citation:
Je suis le récit et je ne chicane plus
Mais si, continue, c'est toujours intéressant pour moi. A moins qu'il y ait tant à dire que tu sois découragée devant l'ampleur de la tâche? :rigoler:
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Vieux 01/07/2005, 12h53   #31
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Mouarf je suis en retard aujourd'hui ! (grasse mat' powaaa )

Toujours aussi prenant, à mon sens. Tout comme Galathée, j'ai remarqué moins de répétitions dans le texte, ou d'"incohérences". Il faut croire que l'habitude vient vite, chez toi

Pour ce qui est du découpage par chapitres, personnellement, j'attends toujours de terminer un récit pour estimer comment je peux le fractionner efficacement. Si tu postes aussi vite que tu n'écris, c'est normal que tu n'aies pas de "format" spécifique, puisque tu postes dans le "feu de l'action".

Mais là également, je n'ai pas de conseil à te donner. C'est selon ton envie que tu dois avancer, pas selon celle des autres .
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Vieux 01/07/2005, 14h05   #32
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Originally posted by Mornagest@vendredi 01 juillet 2005, 11h53
Toujours aussi prenant, à mon sens.* Tout comme Galathée, j'ai remarqué moins de répétitions dans le texte, ou d'"incohérences".* Il faut croire que l'habitude vient vite, chez toi*
C'est surtout qu'ayant eu un peu plus de mal à orchestrer le passage, je l'ai relu plusieurs fois, et donc ai pu anihiler une bonne partie de mes imbécilités.

Mais je vais plutôt me dire que je suis un génie, les autocompliments, même immérités, ça fait du bien... :notme2:
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Vieux 02/07/2005, 08h31   #33
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Et la suite de la suite de la suite... Du chapitre 1, où l'on prend Fianna pour ce qu'elle n'est pas.

Je contemplai, horrifiée, les ravages que le gel avait fait sur la peau du vieil homme. La chair, fragilisée par les engelures, n’avait pas supporté le frottement de l’écharpe. La lèvre supérieure de Tornix n’était plus qu’une infâme bouillie rougeâtre et répugnante, trop atteinte déjà pour que le sang vienne la maculer. Je jetai un œil au cache nez que je venais de lui ôter. Comme je m’y attendais, il était plein de peau et de chairs arrachées.

Le vieux soldat le vit aussi. Il poussa un petit gémissement pitoyable, car il connaissait aussi bien que moi les implications que cela engendrait. Son regard se teinta d’une lueur de folie qui me fit froid dans le dos. Je repliai précipitamment le foulard de toile grossière et le tendit brutalement à Carlotta, debout derrière moi avec son air bête qui lui prenait parfois lorsqu’elle se trouvait en face d’une situation difficile. C’était sa manière de se défendre face aux horreurs de la vie : elle faisait semblant de ne pas les comprendre. Ainsi, elle oubliait plus vite que nous ces quelques calamités qui s’abattaient sur nous de temps à autre.

Mais en cet instant, je savais qu’il fallait agir vite, et sa passivité m’exaspérait. Alors qu’elle saisissait précautionneusement le châle comme s’il était porteur de la peste, Je lui dis, avec une brusquerie qui ne m’était pas commune :
« Allez me brûler cela dans le poêle. Ah, et puis faites-moi deux bassines, une d’eau chaude et l’autre glacée. »

Sans attendre sa réponse, je me retournais vers le reste des hommes qui piétinaient sur le perron, toujours battu par les rafales de neiges.
« Alors, qu’attendez-vous ? Repris-je, toujours anormalement agressive. Faites rentrer tous ceux qui ont des engelures, ou voulez vous qu’ils ne passent pas la nuit ? Ceux qui sont peu atteints se dirigent vers la cuisine. Eva, tu sais quoi faire ? » Demandais-je à ma sœur qui m’observait depuis l’embrasure de la porte de la salle commune, une lueur d’amusement dans les yeux.
« Bien sûr, me répondit-elle. A tes ordres, Seigneur ! » Me répondit-elle avec malice.

Et elle prit le chemin de la cuisine, entraînant derrière elle les cinq hommes légèrement touchés. Je vis que ma mère tentait de dissimuler un petit sourire derrière sa main. Je me rendis alors compte de ce qui les amusait tant.
J’avais pris en charge la direction des opérations sans même m’en rendre compte. J’avais soupiré sur l’incompétence passagère de notre servante, lui avait donné des ordres ainsi qu’à ma propre soeur. J’avais montré assez d’autorité naturelle pour intimider les hommes du village et me faire obéir d’une domestique qui avait toujours été mon chaperon. Eva avait vu en moi la meneuse de troupe qu’elle rêvait de devenir, et dame Félicia la maîtresse de maison qu’elle espérait bien un jour faire de moi.

Et pourtant, Montagne Savait que je ne rêvais d’aucun de ces deux destins. J’étais trop placide pour mener une charge comme Père savait le faire, mais trop active pour passer le reste de ma vie à commander mes gens depuis mon fauteuil, de derrière ma broderie. Je n’étais même pas sûre de vouloir me marier. Je restai quelques secondes incertaine de la conduite à suivre, plantée au centre du hall. Je ressentis l’envie de les interpeller, de leur dire qu’elles se trompaient, qu’elles ne voyaient ma personnalité que déformée par leurs propres rêves. J’hésitai un instant.

Puis je me rendis compte que les soldats de fortune étaient toujours là, soutenant deux de leurs camarades gravement gelés. Je sentis ma verve me reprendre, et sans plus me poser de questions, je repris le commandement, embrasée par le sentiment d’être enfin indispensable. Je me retournai vers la petite troupe et leur dit, d’une voix forte et pleine d’une assurance que je ne me connaissais pas :

« Bien. Quatre d’entre vous resteront pour porter vos deux camarades au salon. Les autres repartent au village, nous n’avons pas la place pour vous accueillir tous. L’un d’entre vous me ramènera la guérisseuse, au cas ou nous devrions procéder à des amputations. Un autre portera le cheval de Tornix à nos écuries. »
Au fond de moi-même, j’entendis une petite voix, celle de la petite fille que j’étais lorsque j’avais dix ans, me murmurer : je ne te reconnais plus.

Tornix était toujours debout près de moi. Je sentais que son esprit était dérangé. Il avait subi un choc émotionnel grave, en oscillait sur ses pieds en gémissant doucement, comme un enfant inconsolable. Pendant que les hommes sortaient et que leurs camarades portaient les gelés dans le salon, je pris doucement la main du vieux soldat et lui glissai quelques mots à l’oreille, lui parlant comme je l’aurais fait avec un bambin de cinq ans.
« Allez, tu es un grand garçon. On va aller au salon. Il fait bon là bas, tu sais ? D’accord ? »

Il hocha vaguement la tête. Le ton avec lequel je lui avais parlé était le seul que sa conscience pût entendre pour le moment. Je triais doucement sur la main gelée, couverte de taches blanchâtres et luisantes, et le guidais lentement vers le fauteuil de la salle commune qui était le plus proche du feu.

Carlotta vint m’apporter les bassines que j’avais demandées. Je la renvoyais chercher en réserve quelques cataplasmes médicinaux que tout bon habitant des montagnes possédait en prévision de ce genre de cas. Je laissai ma mère s’occuper des deux autres gelés et concentrai mon attention sur le vieil homme qui regardait dans le vide. Attirant les bassines à moi, j’attrapai doucement ses mains vilainement touchées par les engelures. Je continuai de lui parler tendrement pour le rassurer pendant que je plongeai ses membres jusqu’aux coudes dans l’eau bouillante. Il poussa un petit gémissement effrayé et tenta de me les retirer, mais je les retins quelques instants avant de les sortir de l’eau. C’était bon signe. S’il avait été brusqué par la chaleur du liquide, la sensibilité de ses mains ne s’était pas encore totalement enfuie, et il y avait bon espoir de les sauver.

Je plongeai ses avant bras dans la bassine d’eau glacée. Il tenta encore de se débattre, mais je le calmai en flattant sa nuque de ma main. La réalité des sensations qu’il éprouvait semblait ramener quelques lueurs d’intelligence dans ses yeux, alors je tentai une phrase plus complexe :
« La différence de chaleur va rétablir la circulation dans vos mains. Voulez vous continuer seul de tremper successivement vos bras dans ces deux bassines ? »
Je crus un instant que j’avais échoué. Puis quelque chose brilla au fond de ses yeux, une lueur qui exprimait de la reconnaissance. Il hocha lentement la tête, avant de plonger ses membres dans la cuve brûlante.

Je soupirai de soulagement. Ses mains et son esprit guériraient. Mais mon regard se porta sur ses lèvres, et j’eus un serrement douloureux au cœur. La chair, que le sang n’irriguait plus depuis trop longtemps déjà, prenait une affreuse couleur noire. La gangrène guettait le vieux soldat. Il nous allait falloir l’amputer, et j’avais des doutes sur ses capacités à endurer cette nouvelle épreuve…
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Vieux 02/07/2005, 09h50   #34
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Mais quelle horreur... Il doit faire vraiment très froid si quelques heures au dehors suffisent à provoquer de telles lésions sur les soldats. Brrrr... En tout cas, si tu voulais que ce soit répugnant, c'est assez réussi. Je me demande bien ce que tu vas trouver à amputer sur le visage de ce pauvre bougre.

Mais je trouve toujours ton personnage principal très réussi, sinon...

Au chapitre petits détails, tu rebascules parfois dans l'imparfait plutôt que de conserver ton passé simple, une fois dans le passage qui commence par "Carlotta apporta les bassines d'eau" ainsi que deux fois dans le précédent (où "tirai" est devenu "triais" aussi...).

Et c'est tout... Bonne continuation sur les chemins gelés des Darkanisses. :chance:
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Vieux 02/07/2005, 13h02   #35
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Je suis d'accord avec Galathée, ce texte fait assez peur pour les pauvres soldats....ils vivent en Sibérie ?!
(tiens tiens je suis la deuxième aujourd'hui !)
De même, Fianna est toujours aussi intéressante, et j'aime bien le passage où elle dit que chacune voit son comportement autoritaire selon leurs propres rêves, je ne me souviens plus trop d'où c'était alors je n'ai pas fait de quote désolée.
Citation:
« Bien sûr, me répondit-elle. A tes ordres, Seigneur ! » Me répondit-elle avec malice.
Je trouve que ça fait beaucoup de répétitions de "répondit-elle", tu pourrais enlever le premier je pense.
Et toujours aussi bon travail !!! :love:
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Vieux 02/07/2005, 13h09   #36
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Originally posted by Drydo@samedi 02 juillet 2005, 12h02
Je suis d'accord avec Galathée, ce texte fait assez peur pour les pauvres soldats....ils vivent en Sibérie ?!
Bah oui, la tempérautre doit traîner dans les - 35 degrés à ce moment du récit. Sachant qu'une heure d'exposition à - 25 pour un être normalement constitué (européen typique, s'entend) laisse à coup sûr des engelures dangeureuses, deux heures par - 35, même pour des gens du crû, c'est assez risqué.

Pour la répétition, je ne l'avais pas vue, celle là. Je m'en vais lui faire sa fête.

@ Galathée: c'était encore une fois le syndrome du S partout qui m'a repris. Je corrige aussi.
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Vieux 02/07/2005, 17h42   #37
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Mouarf je lis de plus en plus tard moi ! :snif:

Enfin je n'ai pas grand-chose de plus à dire, sinon que c'est assez drôle de voir Fianna dirgier les soldats serais-tu féministe ? :notme:

Et t'es cruel en plus ! C'est sûr que le froid doit être mordant... même mon Mornagest aurait sans doute du mal

Enfin, continue sur ta lancée
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