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| Les neiges des Darkanisses Mordria, un plan au climat particulièrement froid, parsemé de grandes chaînes de montagnes. Le système politique est féodal à souhait, et les territoires sont découpés en des centaines de minuscules royaumes. |
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| | #226 |
| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Hop, petit bout de texte. désolé, c'est court, mais ça vient juste avant une grosse scène que je vais avoir bien du mal à couper. Le sépare un peu, donc, et la suite arrivera d'ici deux à quatre jours, à priori. Bon, je commençe un peu à me chauffer, critiquez donc si c'est pas parfait (et je sais déjà que ça n'est pas parfait). Sinon, toujours désolé pour le postage aussi saccadé, mais je ne peux pas faire autrement :snif: . Je restai un instant sur place, soudain désoeuvrée. La soirée s’était jusqu’ici révélée savamment encadrée par la volonté intrigante d’Edrich Kassac, mais j’étais désormais libre de mes actes, au cœur même de la réception. On ne faisait plus attention à moi, chacun parti de son côté, à ses propres activités. Près de la moitié de la salle s’était décidée à danser encore une partie de la soirée, et tout l’espace central était occupé par les couples en mouvement. Les quelques groupes occupés à discuter s’étaient vus refouler vers les coins de la salle, ainsi que dans la galerie de colonnades discrète qui courait tout le long des murs est et ouest. J’étais toujours près de la scène, et ma position me donnait une vue privilégiée sur l’ensemble de la salle de bal. Je profitais de cet avantage pour laisser mon regard errer, tandis que je cherchais quoi faire pour occuper le reste de la soirée avant le dîner. La première chose que je vis fut la stature courte et râblée de Ferlyz Selmène s’approcher seule de l’ouverture donnant sur la galerie est. Le jeune homme arborait un air dégagé, et avançait d’un pas nonchalant, comme s’il laissait ses pas le porter où bon leur semblait. Le regard, pourtant, démentait l’attitude. Je ne pus apercevoir clairement le fond de ses yeux, qui allaient et venaient, se posaient sur tout et rien, ne restant pas plus de quelques fragments d’instants fixés sur quoi que ce soit, mais leur vivacité et la lueur indéfinissable qui y traînait, comme une aurore boréale luisant sur un fond de nuit fuyante, révélait l’état de tension dans lequel le cadet Selmène se trouvait. Son comportement, s’il était fait pour détourner l’attention, n’avait fait qu’attiser la mienne. Je l’observai le plus discrètement possible alors qu’il s’arrêtait à quelques pas de la galerie, apparemment hésitant. Il oscilla quelques secondes, puis sembla se décider, et pénétra dans l’ombre relative de la colonnade. Là, il déambula à nouveau, les épaules basses de tension, gagnant peu à peu l’extrémité de la galerie, plus sombre et plus solitaire. L’ombre à cet endroit était épaisse, et je ne distinguais plus bien sa silhouette au travers des colonnes marbrées. Au détour d’un pilier, il disparut brusquement dans les ténèbres pour ne plus reparaître. Je tendis le cou pour tenter d’apercevoir le moindre indice de sa présence, car je le devinais embusqué derrière le fût de roche, assez large pour le cacher. Mais je ne vis rien. J’allais abandonner mon observation lorsque je vis du coin de l’oeil, à quelques pas de moi, la longue et fine silhouette enchâssée dans son fourreau de velours ocre et or d’Asté Krimin se prêter à un manège identique à celui de Ferlyz. Les mains jointes dans le creux de son dos, faisant ressortir la finesse presque maigre de ses bras, elle avançait comme à l’aventure. Lorsqu’elle se trouva face à l’entrée de la galerie qu’avait emprunté le cadet Selmène, elle leva les yeux d’un air presque étonné de se trouver là. Pourtant, elle n’hésita pas un instant, et s’engouffra à son tour dans la semi obscurité qui régnait sous la voûte basse. Le mystère était résolu. Les amants se rejoignaient, loin des regards des courtisans indiscrets et des langues de vipère. Ils avaient pris la précaution de ne pas se déplacer ensemble. Pourtant, leur manège ne m’avait pas échappé. Et au moins deux autres personnes de l’assemblée les avaient vus s’éclipser. Karth et Eldan discutaient toujours à voix basse depuis que j’avais laissé ce dernier pour danser avec Legenis. Mais ils s’étaient ostensiblement déplacés, passant d’un côté de la scène à l’autre. Ils me tournaient le dos jusqu’alors, tournés vers la salle, appuyés au mur à une bonne dizaine de mètres de moi. Mais dès qu’Asté eut pénétré les ténèbres de la galerie, dont l’entrée se situait entre les deux héritiers et moi, Eldan se retourna vivement, jeta son regard à gauche et à droite. Ses yeux s’arrêtèrent un instant sur moi, toujours aussi vides d’expression, avant de reprendre leur course quelques secondes encore. Puis il fit de nouveau face à Karth. Ils échangèrent quelques paroles brèves, avant de s’approcher à leur tour de la colonnade. Etrangement, leur comportement me parut soudain plus louche que celui des deux amants. Elanda et Kaldryssa m’avaient appris la relation passionnelle et frustrée qu’entretenaient Ferlyz et Asté, et il me semblait naturel qu’ils cherchent à se retrouver secrètement. J’avais beau détester Ferlyz presque autant qu’Edrask, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un peu de sympathie apitoyée pour ce couple brisé par le mariage imposé par le seigneur Selmène à son plus jeune fils, obligés de se cacher pour partager un peu d’intimité. Que Karth et Eldan les prennent en chasse me semblait beaucoup moins acceptable ; car si je ne connaissais pas leurs motivations, je n’avais aucun de mal à deviner qu’ils allaient déranger la retraite des amants d’une manière ou d’une autre. Je suivis les deux silhouettes des yeux, au travers de la colonnade, comme je l’avais fait pour Ferlyz. Je n’osai pas quitter le côté de la scène, bien que je mourusse d’envie d’aller fureter moi aussi près de l’extrémité de la galerie, curieuse de ce qui allait se passer, mais je ne voulais pas courir le risque de me faire remarquer, et peut-être de commettre la seconde erreur diplomatique de ma soirée. Je n’avais pas besoin de me faire de nouveaux ennemis, ceux qui m’attendaient déjà me suffiraient amplement. J’attendis alors, impatiente de connaître la suite des évènements. Il n’y eut pas d’éclats de voix comme je m’y attendais. Aucun vent de scandale ne souffla. En lieu et place de cela, je vis bientôt Karth émerger près de moi, le bras d’Asté passé dans le sien. Tous deux discutaient doucement, la tête penchée vers l’autre, simplement. Je ne compris pas. C’était tellement éloigné de ce que j’avais prévu. Les deux héritiers avaient bien interrompu le rendez vous secret, mais Asté ne semblait pas en tenir rigueur à l’héritier Selmène. Je les regardais s’approcher de la piste, hésiter un instant, puis se joindre au flot des danseurs, s’y fondre, et disparaître. Alors que je l’attendais hautaine et froide, ou peut-être enflammée de ressentiment envers le jeune homme, elle m’était apparue sereine et aimable. Mon esprit mélodramatique m’avait encore joué un tour bien à sa manière. J’aurais tant voulu voir clair dans tous les jeux de cette soirée, pouvoir tout comprendre d’un simple regard, anticiper même. Bien sûr, c’était impossible, et j’en étais pleinement consciente, sans pouvoir m’empêcher ces petites déconvenues un peu puériles à chaque fois que je jugeai mal une situation. Comme pour mieux me démontrer que l’heure n’était pas à l’affrontement public, Eldan et Ferlyz sortirent à leur tour de la galerie, côte à côte, devisant d’une manière qui aurait pu être gaie si le visage de Ferlyz n’avait pas été incapable de se déparer de sa moue désabusée, et celui d’Eldan aussi illisible qu’à l’accoutumée. Ils se mirent à déambuler, causant toujours, et je remarquais qu’ils prenaient la direction opposée à celle que Karth et Asté avaient emprunté ; alors que ces derniers s’étaient enfoncés au cœur de la foule, ils dérivèrent peu à peu vers le fond de la salle, dépassant l’estrade à laquelle j’étais encore accoudée, pour atteindre l’espace dépeuplé qui la séparait du mur nord. Alors qu’ils passaient près de la petite porte de service par laquelle Ronix s’était échappé alors que je discutais avec Elanda, celle-ci s’ouvrit pour laisser le passage au porte-parole d’Ezderon. Surpris par cette apparition brutale, Ferlyz et Eldan se turent brusquement. Ronix s’immobilisa sur le pas de la porte, l’air un peu hébété, comme tiré d’une rêverie profonde par la rencontre inattendue. Chacun des trois resta un instant en suspens, sans trop savoir quelle attitude adopter. Puis, le sens civique d’Eldan reprenant le dessus, il salua brièvement le messager, avant que de lui glisser quelques mots d’un air affable. Ronix haussa les épaules, accompagnant son geste d’une grimace blasée. Quelques phrases s’échangèrent encore, puis l’héritier Krimin se détourna, entraînant le cadet Selmène dans son sillage. Ronix les regarda s’éloigner d’un air épuisé, le front soudainement barré d’une ride soucieuse. A nouveau, il m’apparut misérable, si loin de l’homme public à la voix si charmante à la présence publique éclatante. Je ne voyais là qu’une silhouette légèrement voûtée par le poids d’un mal-être dont je ne connaissais peut-être que la raison la plus visible, sa main et son visage dévorés par les flammes, morceaux de chair torturés dissimulés sous le velours noir de son demi masque et de ses gants. L’œil, un peu noyé, avait l’air éteint du résigné, du vieillard déjà mort mais encore rattaché à la vie par un fil ténu de conscience, subissant une dernière souffrance, inutile, avant de disparaître. En somme, il semblait pour le moins malheureux. Pourtant, à mesure qu’il s’approchait de la scène et de la foule qui se trouvait par delà, il semblait se redresser, plus fort à chaque pas. L’expression sombre qui hantait son visage reflua peu à peu, laissant place à une apparente sérénité fort bien simulée. Lorsqu’il passa près de moi, l’instant de faiblesse était effacé, et l’homme public se tenait de nouveau là, fier et droit.
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| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Pas de commentaires? Tant pis, je poste la suite quand même. Gros passage, quatre pages à peu près, ce qui va vous faire six à lire à peu près. Bon, c'est du brut, je viens juste de le boucler alors je suis trop content de le poster (je suis dessus depuis une heure trente, ça fait un bout de temps ), un gros premier jet, quoi. Tapez si besoin est.Il tressaillit légèrement lorsque ma main se posa sur son bras. Il se retourna vivement vers moi, Je vis à son air interrogatif qu’il allait me questionner sur le pourquoi de mon geste. Mais mon inconscient avait continué d’œuvrer, et les mots me vinrent naturellement, comme si je les avais mûrement médités. « Dites-moi, fis-je en lui adressant un sourire que j’espérai charmeur, est-il prévu que j’aie de nouvelles responsabilités au cours de la soirée, où bien suis-je libre de mes mouvements ? » Ronix hésita un instant, remarqua que ma main était toujours posée sur son bras, le retira doucement avant de répondre : « Pas que je sache. Kassac n’a pas exprimé de désirs particuliers. Mais peut-être qu’il souhaitera vous voir avant le banquet. D’ici là, vous êtres en mesure de faire ce qui vous plaît. -Et vous ? » Son sourcil encore visible se plissa légèrement vers le bas, glissant de l’arcade, signe d’incompréhension. J’avais mal formulé ma pensée, et je repris précipitamment : « Je veux dire… Si mes obligations publiques sont terminées, vous-même ne devez plus avoir grand-chose à faire avant le dîner. Comment allez-vous occuper votre temps ? » Il haussa les épaules sans répondre, comme pour clore un sujet sur lequel il ne souhaitait pas s’étendre. Il allait se détourner de moi mais j’insistai, mon petit plan commençant à se mettre en place dans ma tête. Il n’osa apparemment pas me tenir tête, et satisfit ma curiosité de mauvaise grâce : « Comme d’habitude, je suppose. Je vais rester dans un coin à regarder, faire de temps en temps le tour des invités pour s’assurer qu’ils n’ont besoin de rien… Pas grand-chose, en somme, conclut-il en haussant de nouveau les épaules pour chasser une éventuelle nouvelle question. » Mais je n’allais pas m’arrêter là. J’avais envie de jouer avec lui. Après tout, la dualité de son être à la fois glorieux et misérable me le rendait attrayant ; j’avais toujours eu un certain penchant pour les êtres faibles, sans trop savoir pour quelles raisons. J’avais été prise d’intérêt pour Karth Selmène car je l’avais senti fragile et mal assuré ; maintenant, c’était Ronix qui, de par le moment de faiblesse que j’avais perçu, faisait naître en moi un étrange besoin de conquête. Peut-être parce que je le savais plus sensible que la majorité des courtisans, j’avais le désir qu’il fût la première victime de mon charme. Toujours était-il qu’en cet instant, je le voulais à moi, et que je n’allais pas le laisser partir sans tenter ma chance. Je le laissai s’éloigner d’un pas, dans un besoin un peu pervers de lui laisser croire qu’il m’échappait, avant que de mieux le reprendre dans mes rets. Il s’était déjà à moitié détourné de moi lorsque je lui lançai, l’amenant à me faire de nouveau face. « Voilà qui n‘est pas des plus passionnants. Mais si vous tenez tant à ce programme, commencez à faire le tour des invités, si cela vous importe de contenter leurs désirs. Puisque vous êtes avec moi, j’aurais une envie que vous êtes à même de combler. Celle de vous voir danser avec moi, conclus-je en plongeant intensément mon regard dans le sien, m’accompagnant du même sourire que je lui avais adressé au début de notre conversation. » Il ne bougea pas, sidéré par ma demande. Il resta là, les yeux ronds d’étonnement, la bouche légèrement entrouverte comme pour dire quelque chose, mais sans qu’aucun son en sorte. J’attendis patiemment, sans le lâcher du regard, qu’il retrouve ses esprits. Ce qu’il ne manqua pas de faire. « Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ? Fit-il, d’un ton où perçait son incrédulité. -Je me rends compte que je vous ai invité à danser. Où est le mal ? Fis-je de mon air le plus innocent possible, car je savais parfaitement pourquoi il me posait cette question, mais je voulais entendre ses réponses de sa bouche pour mieux les contrer. » Son œil unique se ferma quelques instants, pour se rouvrir assuré. Le porte-parole était de nouveau maître de lui-même, l’instant de surprise passé. « Premièrement, commença-t-il à réciter d’un ton un peu condescendant, j’ai trente-sept ans. Et vous en avez dix-sept. Cela n’est pas particulièrement convenable d’inviter des gens de mon âge pour une jeune fille à marier… -Allons, vous n’êtes pas encore un vieillard, que je sache. J’aurais le droit d’inviter de beaux jeunes gens à même de me séduire alors qu’un homme entre deux âges qui a bien peu de chances de me plaire me serait refusé ? Répliquais-je, mentant de manière éhontée sur le charme particulier qui émanait de son être à mes yeux. J’ai pourtant bien dansé avec Legenis… » Sa moitié de visage visible se crispa à l’évocation de l’épisode malheureux qui l’avait vu ridiculisé par le régent de Cremala. Réitérant son haussement d’épaules irrité, il me répondit : « Ca n’est pas la même chose. Votre danse s’est faite dans le cadre des invitations de bienséance. Maintenant que vous êtes libre de choisir un partenaire, il n’est pas convenable pour vous de jeter votre dévolu sur moi, et pour moi encore moins d’accepter votre proposition. Si vous voulez faire courir les ragots, vous ne pourriez pas mieux vous y prendre. » Par mimétisme, je haussai à mon tour les épaules. « Les ragots, je n’en ai que faire, dis-je, mentant à moitié. -Vous dites cela aujourd’hui, mais vous ne le direz plus d’ici une semaine, lorsque les pipelettes vous auront pourri la vie. De toute façon, moi, je n’ai pas la moindre envie d’en subir plus que de coutume. De plus, il n’y a pas que cela, reprit-il après un instant de pause, voyant que je ne me décourageais pas. Si on oublie le fait déjà malséant que je suis roturier et vous noble, je suis au service de Kassac, et vous êtes son héritière ; je suis donc à votre service. Or, il ne me semble pas que donner ses faveurs à un domestique soit particulièrement recommandé par le code de bonne conduite de la noblesse Darkanienne. -Justement. » Nouvel instant d’incrédulité. Je savourai quelques instants l’effet de mon mot sur la physionomie de Ronix, le temps qu’il reprenne contenance. « Justement quoi ? fit-il d’un ton un peu brusque. -Justement, vous avouez être à mon service, n’est ce pas ? Si je me servais de mon titre d’héritière pour vous ordonner de danser avec moi, qu’est ce que vous feriez ? Achevais-je, tout sourire. » Cette fois, ce ne fut plus de l’étonnement qui brilla dans sa prunelle. Plutôt une sorte de peur. Il avait apparemment compris que j’allais pousser le jeu jusqu’au bout, alors que jusque là, il croyait encore que je plaisantais à moitié. A moins qu’il m’ait crue un instant inconsciente des risques que je prenais, et apte à être raisonnée. Mais si j’étais au courant des bienséances que j’allais bafouer, plus il me résistait, plus le besoin d’obtenir ses faveurs d’une manière où d’une autre se faisait grand, et occultait les risques que je prenais. J’allais certainement le regretter plus tard, mais je n’en avais cure en cet instant. Il n’était pas question pour moi de lâcher prise. Et je restai là, bras croisés, à le scruter, attendant une réponse. Et il restait là, lui aussi, comme planté en terre, hésitant sur la manière de se tirer d’affaire. « Fianna Kassac ! » La voix du grand prêtre claqua dans mon esprit, accompagnée de la résonance que son bourdon avait crée lorsqu’il l’avait abattu sur le sol pour renforcer son effet, brisant le silence de notre tête à tête muet. Je détournai à regret les yeux de Ronix, pour faire face au regard de feu de Kermal Sangan. Si j’avais été de bois, j’aurais été littéralement embrasée par la violence incendiaire qui brillait là, enfoncé dans les sombres orbites de ce visage de charognard déplumé. Dans d’autres circonstances, j’aurais détourné aussitôt le regard, mais il avait interrompu ma chasse, et la bouffée d’adrénaline qui m’emplissait alors me donna le courage d’affronter les deux boules de braises qui servaient d’yeux au grand prêtre lorsqu’il était en colère sans flancher. La sonore entrée en matière de Sangan avait fait son petit effet, et une bonne partie de la foule s’était détournée de ses activités pour chercher la cause du raffut. Nous affrontâmes quelques instants du regard, mais je ne lui fis pas le plaisir de détourner les yeux. Il parla donc, d’un ton glacial et tranchant, résonnant jusque dans les moindres recoins de la salle, de manière à ce qu’aucun ne puisse ignorer ce qu’il allait dire : « Je pensais que pour votre première apparition publique, m’apostropha-t-il, un rictus mauvais peint sur les lèvres, vous auriez un peu plus de tenue, jeune Kassac ! » Il marqua une pause, comme pour laisser au public le temps de digérer sa phrase. Puis, brusquement, théâtralement, il marcha sur moi d’un pas volontaire, faisant claquer son bâton sur les dalles de marbre qui couvraient le sol à chaque enjambée. Il ne lui fallut que quelques secondes pour atteindre l’estrade et me faire face, le visage déformé en un masque de prédicateur de fin du monde. Alors qu’il me rejoignait, je sentis la présence de Ronix s’effacer à mon côté. Il profitait de l’interruption du grand prêtre pour s’éclipser, bien évidemment. Cela ne fit qu’augmenter mon ressentiment envers Sangan, qui m’avait amené à perdre ma proie. Le regard que je pointais sur lui devait être presque aussi meurtrier que le sien, mais il ne se démonta pas pour autant, et se rapprocha encore de moi. Il parla de nouveau, cette fois à mi-voix, sur un ton doucereux, mais toujours chargé de la même violence: « A peine arrivée, vous vous amusez déjà avec les valets. Félicitations, Fianna, félicitations… » Je fus sur le point de lui répliquer du plus cinglant commentaire sur ce que je pensais de sa personne, tant j’étais remontée et combative à son égard comme Eva le jour de l’enterrement, lorsqu’une petite voix que je connaissais bien me devança, d’un ton condescendant des plus irrespectueux : « Voyons, Kermal très cher, voyons, fit ma soeur, qui s’était glissée dans le dos du grand prêtre alors qu’il m’approchait. Est-ce là des manières pour accueillir ma sœur dans votre très chère Cour ? » Je regardai Eva et le petit air supérieur peint sur son visage d’ange, puis revint à Kermal. La face presque vermillion de rage qui me faisait face jusqu’alors s’était vidée de toute couleur à l’entente des quelques mots qu’elle avait prononcés, ce qui, je le savait, était le signe d’agacement suprême chez lui. Lorsqu’il m’avait apostrophé, il se maîtrisait parfaitement, mais maintenant, il perdait ses moyens à vue d’œil. Son regard, alors que j’avais cru que celui qui s’était posé sur moi quelques instants auparavant, était le pire de ceux qu’il pusse lancer, s’était encore noirci d’une hargne immense, qu’Eva affronta d’un air parfaitement serein. Je ne compris pas ce qui se passait, pourquoi ma sœur avait pris le risque de parler ainsi, appelant familièrement Sangan par son prénom, chose que bien peu de nobles se permettaient. Et je l’avoue, j’étais un peu dérangée par son concours. J’étais d’humeur batailleuse, et j’aurais voulu moi-même pousser le grand prêtre dans cet état d’exaspération incontrôlée où son intervention l’avait placé. Pourtant, quelque chose dans son assurance me rappelait la petite sœur qui m’avait maintes fois menacé de révéler à notre mère l’une où l’autre de mes bêtises si je n’accédai pas à un de ses petits désirs d’enfant. Et cette impression me fit quelque peu oublier ma rage, me poussant à me concentrer sur ce qui allait suivre. Elle reprit, d’une voix confiante, tout en contemplant ses ongles : « Je croyais que nous nous étions mis d’accord, Kermal. Si je ne me trompe, cet accord concerne autant Fianna que moi, n’est-ce pas ? Conclut elle en relevant ses deux yeux emplis de malice sur son interlocuteur ». Cette fois ci, je ne comprenais réellement plus rien. Je croyais que ma sœur n’avait pas le moindre secret pour moi, et voilà qu’elle évoquait une entente dont je n’avais jamais eu vent. J’en fus pour le moins estomaquée. Le reste de l’assemblée commençait à murmurer, une vague d’incompréhension planant sur le public de la scène. La plupart des nobles présents n’avaient certainement même pas eu le temps de comprendre les raisons qui avaient poussé Sangan à m’agresser comme il l’avait fait, puisque sa première et seule accusation s’était faite à mi-voix, et déjà la situation dérivait. Ce n’était plus ce qui avait pu animer la violence du vieil homme qui servait de centre d’intérêt, mais l’échange mystérieux, mené par Eva, qui mettait Sangan dans un tel état. Celui-ci ne prononça pas un mot. Il dévisagea Eva quelques instants, avant de jeter sur le troupeau de nobles amassés autour de lui un regard de bête traquée. Puis, brusquement, il se mit en marche d’une rapide foulée, fendit, bourdon en avant, un groupe de danseurs figés dans leur mouvement, avant de disparaître dans la galerie ouest. Toutes ces actions ne prirent même pas une minute, et je me sentis sonnée par leur déroulement imprévu et précipité. Les autres spectateurs eux même semblaient perplexes, surpris par la défaite si rapide du grand prêtre face à l’argument secret de ma sœur, dont apparemment on ne soupçonnait là non plus pas l’existence. Les murmures qui couraient de l’un à l’autre semblaient hésitants, un peu perdus, prendraient de l’assurance dans quelques instants peut-être, n’évoquant pour l’instant que de l’incompréhension. Ce qui, dans un sens, m’arrangeait, c’était que l’on avait complètement oublié que j’étais à la base de la fureur de Sangan, pour se concentrer sur la manière dont Eva l’avait rabaissé. J’étais donc tranquille pour le moment, aucune rumeur ne circulerait sur Ronix et moi dans l’immédiat. Eva, seule, semblait à l’aise en ce moment, et elle s’approcha de moi, un sourire radieux aux lèvres. « Aaah, ça fait tellement plaisir de moucher celui-là… Joli petit retournement de situation, n’est-ce pas ? » Je la regardai, haussant légèrement les sourcils. « Comment as-tu réussi à le faire détaler comme cela ? Et qu’est-ce que c’est que cette histoire d’accord ? -Tss tss, la curiosité est un vilain défaut, Fianna, répliqua-t-elle sans se départir de son air malicieux. Mais si tu connais un coin un peu tranquille, je veux bien te mettre au parfum. Ca ne concerne pas les oreilles délicates de nos amis courtisans. » Je hochai la tête, impatiente de comprendre. Je regardai autour de moi, cherchant Ronix des yeux, mais il s’était définitivement envolé. Je me penchais donc sur l’épaule de ma sœur et lui indiquai à mi voix la galerie est, qui avait manqué de servir de refuge à Ferlyz et Asté, et qui serait à même de dissimuler notre conversation. to be continued. ce bal est sur le point de sez terminer, enfin :notme2: .
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| | #228 |
| Lumén'oghmadministratrice ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2004 Localisation: dans le Plat Pays qui est le mien
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Entrées dans le blog: 2 | Alors, je vais essayer de me faire critique détachée. Comme de coutume, tout est bien maîtrisé. J'ai oublié de réagir sur le morceau précédent, je m'en excuse, il était bien sûr très intriguant et j'aurais aimé être une petite souris pour espionner les conversations de tous ces nobliaux retors. Maintenant pour la scène d'aujourd'hui, j'essaie de faire un effort pour faire abstraction du ressenti et d'un point de vue formel, elle est très bien maîtrisée (les guillemets sont parfois placés de manière un peu étrange et je ne comprends pas bien ton usage des marques de paragraphe, mais c'est un méga détail...)... Le dialogue est bien rythmé, l'apparition des deux autres protagonistes crédible. Bon, quant au contenu... Je n'ai pas du tout aimé :timide: . Je dois dire que cette facette de la personnalité de Fianna m'avait échappé et je la trouve particulièrement rebutante. Pour dire vrai, je lui ficherais bien une paire de claques (elle les mérite). Tu me diras: elle n'a que 17 ans. Certes, mais elle semblait bien plus mature que ce que tu nous montres ici. Elle se comporte juste comme une s----e... Finalement, tu n'es pas aussi féministe que je le croyais! :snif: Mais c 'est un choix que tu poses, et tu es l'auteur, bien sûr, c'est ton droit le plus absolu et je n'ai rien à redire à ça! C'est clair qu'à moi, en tant que lectrice, ça va me poser un problème... Vers quel personnage me tourner désormais?! Pas facile. Argh. C'est un peu une réaction à brûle-pourpoint, j'espère que tu ne m'en voudras pas :fleur: . Mais ma sympathie pour l'héroïne est bien entamée. J'aspire à ce qu'elle soit remise à sa place, d'une manière ou d'une autre. Donc voilà... :fleur: Toujours là. ![]()
__________________ Administratrice en charge de la Forge et du RP Créateurs de tous poils, rejoignez-nous ! Ecrivains, moddeurs, traducteurs, amateurs de RP, une place pour chaque plume ! |
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| | #229 | |
| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Pour les marques de paragraphes, c'est sûrement dû au fait que j'écris, que je reviens pour rajouter un bout là, que je repars plus loin, et ainsi de suite. Il y a parfois des chtites erreurs de structure à cause de cela, m'en vais modifier le tout pour le reste. (edit: le tout pour le reste :..: ... Je voulais dire, le tout pour la version définitive) Citation:
De plus, j'aime beaucoup les personnages très imparfaits :notme2: , et Fianna ne fait pas exception. Quant à la paire de claques, elle la mérite parfaitement. Je ne t'en veux absolument pas des critiques, vu que j'ai justement risqué gros là dessus. Je m'en vais me relire, et peut-être affaiblir un peu le trait, mais le principe restera là, ne t'en déplaise. Du moins sur ce passage, ça devrait devenir peu à peu convenable au fur et à mesure que Fianna prendra de la graine dans ce domaine. Le prochain est déjà prévu pour faire un peu contre-pied. Patience, donc.
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| | #230 |
| Lumén'oghmadministratrice ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2004 Localisation: dans le Plat Pays qui est le mien
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Entrées dans le blog: 2 | Je dois dire que je ne m'attendais pas à ce que tu changes le trait pour me faire plaisir (le contraire eut été un peu désolant) et j'imagine que ça a un rôle dans ton intrigue. Cependant, je trouve le choix posé (risqué, comme tu le dis), un peu étonnant. On a jusqu'ici eu l'impression que c'était une fille "bien", notamment dans son rapport avec l'autre personnage "faible", Karth, et là, d'un seul coup, elle se métamorphose en une sale gamine. Qu'elle n'y connaisse rien aux hommes, soit, mais tu as pris une une direction très précise dans son immaturité affective (et c'est curieux, vu qu'elle avait l'air d'empathiser avec les couples malheureux de l'assistance de manière très adulte...) Pour moi, son comportement n'est pas vraiment inexpérimenté: elle est franchement méchante et cruelle. Ça, ça me surprend de sa part. En même temps, c'est toujours difficile de se faire une idée d'un personnage en le lisant par petits morceaux. Je me ferai une meilleure représentation de tout ça en reprenant le texte dans son ensemble quand tu auras fini le premier tome. J'espère juste, pour mon plaisir personnel de lectrice, m'y retrouver quelque part. Mais je reconnais que certains/es ont plus ou moins besoin de sympathiser avec l'héroïne et que je suis peut-être dans la mauvaise catégorie pour ce coup-là. Bien entendu, je me répète, je le répète, c'est juste une question de goût et cela n'enlève rien à la qualité de l'ensemble. Je lirai la suite avec attention, en tout cas, pour voir où tu enmènes cette demoiselle... :fleur: Bonne suite de vacances (je crois) et donc, de création... PS Désolée si je t'ennuie avec tout ça. Je ne suis pas une grande fanatique des discussions de style, mais j'aime toujours bien palabrer sur le contenu...
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| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Tu ne m'ennuies pas du tout, au contraire. Si j'écris quelque chose d'incohérent, mieux vaut qu'on me le fasse remarquer. Bon, ayant eu le même genre de bruits de la part de mon relecteur personnel, je m'en vais mettre en place le plan B, c'est à dire l'autre version du texte que j'avais initialement prévue, et qui à été supplantée par celle que tu as lue. C'était initialement ce qui était sensé ce passé, je ne me trahis donc pas vraiment en changeant :notme: . Bon, c'est un bout d'essai que je m'en vais taper et poster d'ici un ou deux jours, juste pour voir comment celui là passe, j'aviserai plus tard (en fonction de ce qui va suivre sûrement) quelle version est la plus pertinente.
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| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Bon, les avis reçus continuant de se partager parfaitement entre deux camps différents (j'en suis à trois contre trois ), et après une tentaive de reprise qui ne m'a pas plu du tout, j'ai décidé de maintenir le tout, sans rien changer. J'entame la suite tout de suite, et cela sortira quand ça pourra (trois jours :heu: ?).Je poste juste ici le commentaire que Calawen m'a fait par MP, parce que ça concerne tous les lecteurs en fait. Citation:
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| Lumén'oghmadministratrice ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2004 Localisation: dans le Plat Pays qui est le mien
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Entrées dans le blog: 2 | Comme disait l'autre, on ne peut pas plaire à tout le monde...
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| | #234 |
| Ours Brun ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: avril 2005 Localisation: Le corps ici, l'esprit là bas...
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| Bouuuuuuuuuuuuuuuuh le vilain garçon. Heureusement que j'ai pas honte de ce que je t'ai écris, sinon je t'aurais forcé à effacer ce message Je ne considère pas mes critiques (bonnes ou mauvaises) comme très utiles, alors je n'ai pas pris la peine d'écrire ce que je pensais sur ce passage. Ceci étant dit, c'est tout de même rassurant de voir que tu trouves mon point de vue assez intéressant pour le montrer :happy:
__________________ Samirah (color=#EEDD82) vous accueille dans La constellation des arcanes. Quêtes en cours : Abandon..., Le festival de Cojum et Sur le Fil du Rasoir Juge ton succès d'après ce que tu as dû sacrifier pour l'obtenir (Dalaï lama). Statut : Everyday I am here ! Myspace |
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| | #235 |
| Gelée de Moutarde ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |