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Les Beaux Quartiers Lumenis
La partie la plus cossue de Luménis, siège des habitations des luméniens les plus aisés, et des plus belles structures de la ville.

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Vieux 08/12/2007, 10h11   #1
Galathée, Grand Gourou
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Par défaut [Lieu]La Demeure du Juge Kanter

Quête: L'invasion des ombres.

La demeure du juge Kanter était une imposante bâtisse blanche, dressant une demi-douzaine de pignons sur le ciel azur. Des balcons romantiques surplombaient un jardin spartiate, dont la fontaine était silencieuse. Des corbeaux trottinaient déjà sur les allées de gravier sombre, narguant les gardes en faction, qui tentaient de les chasser sans réelle conviction. Une fenêtre était ouverte à l’étage et Galathée vit distinctement un oiseau s’y engouffrer.

Pendant tout le trajet, elle s’était préparée au pire. Tous les témoignages impliquaient le barde, ou ce qu’il en restait, dans le massacre de cette famille. Artwin lui-même avait confirmé. Mais Galathée ne pouvait pas le croire. Que fou, blessé, confus, il s’attaque à un fantôme sur le champ de bataille, même son fantôme, était une chose. Qu’il torture systématiquement des personnes sans défenses en était une autre. Un pas qu’elle n’était pas prête à franchir.
Elle poussa le portail, remonta le sentier, la tête haute, déterminée.

« Vous êtes vraiment sûre que vous voulez entrer là-dedans ? » répéta le plus jeune des gardes, après qu’elle lui ait exposé sa requête.
« Elle est givrée. » fit le second, prenant un corbeau indifférent à partie.
« Faudra pas venir pleurer après. » dit un troisième en bâillant.
Ils ne la retinrent pas lorsqu’elle poussa la porte.

Le premier corps qu’elle trouva était celui d’un serviteur. Il avait été proprement frappé d’un coup d’épée à la jointure entre le cou et l’épaule, et son sang avait maculé le marbre blanc de l’entrée, bavant sur un tapis calimshite d’élégante facture et sur le bois précieux d’une commode sculptée. Plus loin, une jeune femme en livrée était affalée contre les premières marches de l’escalier, la nuque tordue à un angle peu naturel. Elle avait des marques violacées sur la gorge et Galathée toucha la sienne, comprenant aisément ce qu’il s’était produit. Ses yeux fixes, vitreux, regardaient par l’embrasure d’une porte, vers les cuisines. La rôdeuse la poussa de l’épaule, révélant trois cadavres supplémentaires, dont celui de la fameuse Amélie qu’avait mentionnée Madame Ogg.
Au total, sur deux étages, elle découvrit douze corps de serviteurs, dont certains portaient les stigmates explicites de l’esclavage. C’était peu pour une maison de cette taille, et elle en déduisit qu’une partie avait réussi à s’enfuir, s’ils n’avaient pas déserté plus tôt, en apprenant le revers de Nwalk. Toutes les victimes avaient été tuées avec violence, mais aucune avec une cruauté gratuite ou réfléchie. On les avait cependant traquées jusqu’à la dernière, en témoignait le corps recroquevillé d’un petit valet égorgé au plus profond du garde-manger, une femme de chambre étranglée à l’intérieur même d’une grande armoire à vêtements ou un palefrenier à peine sorti de l’enfance mort dans la stalle d’un étalon arrogant qui, de terreur, l’avait réduit en charpie. Galathée libéra le cheval qu’elle envoya exorciser sa nuit dans le jardin désert.
Bien sûr, il manquait la famille du juge, sa femme, ses trois filles, ses deux fils.
Elle gravit une dernière volée d’escaliers, nota des signes de lutte dans le couloir, marcha sans hésiter jusqu’à une porte entrouverte, qui claquait doucement sous l’effet d’un courant d’air. Une flaque sombre s’étendait sur les lattes du plancher, suintant dans l’embrasure, signe annonciateur du massacre.

Mais Galathée n’était pas préparée à ce qu’elle découvrit. Elle avança de quelques pas dans la chambre, s’arrêta derrière le fauteuil du juge, posa deux mains sur le dossier et ferma les yeux. Le silence, les ténèbres, son absence d’odorat, lui permirent un instant d’échapper à cette vision, de se soustraire à ce que Kanter n’avait pu repousser, témoin impuissant d’un spectacle monté tout spécialement pour lui, par quelqu’un qui n’avait qu’un but, et un but peu honorable. Curieusement, cela lui rappela la peste qui avait frappé le cheptel de son village, et l’affliction de ceux qui, comme elle, devaient arpenter le charnier. Elle se remémora les stratégies qu’ils avaient mises au point pour ne pas se laisser submerger par l’horreur, respira lentement, profondément, songea que les morts étaient morts, libérés, à présent, malgré la souffrance, qu’ils étaient partis, qu’ils avaient trouvé le repos. Les vivants devaient faire face. Elle attendit que sa respiration se fut stabilisée, son coeur calmé, que la tension soit retombée dans ses muscles, avant de rouvrir lentement les yeux. Rien n’avait changé. Mais elle se sentait apte à agir.

Elle commença par chasser les corbeaux, claquant la fenêtre sur le dernier d’entre eux. Puis elle replia des membres, libéra des poignets, couvrit les femmes, coucha les enfants, ferma les yeux hantés, abasourdis, suppliants. Dans un drap, elle rassembla le plus insoutenable, sans essayer d’identifier ce dont il s’agissait, et en fit un balluchon qu’elle laissa dans un coin. Elle ne savait pas bien si elle faisait cela pour les morts ou pour les vivants, pour apaiser les âmes profanées, épargner celle des visiteurs ou dissimuler l’étendue de la folie des coupables.
Quant au juge sans tête, les doigts crispés sur les accoudoirs de son fauteuil et les tripes dégoulinant jusqu’au sol, elle n’y toucha pas. Poignardé dans la zone du coeur, comme un pseudo-geste de clémence, il avait l’acte de propriété d’une certaine Rhéa, signé par Nwalk lui-même. Etait-ce une justification, un message, Galathée n’en savait rien. Au vu de la barbarie ambiante, l’idée même d’une explication semblait indécente.

Alors que la rôdeuse terminait son ouvrage macabre, un bruit léger, comme un grattement, attira son attention. Des rats, sans doute. Mais par acquis de conscience, elle se pencha et jeta un oeil sous le lit. Un feulement de colère l’accueillit. Osant une main prudente, elle referma les doigts sur une fourrure hérissée, et extirpa un minuscule chaton gris des ténèbres. Ses grands yeux verts reflétaient sa terreur et il portait encore un ruban bleu autour du cou, vestige de l’amour d’un enfant qui n’était plus. Doucement, Galathée le caressa, lui insufflant du calme, jusqu’à ce qu’il se détende et s’endorme en ronronnant. Elle le glissa à l’intérieur de sa chemise puis, jetant un dernier regard circulaire sur la pièce, sortit.

A l’extérieur, elle fit quelques pas stoïques sur le sentier, marcha jusqu’à la fontaine pour s’y laver les mains, sans prêter attention aux commentaires des gardes. Puis soudain, ses entrailles la trahirent, et elle vomit dans l’herbe.

Il lui restait cependant une chose à faire.

Elle sortit le chaton de sa cachette, posa une main délicate sur sa petite tête ensommeillée, et plongea dans son esprit, dans ses souvenirs épars de la veille, flous, agités, reflets de vacarme et de sauvagerie. Et par les yeux du chat, elle vit clairement le coupable, dissipant le moindre doute, le moindre espoir, qu’il lui restait. Lentement, elle replaça l’animal dans les replis de sa chemise, et reprit le chemin de la demeure d’Artwin.
Mais à peine avait-elle fait quelque pas, qu’une vague d’émotion la submergea, l’immobilisant sous sa violence. Ce n’était pas de la colère, ni du dégoût, ni de la haine, c’était juste une tristesse indicible, un chagrin viscéral.
Comment les choses ont-elles pu en arriver là, se demanda-t-elle, et elle en voulut au ciel de ne pas lui répondre sur le champ.
Puis, au prix d’un grand effort, elle se remit en mouvement, sans combattre les larmes qui lui noyaient le regard. Les vivants doivent faire face.
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Dernière modification par Galathée ; 08/12/2007 à 22h37.
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Vieux 02/06/2008, 17h57   #2
Taliesin, Grand Gourou
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Par défaut Re : [Lieu]La Demeure du Juge Kanter

Après l'abominable massacre dont elle avait été le théâtre, rares furent ceux à pénétrer dans la demeure du défunt juge Kanter. On avait bien emporté son corps, ceux de sa femme et de ses enfants pour les déposer dans le caveau familial, au grand cimetière. On avait bien envoyé quelques membres de la garde enquêter pour déterminer qui était à l'origine de cet effroyable forfait - lesquels n'avaient rien trouvé qui infirma la rumeur selon laquelle c'était le Monstre qui s'en était rendu coupable. Mais c'était tout. Depuis, la prétentieuse maison à l'abandon tombait dans la décrépitude... mais pas dans l'oubli.
Le Monstre, on n'en avait plus entendu parler depuis cette fameuse nuit, et les opinions divergeaient à son sujet. Il était indéniable qu'il avait œuvré contre Nwalk et contre ces soutiens, dont le juge Kanter - responsable, entre autres vilénies, de la restauration de l'esclavage - était l'un des plus puissants. Mais, si certains se félicitaient de ses interventions au port - notamment lors de la bataille des Quais militaires - la majorité ne lui pardonnaient pas les extrémités auxquelles il avait recouru. Si Kanter était coupable de mille maux, sa famille n'était pas responsable de ses actes. L'avoir torturée et exécutée avec la dernière des cruautés était une souillure indélébile dont, pour rien au monde, la Résistance ne tenait à être complice.
Elle avait donc tenu à ce que la maison reste en l'état, afin que tous se souviennent du drame qui s'y était joué et des horreurs que rien, pas même la lutte contre un dictateur sanguinaire, ne devait justifier.
Le temps avait passé. Le parc n'était plus à présent qu'un fouillis de hautes herbes, de statues corrodées recouvertes de plantes grimpantes, de fontaines rongées par la mousse. Le lierre s'était lancé à l'assaut des hauts murs de la maison, et si toutes ses portes et ses fenêtres avaient été condamnées, certaines des planches qui les obstruaient étaient tombées, laissant béer ses ouvertures comme autant d'yeux morts ouvrant sur des ténèbres insondables.
Oh, bien sûr, il y avait eu quelques petits malins pour tenter d'y pénétrer et de piller les richesses notoires du juge Kanter. Oui, certains avaient été assez téméraires pour cela. Ils ne ramenèrent rien de leurs expéditions, cependant. Rien, sinon des récits murmurés à contrecœur et à voix basse. Des récits où il était question d'ombres mouvantes, de silhouettes indistinctes, de murmures presque inaudibles, de plaintes torturées, de cris d'effroi...
Il ne fallut pas longtemps pour que l'on prétende que le manoir était désormais hantée par l'âme de ceux qui y avaient péri. Et, qui sait, par celle de l'être infâme qui les avait massacrés.
Il ne fallut pas longtemps pour que cette rumeur se répande. Et, depuis, personne n'avait plus osé entrer dans la demeure. Ni même dans son parc...
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Dernière modification par Taliesin ; 02/06/2008 à 18h01.
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hantée, kanter, luménis, maison, roleplay


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