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Les Archives des Quêtes Vous trouverez ici rassemblés les sujets spécifiquement consacrés aux diverses quêtes qui ont fait l’histoire de la ville et de ses citoyens.

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Vieux 13/09/2006, 22h47   #1
Lothringen, Conseiller de Manost
Gelée de Moutarde
 
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Chapitre un: Une étrange visite.

Dans la bise glacée de ce petit matin d’hiver, les premières lueurs de l’aube pâle effleuraient à peine les créneaux de la citadelle, et les sentinelles de la Lame d’Argent, épuisées par une nuit de veille, ne devaient pas seulement plisser les yeux dans la lumière rasante.
Cependant, au premier étage du Palais des Murmures, il n’en fallait pas davantage pour arracher Lothringen à son sommeil léger. Malgré d’épais rideaux et des années de vie en surface, il n’avait pu tout à fait se départir d’une sensibilité extrême à la lumière qui lui interdisait, sauf cas de grande fatigue, de se reposer plus longtemps que ne durait la nuit. Le semi-drow se leva dans le palais silencieux, prenant garde de ne pas perturber le ronflement des gardes à sa porte. Il leur ferait leur fête… quand il ne pourrait faire autrement. A propos de réjouissances… S’habillant rapidement, il songea soudain que ce jour-là était un jour de fête religieuse, consacré aux célébrations et aux processions dans la cité. Un de ces jours helmites où il convenait au conseiller de se faire discret, voire d’aller respirer le grand air de la campagne. Projetant justement d’aller détendre un peu son arc dans les bois environnants, Lothringen s’équipa en conséquence – et ouvrit la porte à toute volée. Comme il s’y attendait, les deux gardes somnolaient, l’une quelque peu plus bruyamment que l’autre.


- Debout là-dedans ! Votre capitaine entendra parler de ses nouvelles recrues !

- Mes excuses, Conseiller… balbutia le plus éveillé des deux, tandis que l’autre se massait douloureusement le crâne. Vous sortez ?
- Pas besoin d’escorte, je m’en vais à titre privé. Aujourd’hui, c’est la Rencontre des boucliers, l’aviez-vous oublié ? Aujourd’hui, je suis en vacances !
--
Les portes du palais de murmures franchies, le froid se fit plus vif. Il avait neigé durant la nuit. Si les premiers rayons de l’aube avaient fait fondre la fine pellicule blanche recouvrant le sol, ils avaient laissé quelques fantômes laiteux et dangereusement glissants de part et d’autre de la rue. Quelques plaques de verglas orphelines brillantes et néanmoins traîtres pour les pieds non avertis. Un badaud pressé perdit l’équilibre et partit en avant. Les bras écartés au dessus du sol pour s’abattre sur sa proie. Mais l’homme n’était pas du plan de l’air et pesait déjà son poids. Et ce poids vint s’abattre durement contre l’épaule du conseiller. Celui-ci chancela sensiblement sous le choc mais reprit derechef son chemin.

Il marcha d’un bon pas, pressé de quitter la ville que le ciel triste et gris faisait paraître morne dans la faible lumière matinale, les espaces clos et la neige sale. Mais surtout, par delà les remparts, les bois lui ouvriraient les bras. Et depuis quelques jours, il ressentait leur appel. Il dépassa sans vraiment le voir un homme à cape noire puis un couple d’ivrognes vacillant sur le point de trébucher à chaque pas. Un mitron rouge et en sueur tirant une charrette de miches dorées.

Et enfin les portes toutes proches. Mais à ce moment là, un souffle d’air. Un projectile. Quelque chose semblant tomber du ciel vint l’atteindre dans le dos. Trop doucement pour lui faire mal mais assez pour le faire se retourner. Une boule de neige.

De la surprise d’abord. Suivie de près par l’envie de rendre coup pour coup. Lothringen se pencha pour saisir un paquet de neige dans son poing. Une boule équilibrée comme il le fallait qui irait tout droit sur celui qui l’avait attaqué. Il ne restait plus qu’à le trouver. Son regard se porta sur la foule. Une vieille femme lui jeta un regard méfiant avant de reprendre son chemin. Non, la boule venait de plus haut. Des toits peut être. C’est alors qu’un paquet de neige tomba à ses pieds.


[color=#8470FF ]« Attention là-dessous ! » [/color]

Lothringen eut juste le temps de s’écarter du toit qu’un autre paquet de neige dégringola du toit suivi de près par ce qui lui sembla être à première vue un paquet de pommes de terre. L’objet gémit, révélant ainsi son appartenance à l’espèce humaine et se remit sur ses pieds. Malgré ses cheveux noirs emmêlés et recouverts de neige et la cape dans laquelle elle était emberlificotée comme un moucheron à une toile, il la reconnut sans mal. Althéa lui fit un petit sourire gêné.
[color=#8470FF ]
« Belle journée n’est ce pas ? »[/color]
--
Lothringen marqua un temps. Althea n’était pas la première tête connue qu’il s’attendait à rencontrer ce matin-là. Il s’était à force habitué à la voir fureter un peu partout dans la cité en recourant à des méthodes plus ou moins orthodoxes pour satisfaire les besoins de renseignements d’Elissa Keens, mais cette fois-ci, elle faisait fort… surtout au niveau de la discrétion. Du reste, il doutait fortement que leur rencontre fût tout à fait fortuite.

« Une journée idéale pour tomber des toitures. Qu’est-ce qui me vaut l’honneur d’une chute aussi matinale ? » acheva-t-il tout en s’inclinant un peu trop ostensiblement pour ne pas être un peu moqueur. La confirmation ne tarda pas à suivre, sous forme d’une boule de neige homogène qui fusa de son dos, à bout portant, vers le visage de la bretteuse. Panier.
--
Il venait de l’avoir en pleine figure. Althéa s’ébroua dans une grimace furieuse, prenant grand soin d’envoyer sur Lothringen chaque morceau de neige tombant de sa chevelure. L’espace d’un instant, le conseiller crût même qu’elle allait se saisir d’une seconde boule pour engager une bataille mais elle se ravisa. Son visage se fit soudain sérieux, presque inquiet. Elle eût l’air d’hésiter quelques secondes, dansant d’un pied sur l’autre et se lança :


[color=#8470FF ]« Hé bien … contrairement à ce que vous pouvez croire, ce n’est pas Elissa qui m’envoie. La rumeur dit qu’un diplomate Luménien était là. Et … je voulais savoir si ce que l’on disait en ville ne se vérifiait pas. Enfin passons ... Je n’étais pas toute seule sur les toits. Une personne devant moi. Je l’ai suivi. On allait de par chez vous. Quelqu’un a même franchi vos grilles. Il est reparti peu de temps après. J’ai pensé qu’il avait volé quelque chose mais comme je l’ai vu s’en aller les mains vides, j’ai eu peur qu’il s’en soit pris à vous … » [/color]

Et elle laissa le souffle du vent glacé tomber sur ses paroles.
--
Toute frivolité envolée, Lothringen s’efforça d’assimiler ces informations le plus rapidement qu’il put. Ce mystérieux diplomate luménien était sans doute le nouveau conseiller aux affaires religieuses, ce prêtre de Deneir qui devait arriver bientôt. Le conseiller ne savait pas grand chose à son sujet, mais il s’étonnait de voir son arrivée aussi attendue. En quoi pouvait-il bien retenir l’attention de la Vierge d’Argent ? Peut-être à cause des relations encore tendues avec Lumenis depuis la guerre de Shar ?
Puis il s’intéressa à ce visiteur furtif traqué par la bretteuse. Qu’y avait-il à espionner ou plutôt à dérober de si bon matin au palais des Murmures, rendez-vous incontesté des fauteuils, des parquets et des gardes assoupis ? Même à supposer que ce jour fût un jour ordinaire et non un jour férié, les réunions ne commençaient jamais si tôt… Puis un soupçon le traversa, et il pâlit. Au Palais des Murmures, il y avait ses propres quartiers...

- Quand donc cet homme est-il passé ?

--
Althea avait pris un air inquiet en voyant le conseiller pâlir. Le conseiller avait lui aussi pensé au fait que l'on avait pu visiter ses appartements. S'il n'avait pas manifesté le moindre signe d'inquiétude, elle aurait relégué ses craintes au rang de supposition non fondée. Mais tel n'était pas le cas. Faisant mine de gratter un bout de neige sale du bout de sa chaussure pour masquer son trouble, elle répondit :


"Un peu après que le coq ne se soit mis à chanter. Disons … juste avant le lever du soleil Cet animal là est diabolique. Dès qu'il sent le soleil approcher, il met un point d'honneur à réveiller son monde … Enfin passons. Votre homme avait l'air de savoir où il allait. Il est resté une vingtaine de minutes. Il est reparti très peu de temps avant votre arrivée ici . Je crois même que si nous allons assez vite nous pourrions arriver à le rattraper"

Quelqu’un aurait-il eu vent de l’objet qu’il cachait dans les recoins de ses appartements ? Et qui aurait donc pu le révéler ? Jamais il n’en avait fait usage, et nul, sinon son précédent propriétaire, n’aurait su dire quels étaient exactement les pouvoirs qu’il recelait. Inquiet de ce qu’il pourrait arriver si l’objet auquel il pensait était tombé en de mauvaises mains, le guerrier-mage se retint de pester contre le temps déjà perdu, puis articula distinctement les mots de pouvoir du sort de transmutation le plus indiqué…

Lothringen = = > rapidité de groupe = = > Lothringen + Althea

« Alors ne perdons pas davantage de temps à palabrer. Je vous suis. »

--
Ils se mirent donc à courir, le vent rivé à leurs semelles de chaussures. Ils dépassèrent le mitron que Lothringen avait croisé quelques temps auparavant. Ils quittèrent le quartier du gouvernement pour s’engager au travers des rues vers l’entrée de la ville. Ils ne tardèrent pas à distinguer une ombre devant eux, courant à perdre haleine. Un être de petite taille et de pied léger : un halfelin. Il dût sentir leur présence dans son dos car il accéléra le mouvement. Mais le sort de rapidité aidant, ils le rattrapèrent presque. Lothringen pouvait nettement voir ses épaules montant et descendant sous l’effort fourni, la nuque frémissante. S’il avait tendu la main, il aurait pu stopper sa course.
Quand soudain, trois hommes encapuchonnés surgirent d’un embranchement de la ruelle. Deux munis de dagues de jet, le troisième de deux haches de combat. L’homme qu’ils poursuivaient se faufila entre eux. Ils le laissèrent passer puis se rapprochèrent de façon à ce que personne d’autre ne puisse passer. Les autres se tournèrent vers eux prêts à engager le combat.

Lothringen pesta. Ce vol n’avait rien d’une improvisation. Une nouvelle fois, il se demanda qui avait pu savoir qu’il possédait… Mais ce n’était pas le moment. Ces hommes n’étaient évidemment pas là par hasard, n’ayant d’autre objectif que de les retarder pour leur faire perdre la piste. S’il avait été seul, il ne se serait ralenti que le temps d’incanter un sort de vol. L’idée l’effleura d’ailleurs quelques instants. Ça plus un sort d’invisibilité, et il traquerait son halfeling comme il voudrait sans que nul ne puisse plus l’arrêter… C’était tentant. Mais cela supposait d’abandonner Althea à ces trois brutes en vadrouille. Ils se débrouilleraient autrement…
Il regarda la direction que venait de suivre le fuyard. Ils avaient quand même un avantage sur tout ce petit monde : ils couraient plus vite, et ils n’avaient pas grand chose à apprendre sur le lacis des ruelles manostiennes…


« Contournons-les par la rue des Tonneliers », chuchota-t-il à la bretteuse. « Et attention aux dagues de jet. »
--
Deux dagues sifflèrent à leurs oreilles quand ils rebroussèrent les talons pour prendre un autre chemin. Ils allèrent si vite dans la rue des tonneliers que les murs resserrés semblaient se précipiter à leur rencontre. Ils débouchèrent devant la taverne de la taie dorée. L’homme devant eux semblait les attendre, à genoux devant la porte. Position singulière surtout pour une personne poursuivie. C’est en approchant plus près de lui qu’ils en comprirent la cause. La joue de l’halfelin était appuyée contre le bois, la tête tournée de coté de manière singulière. Il les regardait de ses yeux morts, la bouche figée dans un rictus incrédule.
En l’apercevant, Althéa porta la main devant sa bouche et recula d’un pas.

__________________
Lothringen: semi-drow, guerrier-mage CB et conseiller manostien à la diplomatie
Code Couleur : #7AC5CD I Arrivée à Manost et Biographie RP
Rp en cours : L'inattendu, Fin de la suprématie, Le mange-pierre
Lothringen est déconnecté  
Vieux 16/09/2006, 22h51   #2
Althéa, Membre des Guildes de Manost
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Chapitre deux :un ami qui veut votre bien

Le spectacle laissa en revanche le semi-drow parfaitement indifférent. Il ne comptait plus les cadavres. Un mort de plus dans son sillage, et voilà tout. L’homme ne répondrait plus à aucune question. Après avoir vérifié que leurs trois agresseurs ne les avaient pas suivis, Lothringen fouilla son corps, plus par acquis de conscience que par réel espoir de trouver quelque chose.
--
Si le halfelin était mort, c’était sans doute à cause d’eux… parce qu’il avait été repéré… pour s’assurer de son silence. Pourtant l’adversaire devait avoir été pris de court, parce que Lothringen tira du revers du veston du défunt un papier tiré en quatre portant le nom d’ « Algernon de Vortiguern ». Fausse piste grossière ou oubli de l’assassin ? Dans tous les cas, ce nom ne signifiait rien pour lui.
--
Il bouscula un peu le cadavre pour ouvrir la porte de la taverne. Il la savait déjà liée à bien des affaires louches – il n’oubliait pas que c’était à la taverne de la Taie Dorée que s’était conclu l’accord de recèle de la relique de Helm, ni qu’il avait déjà soumis l’établissement à une amende sévère suivie d’une fermeture temporaire après y avoir découvert des activités de prostitution et de revente de lotus noir. Ce n’était sûrement pas par hasard que le malheureux était venu mourir sur sa porte. Il ouvrit donc en grand, et chercha un tenancier.
--
Le grognement caractéristique d’une personne dérangée en plein travail lui fit tourner la tête. Une femme à l’air revêche l’observait avec une animosité et une méfiance à peine dissimulées. Visiblement, ils dérangeaient. Deux hommes à la musculature impressionnante firent mine de se lever mais elle les arrêta d’un geste. Lothringen jeta un coup d’œil dans la pièce. Un brouillard de fumée rance montait de tous les coins de la pièce rendant plus sombre encore la semi obscurité baignant le lieu. Quatre hommes jouant aux cartes dans un coin. Deux autres discutant en tête à tête avec animation. Un ivrogne notoire parlant seul accoudé au comptoir. Dans un coin un barde dans le même état tentant de jouer de la harpe avec ses pieds. Et dans le fond, une porte se refermant lentement. Le détail attira leur attention. Althéa fit un pas dans la direction mais un des hommes la retint par le poignet et la tavernière demanda sur un ton qui se voulait aimable
:
« Que puis je pour vous ? »
--
Lothringen désigna du pied le cadavre adossé au battant qui commençait de s’effondrer en arrière..

« Vous pourriez commencer par vous occuper du corps de ce pauvre homme. Sur la voie publique, ça fait désordre. Du reste, je doute que ce soit par hasard qu’il ait choisi votre établissement pour expirer. Avant que la question ne vous soit posée par moins patient que moi : le reconnaissez-vous ? »

Le conseiller n’espérait pas vraiment obtenir de réponse intéressante, mais sait-on jamais. Tandis qu’il parlait, il observait attentivement l’assistance de la taverne. L’assassin pouvait être l’un d’eux.
--
La matronne eût un signe de tête bien peu aimable en direction des visiteurs.
« Mais bien sûr conseiller, siffla-t-elle en martelant férocement chaque syllabe, si le conseiller l’exige, nous allons le faire tout de suite. Nous ne voudrions pas que le conseiller se trouve importuné par la présence d’un cadavre qui n’a strictement rien à voir avec nous »

Elle fit signe à ses deux employés qui cette fois se levèrent. Durant quelques secondes, Lothringen et Althéa crurent qu’ils voulaient en découdre mais ils sortirent sans se préoccuper d’eux. Le mort fut emporté sans ménagement à l’intérieur et conduit dans l’arrière boutique. La voix de la tavernière se fit alors plus mielleuse même si le sucre parvenait à peine à atténuer le fiel sortant de chaque mot.

« Puisque le cadavre est loin de vous à présent vous devez vous sentir mieux conseiller. Et qu’allez vous faire maintenant ? Nous ferez vous l’honneur de boire une choppe dans notre modeste boutique ? »

Lothringen allait répondre quand la porte du fond s’ouvrit. Un homme de grande taille fit son entrée dans la pièce. La lumière douteuse faisait briller son crâne entièrement chauve. Ses yeux, quant à lui paraissaient ceux d’un mort, enfoncés dans leurs orbites et cerclés de larges cernes violettes. Ses vêtements d’un tissus recherché et d’un pli impeccable indiquait qu’il était sûrement le descendant d’une très riche famille. Un homme respectable et surtout respecté qui savait se tenir. Mais il vint à eux d’un grand pas, un immense sourire aux lèvres comme un homme reconnaissant soudain un ami perdu de longue date. Il s’arrêta devant Lothringen et s’inclina autant que sa stature put lui permettre. Et quand il parla, se fut avec une sympathie non feinte :

« Le voila donc. Enfin je vous rencontre. Jamais je n’aurais osé l’espérer. Je commençais à désespérer voyez vous. Nous avons tant de choses en commun voyez vous. Si je n’avais pas tant de respect pour vous, je vous aurais appelé ami. Mais peut être pourrions nous le devenir, n’est ce pas ? Oh, mais je manque à tous mes devoirs. Je ne me suis pas présenté. Je me nomme Algernon de Vortiguern. Je suis de passage à Manost avec quelques amis. Voudriez vous vider une choppe avec nous ? Nous avons tout à nous dire »
--

Un cadavre avait commencé de refroidir devant la porte de cette taverne et la patronne avait l’air aussi surprise que si le semi-drow lui avait annoncé la commande de deux chopes de bière. Mieux, elle se permettait devant lui des accès d’aigreur qui faisaient regretter à Lothringen de n’avoir pas fait procéder purement et simplement à la fermeture définitive de l’établissement, quand il en avait eu l’occasion. Mais certains souvenirs resteraient pour jamais liés à cet endroit… il n’avait pas voulu les balayer.

Le conseiller était sur le point de répliquer quand un nouveau venu fit irruption dans la salle, portant un nom qui rappelait furieusement celui du papier plié. Le guerrier-mage le considéra d’abord avec cette défiance que l’on peut ressentir à voir des inconnus vous reconnaître. Cela dura une fraction de seconde. Puis il en prit son parti. La diplomatie lui avait peu à peu appris à gommer au besoin les aspects les plus rugueux de son caractère.

- Volontiers, répondit soudain Lothringen sans prendre la peine de consulter Althea sur la question. Je suis curieux de vous entendre. Car, ma foi, si vous vouliez me rencontrer, le Palais des Murmures était encore l’endroit le plus indiqué.
--
L’homme eût un léger rire comme pour saluer une plaisanterie amusante et se courba de nouveau.

« Le palais des murmures ? Mais je ne me serais jamais permis de vous déranger très cher. Et vous êtes à présent là. C’est tout ce qui compte pour moi. Mais venez donc avec moi. Nous pourrons parler à notre aise. Et la jeune fille aussi bien sûr, si vous le souhaitez, cela va de soit »

Althéa se sentit blêmir des pieds à la tête. Elle aurait voulu se figer sur place et repousser manu militari l’invitation de l’étrange personnage dont les simagrées ne lui disaient rien de bon. En même temps, quelque chose lui disait qu’il ne fallait pas qu’elle laisse Lothringen. Elle suivit donc les deux hommes à l’intérieur de la seconde pièce.

L’ensemble des meubles, leur propreté et leur agencement laissaient à penser que l’on réservait cette partie de la taverne pour les réunions des clients les plus fortunés. Une grande table carrée d’un bois noir comme la nuit. Des chaises somptueuses rehaussées de dragons sur les dossiers. Des tentures aux murs représentant le combat final entre Baine et Thorm. Et autour de la table, une demi douzaine de convives qui laissèrent leur pintes d’hydromel pour se lever et accueillir les invités.
« Voila enfin celui que nous attendions tous. Il a fini par venir »

Les hommes saluèrent respectueusement avant de se rasseoir. L’homme désigna à Lothringen et Althéa deux chaises vacantes.

« Mais mettez vous donc à votre aise, dit il en les escortant jusqu’à leur place, voulez vous boire un peu d’hydromel ? Il est excellent. C’est vraiment une chance de vous voir mon cher. Car il faut que nous parlions de choses et d’autres. Nous avons de nombreux intérêts communs. Voulez vous en parler maintenant ou vous rafraîchir le gosier de votre course ? »
--
Le conseiller avait frémi. Ce sinistre individu savait parfaitement la raison de sa présence ici, et il y avait fort à parier que la course poursuite à laquelle ils venaient de se livrer n’avait été qu’une mise en scène destinée à l’attirer dans cette arrière salle douteuse. Un homme était mort pour ça. Comme sans y songer, Lothringen, échangeant un regard furtif avec la bretteuse, vérifia la proximité des haches à sa ceinture. Mais il n’était pas temps de sauter aux conclusions hâtives. Cet Algernon avait une bonne longueur d’avance sur eux - avant toute chose, savoir ce qu’il voulait.
Enroulant autour de son avant-bras un large pan de sa cape bleue, le semi-drow ne craignit pas de s’asseoir auprès de cette curieuse assemblée. Après quoi, s’enfonçant dans le siège et croisant les jambes, il prit le temps de détailler les tentures, puis de dévisager l’assistance. Intrigué. Pas de peur, non. Il était un conseiller manostien sur son propre terrain. Mais il demeurait sur ses gardes
.

« Je crains que vous ne m’ayez déjà définitivement ôté toute envie de boire », dit-il enfin. « Trêve de mondanités et venons en au fait, je vous prie. »
--
L’inconnu ne se départit pas de son sourire comme tout ce qui se passait autour de lui l’amusait follement. A bien y réfléchir, il avait de plus en plus l’air d’un dément. Quant aux autres hommes, ils semblaient suspendus à ses lèvres, buvant chacune de ses paroles comme un précieux nectar. Parfois, ils semblaient prêter attention aux conseiller et à la bretteuse mais leur regard en revenait aussitôt. Lothringen put lire sur les visages de l’admiration, de l’attention, du respect, mais aussi une crainte insidieuse. Etranges personnages. Algernon prit le temps d’avaler le contenu de sa pinte avant de répondre :

« Vous faites bien de ne pas boire mon cher. L’alcool est un vrai poison. A petite dose, c’est un plaisir, mais pour peu que vous en buviez ne serait ce qu’un peu plus que vous dicte la raison, il finit toujours par vous tuer. Tout est question de dosage. Tout comme le temps voyez vous. Je le vois comme constitué de milliers de grains de sables que nous pourrions faire glisser d’un coté comme de l’autre pour nous rendre à diverses époques. Quelles soient passées ou futur. Ce n’est pas si compliqué que cela. Il suffit d’avoir les bons instruments, et un grain de folie. Or, il se trouve que vous avez l’un et que je possède l’autre. Nous sommes faits pour nous entendre voyez vous ? Oh, ne vous offusquez pas mon cher, je vous demande bien peu de chose. Une breloque tout simplement. Vous savez, cette boule de divination. Je sais que vous la possédez. Je l’ai entendue crier vers moi. Je donnerai n’importe quoi pour l’obtenir. Votre prix sera le mien »
--
Lothringen s’assombrit. Ainsi, c’était bien de cela qu’il s’agissait… Dire qu’un instant il avait pu espérer s’être trompé du tout au tout en ce qui concernait la tentative de vol. Ils ne l’avaient pas trouvée, hein ? Trop bien cachée, peut-être. Et maintenant ils désiraient l’acquérir…
Bien qu’il n’en connaisse pas tous les usages et ne s’en soit jamais servie depuis qu’il était entré en sa possession, cette boule de divination était certainement davantage qu’une « breloque ». C’était l’un des artefacts majeurs d’un archimage drow, et si Dorson n’avait pas paru plus affecté que cela de sa disparition les rares fois où il était entré indirectement en contact avec Lothringen après que ce dernier s’en fut emparé, cela ne suffisait pas à signifier qu’elle n’avait pas des pouvoirs bien trop importants pour le mortel moyen
.

« Regarde bien cette boule de cristal, Almaeron. A première vue, ce n’est rien d’autre qu’un de ces globes divinatoires comme en ont les gitanes de foire, destinés à permettre à l’incantateur d’extérioriser la vision que lui procure un sort de claire vision, de vision lointaine ou apparenté. C’est pourtant l’un des artefacts les plus précieux de ce laboratoire. Comme toi, comme moi, il est bien plus qu’il ne paraît : et, réuni avec ses frères, il devient d’une puissance plus grande encore. Il fait partie de ces objets magiques qui affectent leur utilisateur au moins autant qu’ils lui obéissent, car ils n’est pas impossible qu’ils ne soient dotés d’une volonté propre. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une rémanence de la volonté de leur créateur… Qu’importe, tu n’es pas encore en mesure de te frotter à de tels pouvoirs. Pour l’instant, je veux seulement que tu apprennes à user de ses fonctions de boule divinatoire. Mais je me devais de t’avertir. Regarde bien. Quelque chose ne devrait-il pas te mettre sur tes gardes ? »

Lothringen avait cligné des yeux devant la vive lumière aux reflets multicolores émanant jusqu’en pleine obscurité de la sphère de cristal que son maître tenait à bout de bras. Il avait eu de la peine à articuler et plus encore à détourner le regard.

« Les reflets colorés, maître… Ils ont un pouvoir de fascination quasi hypnotique. Comme dans un sort de lueur d’arc-en-ciel, je crois… je pense… Cette boule est maudite

« Tu crois ? Sache que beaucoup de situations ne te laisseront jamais de seconde chance. Mais tu as bien analysé la situation et résisté à ce pouvoir, je suis content de toi. Si à l’avenir tu parviens à dominer cet objet, je t’en ferai don

Dans l’arrière salle de la Taie Dorée, Lothringen hocha la tête avec effort, revenant au moment présent.

« La babiole en question n’est pas de ces objets que l’on peut laisser circuler avec autant d’indifférence qu’une livre de primeurs. A votre offre je ne puis pour l’instant répondre que par deux questions. La première, de pure curiosité : comment avez-vous pu savoir que j’étais en sa possession ? La seconde : à supposer que j’accepte de la céder, quel usage comptez-vous en faire ? »
--
A cet instant, ce ne fut pas Algernon mais toute la tablée de convives qui éclata de rire, les yeux toujours rivés sur leur maître. Un rire sauvage, désarmant. Un rire fou. Et quand les bouches de certains s’ouvrirent, Lothringen crût discerner pour la plupart des dents taillées en pointe. Et cela ne concernait pas que les canines. C’était plutôt comme si ces hommes s’étaient limé les dents avec soin. Mais peut être n’était ce qu’une illusion d’optique due à l’anxiété. Althea quant à elle se tourna vers lui, le visage si pâle que ses tâches de rousseur paraissaient comme des points en relief et que ses yeux bleu-nuit semblaient tout à fait noirs. L’espace d’un instant, il crût lire sur ses lèvres : « Sortons d’ici ». Mais tous deux savaient très bien qu’on ne les laisserait pas partir. Du moins, sans l’autorisation de leur hôte.

Algernon laissa planer le rire de ses semblables. Celui-ci enfla telle une vague menaçante puis s’arrêta enfin quand il fit un simple geste de la main. Il paraissait terrible, maître des éléments, du temps et de la peur. Et ses compagnons n’avaient rien pour diminuer l’angoisse.
Il se tourna vers Lothringen, le même sourire dément fiché au lèvres comme celui d’un masque et parla doucement. A coté de lui, les convives entonnèrent une sorte de mélopée
.

« Je suis une sorte de savant voyez vous. Un explorateur du temps plus particulièrement. Je pense que vous n’êtes pas sans savoir que ce que vous possédez bien que très puissant n’est qu’un morceau d’un artefact dont les pouvoirs dépassent l’entendement. Je dirais même sans me tromper qu’il possède l’un des pouvoirs les plus puissants de Féerûne : permettre de se déplacer dans le temps. Mon rêve le plus fou voyez vous. Changer les événements de certaines époques, faire pencher la balance dans l’autre sens avant que tout bascule. Tenez … »

Il désigna d’un geste théâtral la tenture représentant le combat des deux déités.

« Il s’en est fallu de peu pour que les ténèbres l’emportent n’est ce pas ? Triste combat. Si je le voulais, il ne tiendrait qu’à moi d’en changer l’issue fatale. J’en suis presque capable voyez vous. J’ai réussi à me procurer les trois artefacts composant la machine. Le nord, l’est, l’ouest. Il ne reste plus que le vôtre. Et grâce à vous, je pourrais devenir maître des sables du temps. Quant à savoir comment j’ai su qu’il était en votre possession … Disons que je finis toujours par obtenir ce que je souhaite. Et comme je vous l’ai dit, je ne recule devant aucun prix »

Il renversa sa tête en arrière et éclata de rire, révélant à son tour ses dents taillées en pointe. Son rire sembla se répercuter dans toute la pièce, rehaussé par les psalmodies des hommes attablés. Il se reprit pourtant :

« Mais ne prenez donc pas cet air apeuré. Je suis votre ami et le serai toujours même si vous m’opposez un refus catégorique. Mais venons en au fait et dites moi votre prix. »
--
Lothringen cligna des yeux, plus stupéfait encore qu’il ne s’inquiétait de la tournure des événements. Cet artefact, joint à ses frères, avait-il réellement ce pouvoir ? Sérieusement, il en doutait. Dorson se serait donné beaucoup plus de peine pour le récupérer, et du reste n’aurait pu seulement envisager de le donner à son apprenti. Il ne faisait jamais de promesses en l’air ! Le devin drow avait d’ailleurs des idées très arrêtées sur l’ordre des choses, et sur qui méritait ou non de détenir le pouvoir... Quel que soit le prix, il n’aurait jamais accepté de voir un faible, ou un dément, se trouver en mesure de jouer avec le temps. Les dieux eux-mêmes, s’ils pouvaient provisoirement l’arrêter, ne pouvaient pas le refaire. L’un des rares Interdits d’Ao. Dorson devait avoir ses raisons. Peut-être la malédiction pesant sur l’objet réservait-elle de mauvaises surprises à qui voudrait en faire usage en ce sens ?

Et pourtant, le semi-drow s’abandonna quelques instants à la griserie de son interlocuteur, rêvant à son tour à ce qu’il referait s’il pouvait modifier le passé à sa guise. Ressusciter les morts. Prévenir les batailles. Mais qui pouvait dire si de ce chamboulement des choses il ne sortirait pas autant de mal que de bien, et si le passé n’avait pas sa… nécessité ? Il se demanda fugitivement ce qu’en penserait sa déesse. Tymora s’encombrait rarement de scrupules quand les fins étaient bonnes... Mais de quel œil pouvait-elle voir des mortels s’octroyer une seconde chance de cet acabit, sans qu’elle l’ait décidé?
Quoi qu’il en soit, une chose était certaine : Algernon de Vortiguern n’était pas à compter au nombre des mortels méritant de posséder un tel pouvoir. Lui et ses adeptes étaient fous à lier, sans compter qu’ils venaient d’avouer sans complexes leurs intérêts maléfiques.

Lothringen se leva. La prudence lui commandait de temporiser et de promettre, ne serait-ce que pour se garantir de les sortir sans encombres de ce guêpier. Mais il avait développé dès longtemps une allergie radicale au mensonge
.

« Pouviez-vous réellement espérer que j’accepterais ? Si c’est le cas, vous êtes encore plus fou que vous n’en avez l’air. Je ne vendrai pas cet artefact, ni à vous, ni à quiconque. »
--
Le sourire d’Algernon ne bougea pas. C’est juste si un pli de contrariété apparut au coin de ses lèvres durant une fraction de secondes. Durant quelques secondes, Althea crût même qu’il allait se jeter sur le conseiller pour planter dans son cou ses dents pointues. Mais l’homme n’en fit rien. Il se contenta de se lever lentement et s’avança vers lui, la main tendue :

« Vous avez peut être fait le bon choix. Qui sait ? L’histoire nous le dira peut être un jour. Mais comme je vous l’avais promis, je respecte votre décision, mon ami. Car vous me permettez de vous appeler votre ami, n’est ce pas ? »

Il fit semblant d’attendre la réponse quelques secondes avant de reprendre.

« En même temps, je ne vous cache pas que nous aurions pu avoir de grands desseins vous et moi. Œuvrer de concert pour la réécriture de l’histoire, la reconstruction de notre humanité. Un projet grandiose dont chacun, je suis sûr a déjà rêvé en secret. Vous-même n’avez-vous pas rêvé de changer votre histoire ? De retrouver quelques familles ou amis disparus trop tôt ? S’il arrivait quelque chose à votre jeune compagne, ne souhaiteriez vous pas faire marche arrière afin de la sauver ? Vous n’oseriez l’espérer.
Et même, vous me penseriez fou. Vous le pensez déjà. Et vous avez raison. Je suis fou. Fou à lier même. Mais vous ne savez pas de quoi je suis capable. Le maître des clefs du temps. Et avec ou sans votre aide, je viendrai à bout de mon projet. Mais quoi qu’il en soit, je vous remercie de votre franchise et ne vous en veux pas. Pour preuve, voulez vous boire le verre de l’amitié avec nous ? Au-delà de nos différences et de notre petite divergence sur un sujet minime, je suis convaincu que nous pouvons nous entendre. Mais dites-moi : comment est donc la vie au palais des murmures ? Ne paraît-elle pas quelque peu carcérale pour un aventurier de votre acabit. Rares sont les jours comme aujourd’hui où vous pouvez vous lever pour aller à la chasse, je suppose. Hier encore, vous étiez en train de noircir des pages entières de dossiers. Pauvre, pauvre de vous ! Heureusement que nous sommes là pour vous apporter quelques heures de loisir.
Quant à vous jeune fille, vous devriez faire attention à ne pas trop marcher sur les toits. C’est dangereux, très dangereux. Vous risqueriez de tomber et de vous rompre le cou. Ce qui serait dommage. Vraiment dommage. »

Althea eût un frisson nerveux qui la parcourut des pieds à la tête. L’espace d’un instant, elle voulut se lever, attraper Lothringen par le bras et l’entraîner hors de la taverne. Mais manifestement, cela ne servirait à rien car les hommes semblaient connaître leurs moindres faits et gestes. Elle se tourna vers le conseiller et guetta sa réaction en essayant de garder son calme. Lui seul pouvait les tirer de là.
--
Du coin de l’œil, Lothringen nota l’état d’exaltation proche de la panique qui était désormais celui d’Althea. Une réaction qu’il pouvait comprendre. Le conseiller ne se fiait guère aux paroles mielleuses de leur vis-à-vis, lui non plus. Et il était impatient de vérifier un point qui le titillait depuis quelques temps : était-il encore en possession de la sphère ? Car il soupçonnait fortement Algernon de vouloir négocier sa vente après l’avoir volée. Histoire d’être tranquille. Mais peut-être ne l’avaient-ils réellement pas trouvée, et dans ce cas on n’attendait de lui que cela : qu’il montre gentiment où elle était.

« Je vois que vous disposez d’espions efficaces », répliqua-t-il sans s’émouvoir. A force, il avait fini par s’habituer à la présence des gardes manostiens en civil qui le suivaient dans presque tous ses déplacements. Si ce jour-là n’avait été férié, Lothringen en aurait été accompagné : et ils auraient été là, prêts à intervenir. Sentir peser sur lui l’attention d’autrui, bienveillante ou non, ne le gênait plus guère. Cela demandait juste un peu plus d’organisation pour ce qu’il lui restait de secrets à garder. Sa magie faisait souvent la différence. Et elle allait l’aider, une fois de plus, à s’assurer que, si on pouvait l’avoir précédé, il ne serait au moins pas suivi.
« [color=7ac5cd
]Mais il me semble que cela rend ma compagne particulièrement nerveuse, et je m’en voudrais de lui imposer cette situation plus longtemps. Puisque nous sommes amis, je suppose que vous ne voyez aucun inconvénient à ce que j’incante ici-même un sort de téléportation, n’est-ce pas[/color] ? »

Algernon hocha la tête, fendu d’un éternel sourire.

« Bien… »

Lothringen fourra d’autorité un pan de sa tunique dans la main d’Althea, afin qu’elle soit en contact avec lui quand le sort serait lancé, et se mit à psalmodier.

Lothringen = = > téléportation = = > Lothringen + Althea

Ils réapparurent à quelques dizaines de pas du portail d’entrée du palais des murmures, sous les yeux exorbités des sentinelles. Il leur fallut quelques instants pour surmonter la désorientation consécutive au voyage magique, et se rappeler pourquoi ils étaient là.
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Vieux 23/09/2006, 00h27   #3
Lothringen, Conseiller de Manost
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Chapitre III: le cercle de mort.

Ils étaient sortis sans avoir livré bataille pour pouvoir se défaire de leur étrange compagnie. Cela tenait presque lieu du miracle. Même si tout portait à croire qu’Algernon ne leur avait concédé qu’un répit. Althea, les bras croisés pour maîtriser ses tremblements, mit du temps à reprendre son souffle. Manost abritait désormais un dément et ses disciples tout aussi dangereux que lui.

« Vous avez vu … quel horrible bonhomme, souffla-t-elle comme si elle entendre que leur hôte puisse encore les entendre, il est dangereux ! Il nous a menacés. Il ne reculera devant rien pour s’approprier votre artefact. Et il est dangereux, j’en suis sure. Enfin … Vous nous avez sortis de là bas. Nous pouvons dire que nous n’avons plus rien à redouter pour le moment … »

Elle se tourna vers les grilles du palais des murmures et laissa échapper un cri de stupeur effrayée. Là, à quelques centimètres d’eux, semblant sortir de la brume surgit une silhouette encapuchonnée. Le visage presque entièrement dissimulé sous une cape noire. Elle fit mine d’avancer mais Lothringen lui demanda de garder ses distances et de se découvrir comme l’exigeaient les lois de Manost. La silhouette marqua un temps d’arrêt avant d’obéir. Une pluie de cheveux entièrement blanc glissa sur de fines épaules encadrant un visage d’une blancheur de lait. Une albinos. Elle fixait Lothringen de ses yeux d’un bleu étonnamment clair. Elle sembla regarder autour d’elle pour s’assurer qu’elle n’était pas suivie avant de prendre la parole :

« Conseiller Lothringen. Je sais que le moment est peut être mal choisi. Mais pourriez vous m’accordez audience ? Je veux vous faire part d’un élément capital. Il en va de votre vie à tous deux »
--
Lothringen haussa un sourcil amusé. Jamais partie de chasse en solitaire ne lui avait amené autant de rencontres insolites. Peut-être cette femme n’était-elle qu’un manipulateur de plus, mais il n’était pas en mesure de cracher sur toute information supplémentaire.

« Soit. Venez, ne restons pas ici. »

D’un signe de tête à peine perceptible aux deux gardes, Lothringen leur indiqua de les laisser passer. Ils traversèrent le parc qui entourait le bâtiment, puis pénétrèrent dans l’un des salons du rez-de-chaussée. Lothringen se tourna alors vers leur mystérieuse visiteuse.

« Je vous écoute ».
--
La jeune femme attendit de longues minutes avant de répondre comme si les mots qu’elle allait prononcer lui coûtaient énormément. Puis elle se lança, les yeux brillants de larmes :

« Mon nom est Salomé, Salomé de Vortiguern. Algernon de Vortiguern est … mon père. C’est un homme dangereux, maléfique. Il ne pense qu’à faire le mal. Sa plus grande ambition est de maîtriser le temps. Il y est parvenu grâce à certains artefacts. A vrai dire, il ne lui reste que le vôtre et il deviendra le maître du temps. Et cela l’a rendu fou. Il n’était pas comme cela avant. Un mari aimant, un père attentionné. C’est la mort de ma mère qu’il n’a pu empêcher qui l’a rendu ainsi. Il voudrait la retrouver. Mais ce n’est pas son but ultime. Il vous en a parlé sûrement. Et il fera tout pour voir son projet se réaliser. Tuer ne lui fait pas peur. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait aux propriétaires des trois autres artefacts. Ils n’ont pas résisté longtemps … »

Elle se tut un instant, le temps d’étouffer un sanglot. Lothringen crût entendre à l’étage le bruit d’une bousculade et d’un corps tombant sur le sol. Mais la jeune femme reprit :

« Fuyez le comme la peste. C’est pour vous le seul moyen de rester en vie »
--
La jeune fille parlait encore que l’ouïe fine du semi-drow avait déjà détourné son attention vers ce qu’il se passait à l’étage… là où se trouvaient ses appartements.


« Nous reprendrons cette conversation un peu plus tard, mademoiselle. Il y a des intrus ici. »

Il la confia aux gardes de l’antichambre en leur recommandant de la protéger et d’avertir leurs collègues de la porte. Puis il se lança un sort d’invisibilité et monta sans bruit les marches de l’escalier, attentif à ce qu’il pourrait voir. Il avait laissé Althea en arrière, prêt à lui faire signe de venir si le danger n’était pas trop important pour elle.
--
Le haut des escaliers était vide. Aucun bruit, aucun souffle ne trahissant une présence humaine. Les pas de Lothringen le portèrent jusqu’à son bureau. Mis à part une fenêtre ouverte et quelques papiers envolés, il ne trouva aucune âme qui vive. Il s’engagea plus avant dans ses appartements, il découvrit la porte de sa chambre entrouverte. Il entrevit par l’embrasure le cadavre d’un garde roulé en boule sur le coté. Le ou les visiteurs ne semblaient pas être loin.

Un mouvement et au passage le chatoiement d’une cape rouge. Visiblement, son hôte était venu lui rendre visite. Il s’avança discrètement pour observer. Algernon et ses six disciples se trouvaient dans la pièce. Ils s’étaient déployés de façon à couvrir le moindre périmètre de la chambre et avait commencé sans attendre à fouiller méthodiquement. Son hôte quant à lui avait poussé plus avant dans ses appartements jusqu’à la bibliothèque. Aucun d’entre eux ne semblait inquiet de se retrouver chez lui. Sûrement confiants dans leurs pouvoirs et dans le fait que personne encore ne s’était rendu compte de leur présence.
--
Il s’attendait certes à les retrouver, mais pas si tôt. Le conseiller observa quelques instants leur manège. Ils retournaient les draps, passaient les doigts dans son linge, fourraient le nez dans le conduit de cheminée, scrutaient le parquet. Les oreilles de Lothringen frémissaient jusqu’à la pointe. Une irritation qu’il n’avait pourtant pas ressentie à la Taie Dorée commençait de l’échauffer lentement, transformant ce qui n’était jusque là qu’une offre inacceptable en affaire personnelle. Voir autant d’intrus pénétrer à la fois dans des appartements que les gardes du palais eux-mêmes avaient pris l’habitude de considérer comme inviolables le mettait dans une rage inédite qu’il n’aurait pu prédire. Ce n’étaient pas que cet endroit recèle tant que cela d’effets personnels auxquels il ait pu s’attacher… Habitué à voyager léger, Lothringen gardait toujours l’essentiel dans son sac, prêtant généralement peu d’importance aux objets. Si Algernon n’avait eu des projets aussi déments, il n’aurait sans doute pas fait de difficultés à se défaire de cette sphère qui ne lui était d’aucune utilité puisqu’il n’osait s’en servir. Mais là c’était autre chose. On avait violé son espace, son chez-lui. On avait versé le sang dans le foyer qu’il avait eu tant de peine à se trouver enfin. Souillé le sanctuaire. Vengeance.

Lothringen reflua dans le couloir, jusqu’à l’escalier, mit rapidement Althea au courant de la situation et la pria de prévenir les gardes. Toutefois, il demanda qu’on lui laisse un délai de grâce d’une petite minute. Le temps pour lui de se glisser dans ses appartements, profitant de ce que tout le petit monde était trop occupé par sa fouille pour entendre le bruit de ses pas. Il se rendit jusque dans la bibliothèque, où il entrouvrit un battant d’une étagère pendant qu’Algernon lui tournait le dos, à la recherche de glyphes. Le semi-drow s’empara d’une petite fiole d’un pourpre éclatant qui le rejoignit aussitôt dans l’invisibilité et revint vers la chambre, puis le couloir. De là, il lança la fiole en plein milieu de la pièce. Elle y explosa avec un petit bruit de verre pilé. Avant que les disciples aient plus comprendre ce qu’il se passait, un épais nuage nauséabond se répandait dans les appartements, les faisant tous suffoquer, empêchant les incantateurs de se concentrer. Dans le même temps retentit un cor au rez-de-chaussée, bientôt relayé par un autre dans le jardin, puis de proche en proche, jusqu’aux sentinelles des remparts et aux soldats de garde du fort. A l’instant, la herse de la citadelle de la Lame d’Argent fut baissée, et l’ensemble de la garde fut avertie de ce que l’alerte avait été donnée depuis le Palais des murmures. Des renfort quittaient les casernes toutes proches, convergeant vers le quartier des ambassades. Dans le palais lui-même, les gardes du rez-de-chaussée, s’étant rassemblés, gravirent l’unique escalier qui menait à l’étage, cependant que ceux qui y patrouillaient, alertés, venaient voir de quoi il retournait et surprenaient la porte ouverte, les exhalaisons gazeuses, les clameurs.
--
Le nuage nauséabond les asphyxiant presque, les disciples reculèrent pour se rassembler au centre de la pièce. Derrière eux, Algernon se tenait près d’une fenêtre qu’ils avait entrouverte de façon à bénéficier de l’air pur tout en profitant de la protection de la vitre contre d’éventuels tireurs. De loin, il les encourageait :


« Courage mes braves. Tout ce que vous souffrez sera récompensé par Baine quand vous serez présenté à lui. N’ayez pas peur. Il ne nous laissera pas en déroute. Nous sommes son poing armé. Sa force vitale. Nous vaincrons. »

Devant les portes, les gardes s’étaient postés, attendant les instructions de Lothringen pour investir la pièce. Mais il y eut soudain une exclamation étouffée suivie d’un bruit de bousculade. Et une voix s’éleva. Une voix douce et calme. Berçante si les mots l’accompagnant n’avaient pas eu une soudain une teinte inquiétante :

« Que personne ne fasse le moindre mouvement ou je me verrais contrainte d’enfoncer cette dague dans cette jolie gorge»

Salomé se dégagea du groupe pour aller se mettre dos aux portes. D’une main, elle tenait Althea qu’elle avait immobilisée par une clef de bras, de l’autre main qu’elle serrait fort sur la jeune femme, elle tenait une dague déjà dangereusement appuyée. Déjà, du sang sourdait en dessous de la tempe. Elle ne plaisantait pas. La bretteuse quant à elle, les yeux agrandis par la terreur fixait un point où elle pensait être Lothringen. La fille d’Algernon reprit :


« Quant à vous cher ami, je ne saurais que vous conseiller de vous montrer et d’entrer avec moi dans vos appartements. Bien sûr, vous pourriez aussi avoir l’obligeance de demander à ce que notre entretien soit intime »
--
Pendant quelques instants ce fut le silence, seulement troublé par les toussotements râpeux des adeptes d’Algernon et les grommellements des gardes excédés de ce retournement de situation. Althea guetta en vain un signe de la présence de Lothringen. Comme Salomé s’était placée, il serait trop risqué de tenter de la désarmer, la bretteuse le savait.

« Bien sûr », répliqua enfin le conseiller d’une voix égale. « Et tant que j’y suis, je suppose, je pourrais aussi vous faire porter quelques rafraîchissements, ça doit vous enflammer la bouche, tous ces mensonges. »

Il laissa s’écouler quelques instants.


« Quand on n’a qu’un seul otage pour huit personnes et qu’on est en train de se faire encercler par l’équivalent d’une garnison, la sagesse commande de ne pas se montrer trop gourmand, mademoiselle. Vous n’avez nul besoin de me voir pour me parler et c’est pourquoi je ne me montrerai pas, car ce serait perdre un avantage assez précieux en cas de nouvel « incident ». Et il est hors de question que je vous suive dans mes appartements, dont l’atmosphère est d’ailleurs devenue ces derniers temps particulièrement irrespirable pour tout le monde. Voici à mon tour ce que vous propose. Nous laisserons partir avec vous vos joyeux associés qui, je n’en doute pas, ont quelque sort de téléportation à leur disposition pourvu qu’ils puissent gagner un air plus pur. Au besoin, on doit pouvoir leur fournir le sort en question. »

C’était la solution la plus viable qui lui venait à l’esprit. La téléportation ne pouvait emporter avec soi de créature non consentante, et cette proposition lui garantissait qu’Althea demeurerait sur place, avec eux.
Dehors, on entendait les soldats en armes qui s’interpellaient.
--
Salomé parut quelques instants décontenancée par la proposition de Lothringen. Puis, le même sourire dément que son père se peignit sur son visage et elle pressa un peu plus la dague sur la gorge d’Althea. Le bretteuse retint son souffle.


« Tenez vous si peu à votre amie conseiller ? Sa vie n’est qu’un détail. Une simple poussée et elle ne sera plus qu’un souvenir. Quant à ma vie, je ne crains pas de la perdre. Vous finirez toujours par me croiser sur votre route. Et cette fois, il n’y aura pas de gardes pour vous venir en aide. Quant à nos chers soldats, ne vous en faites pas pour eux. Ils résisteront jusqu’au bout. Du moins, je vous demanderais de les aider un peu. Au moins que je n’entre dans vos appartements avec mon otage. Et là, je ne donne pas cher de sa vie. A vous de décider Lothringen. Tout ne tient qu’à vous »
--
De toute évidence, Salomé n’était pas plus raisonnable que son père. La proposition du conseiller était honnête, et il y avait fort à parier qu’elle n’aurait pas d’autre occasion de s’en tirer aussi bien. Chaque minute qui passait diminuait dramatiquement les chances des siens d’échapper indemnes. Quand le nuage de gaz commencerait de se dissiper, combien y aurait-il de gardes prêts à entrer par les fenêtres, ignorants tout de leur otage, de flèches prêtes à faire échouer toute tentative d’incantation ? La téléportation d’une aussi grande quantité de personnes nécessitait beaucoup de temps et de concentration. Et si la jeune fille tuait son otage, comment espérer autre chose qu’un massacre en règle en guise de représailles ?

Lothringen haussa les épaules dans l’invisibilité. Elle ne lui laissait d’autre choix que de prendre la solution risquée à laquelle il s’était refusé précédemment. Depuis tout à l’heure, il avait profité des moments où Salomé parlait pour s’approcher d’elle. Passant soudain à l’action, il lui saisit le poignet et le tordit en arrière. Tandis qu’il redevenait visible, la jeune fille laissa échapper un cri de surprise. Avec l’aide d’Althea et des gardes, elle ne tarda cependant guère à être maîtrisée.
--
Et soudain, une voix se fit entendre. Lothringen l’identifia sans se retourner. Algernon. Il avait profité de l’air de la fenêtre pour se concentrer et incanter. A présent, il bénéficiait de la protection d’une peau de pierre et d’une image miroir. Il se tenait devant les battants de la porte où il venait de se téléporter.


« Si c’est ainsi que vous recevez vos hôtes, dit il rapidement avant d’incanter, il ne me reste plus qu’à vous laisser ce petit présent avant de partir »

Algernon ========= mort de masse ============ groupe devant lui


Le silence s’abattit parmi les gardes. Durant une fraction de secondes, chacun se regarda guettant ceux qui allait mourir.
Non, ce n’est pas possible. Pas moi. Pas comme ça. Je ne comprends pas. Je ne veux pas. Et pourtant je le sens. Ce souffle qui s’en va. Mon cœur qui se fige. Résister. Il faut résister. Ne pas mourir. Ne pas ne pas mourir. Ne pas accepter. Pas maintenant.
Et soudain, les corps s’abattirent. Althea tomba doucement. D’abord sur les genoux.
Mon corps qui n’obéit plus. Le souffle me manque à présent. Et tout s’arrête. Je ne peux pas. J’ai encore trop à accomplir, à découvrir. A aimer … Non.
Elle roula sur le dos, cherchant Lothringen, de façon à emporter un visage familier dans la mort.
Ravie de vous avoir connu. Angelo, je te rejoins. Un dernier souffle. Et ce fut la fin. Autour d’elle quatre gardes rendirent leur dernier soupir.
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Vieux 23/09/2006, 20h23   #4
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Chapitre IV: Un retour en arrière

Lothringen avait rapidement reconnu les paroles psalmodiées pour être celles d’un sort de mort, et il s’était empressé de répliquer par un autre sort, d’invocation beaucoup plus rapide, destiné à tenter d’interrompre l’incantation du magicien. Algernon n’avait pas encore fini d’incanter son sortilège que cinq projectiles magiques, brillants d’une forte lumière pourpre, le frappèrent en désordre en plusieurs endroits du corps, lui brûlant la peau. Hélas, cela ne suffit pas à le déconcentrer, et tandis que quelques gardes plus réactifs que leurs camarades s’évertuaient sans grand espoir de détruire à temps les protections magiques d’Algernon, Lothringen, impuissant parce qu’hors de portée, regarda un à un les hommes qui l’entouraient. Il savait que ce sort n’était pas assez puissant pour avoir la moindre chance de l’atteindre. En revanche, parmi les gardes, il ferait des ravages. Et voilà qu’ils tombaient, un à un… Il les compta avec un fatalisme qui le dégoûtait. Un, deux, trois… ALTHEA ? !

Le semi-drow demeura quelques instants hébété. Il ne s’était pas trompé, c’était bien Althea qui venait à son tour de… mais ce n’était pas possible ? Elle qui était tellement plus jeune que lui, qui n’avait rien à voir avec… et… à qui il tenait surtout… Suffoquant à demi, l’acidité au bord de ses yeux étrécis, il reporta son regard sur le monstre qui s’efforçait à présent de résister aux assauts désespérés des soldats survivants, incapable qu’il était d’enchaîner aussitôt sur un autre sort.

Sans le quitter des yeux, Lothringen saisit une de ses haches et balaya du bras l’espace sur sa gauche. Un bruit sourd retentit : la tête de Salomé qui roulait sur le parquet dans une gerbe de sang…


Nau brou zet nin. Uss d' udossa zhal el whol ol…, gronda-t-il.

Pour une fois, personne ne rechercha la traduction. Toute son attitude disait assez que ce serait désormais sans quartier, et que, tôt ou tard, l’un d’eux mourrait pour ça…

Lothringen = = > rapidité = = > Lothringen
Lothringen = = > porte dimensionnelle : chambre = = > Lothringen


Les adeptes illuminés du mage fou, toussant dans le nuage toxique, avaient néanmoins compris l’action de Lothringen comme une tentative de prendre leur maître à revers. Décidé à le protéger au prix de leurs vies, ils se massèrent contre la porte, l’épée au clair, formant un mur de chair humaine. Mais il en faudrait désormais davantage pour arrêter la colère de Lothringen, et il n’hésiterait pas à massacrer un par un ces piètres protecteurs. Comprenant néanmoins qu’Algernon risquait d’avoir le temps d’incanter avant qu’il ne l’atteigne, le semi-drow ne voulut pas rester en frais. Il incanta un sort qui fit jaillir de ses mains en cône la magie glacée de l’hiver, sur une large zone qui, à en croire son cri de surprise, atteignit Algernon dans le dos. Devant lui, les lèvres bleuies par le gel, les gestes ralentis par l’engourdissement, des nuages de vapeurs blanches au bord des lèvres, les adeptes…Viande froide avant son heure.
--
Il avait roulé au sol, sentant venir la mort. Il s’était minablement traîné dans un coin en espérant qu’on l’épargne. Devant lui, les yeux morts de sa fille le fixaient d’un air incrédule.
« Que Baine t’accueille » lui souffla-t-il. Et autour de lui, le combat s’engagea.
Les disciples d’Algernon voyant leur maître blessé chargèrent comme un seul homme. Ils se précipitèrent en hurlant. Peu leur importait de mourir si c’était en tuant celui qui avait blessé celui dans lequel ils avaient placé tous leur espoir : le maître des sables du temps. Il avait osé porter la blessure dans sa chair, à lui qu’ils adoraient, qu’ils vénéraient presque.

Deux attaquèrent Lothringen de front, quatre autres sur les flancs. Les deux derniers se risquèrent derrière. Le semi drow esquiva les deux premiers coups. Deux éclairs d’argent fendirent l’air durant une fraction de seconde et deux disciples s’écroulèrent, les bras sectionnés. Les autres tentèrent de répliquer. Une des lames ripa contre la cotte de maille du conseiller. La riposte ne se fit pas attendre. Un des hommes d’Agernon s’abattit face contre terre, les entrailles à l’air. Une odeur de sang et de mort se répandit dans la salle. Les intrus s’aperçurent mais trop tard que cette fois, ils ne gagneraient pas. A présent, ils contempleraient leur mort en face. Et c’est dans un semi drow dont le sang des leurs avait giclé sur sa figure et ses vêtements en traînées vermillon qu’elle avait pris corps pour emmener leur âme au cœur de son royaume. L’un d’entre eux hurla juste avant que sa tête ne se fende en deux, transformant son cri en borborygme indistinct. La tête de son vis-à-vis roula aux pieds des gardes agglutinés sur Algernon s’échinant sur sa peau de pierre et ses doubles miroir. Le suivant tenta de s’enfuir mais une hache le cueillit au flanc, tranchant les chairs jusqu’au milieu du ventre. Il s’écroula sur lui-même au pied de son dernier allié qui tomba sur lui, coupé en deux parties égales.

Algernon agité de soubresauts sentit son heure venir quand le regard de Lothringen se porta sur lui. Non, ce n’était pas possible. Il ne pouvait pas avoir perdu. Il y avait encore une chance. Vite, le parchemin


Algernon = arrêt du temps
--
Tassé contre un mur, la peau de pierre éclatée et mise à nu en plusieurs endroits, sur le point d’être tué ou pris avant une condamnation et une mise à mort plus infamante encore, Algernon le magicien fou, le responsable de cette tuerie, venait de s’emparer d’un parchemin, et incantait… En reconnaissant les mots de pouvoir d’un arrêt du temps, Lothringen enrageait de voir cet être vil pouvoir seul s’échapper. Pour ce qu’il avait fait, le semi-drow aurait voulu l’écorcher rien qu’avec les dents… Il fronça les sourcils, observant les derniers gestes hâtifs du magicien.
Fais de ton mieux, petit grand homme. Fuis jusqu’au bout du monde. Peu importe le temps qu’il faudra… Ce n’est qu’un au revoir.

--
Lothringen eût à peine le temps d’entendre la fin de l’incantation qu’une immense force le propulsa contre le mur. Il eut le temps de voir une vive lumière, puis l’obscurité envahir la pièce. Puis, il se sentit courir en arrière tout en restant sur place et tomber avant de perdre connaissance. Il se réveilla dans son lit. A la faible lumière filtrant à travers les persiennes, il devina qu’on se trouvait à l’aube. Devant sa porte, il entendit les ronflements sourds et réguliers des gardes. Rien à voir avec les cris de désespoir et de rage qu’il avait entendu quelques instants plus tôt. Le sommeil tranquille des hommes que rien ni personne ne vient déranger.

Il regarda autour de lui. Dans la chambre, aucune trace de bagarre. Aucun débris sanguinolent, aucune tête, aucune arme. Lui-même était propre et ses haches reposaient à leur place habituelle. Et bien sûr, Algernon et ses disciples n’étaient pas dans la pièce. Ils avaient dû s’enfuir. Ils s’étaient dissipés comme les brumes d’un cauchemar nocturne. Mais avait il simplement rêvé ? Tout cela avait l’air pourtant si réel … Trop réel
.
--
Il était en chemise, et au sortir du lit le froid glacial du petit matin le fit frémir. L’aube était pâle encore… Le silence du palais et les ronflements paisibles du garde, dans le couloir, sentaient le déjà vécu. S’était-il évanoui, l’avait-on couché malgré lui ? Pourtant, cette chaise n’avait-elle pas été fracassée dans la bagarre? Ne devrait-il pas avoir une longue estafilade au bras ? Un rêve prémonitoire, tout cela ? Devenait-il fou ? Lothringen s’habilla rapidement, puis gagna la porte. Tout s’était arrêté… au moment où Algernon lançait son sort d’arrêt du temps. Algernon, qui prétendait savoir comment remonter dans le passé…

Le semi-drow ouvrit la porte et, cette fois, n’eut pas le courage de sermonner les gardes. Il pensait encore à la chute d’Althea devant cette porte, à son serrement de cœur…


« Bonjour, vous deux. Quel jour sommes-nous ? »

Les deux gardes émergèrent en sursaut de leur sommeil, se redressant avec maladresse. Le semi-drow crut se souvenir d’avoir vu l’un d’eux tomber mort au même endroit…

« Euh, mais c’est aujourd’hui la rencontre des boucliers, Sire… »
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Vieux 27/09/2006, 22h09   #5
Lothringen, Conseiller de Manost
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Chapitre V: Déjà vu

Le conseiller ne répondit pas. Une boucle temporelle. Ce fou avait réussi, volontairement ou non, l’impensable. Perturber le cycle du temps, revenir au matin… Alors Lothringen ferma les yeux et murmura une prière à sa déesse, pour la remercier de cette chance inespérée de racheter le massacre. De relever les morts. De protéger les siens.

S’il avait compris ce qu’il s’était passé, s’il en gardait le souvenir, alors il y avait toute chance que son adversaire aussi : il n’y avait pas de temps à perdre.
Il ne prendrait pas son arc, ce matin-là. Il n’irait pas dans la forêt. Revenant sans mot dire dans ses appartements, Lothringen referma la porte avec soin, puis se rendit dans la bibliothèque. Prendre l’artefact, maintenant. Puis se téléporter avec. Loin…
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Lothringen s’apprêtait à sortir l’artefact de sa cachette quand un bruit sourd stoppa son geste. Un projectile s’était abattu contre la vitre presque aussitôt suivi d’un deuxième. Quelqu’un cherchait manifestement à attirer son attention sans se faire voir des gardes ni d’aucun membre de la maisonnée. Au troisième, la personne s’impatientait manifestement car un sifflement suivi d’un :
« [color=#8470FF ]Hé, par ici ![/color] » se fit entendre. Une voix familière. La voix d’une fouineuse patentée ayant toujours le don pour se mettre dans les pires guêpiers. Althea. Il ouvrit la fenêtre et l’invita à descendre si elle ne voulait pas qu’il l’aide. Et cela ne se ferait pas dans la douceur. Un soupir boudeur et un « [color=#8470FF ]Si c’est comme ça écartez vous ! [/color]» plus tard, elle se réceptionnait maladroitement sur le plancher.

« [color=#8470FF ]Désolée de cette intrusion,[/color] dit-elle en dansant d’un pied sur l’autre, [color=#8470FF ]je sais que je n’aurais pas dû mais je m’inquiétais. Quelqu’un est entré dans l’enceinte du palais tout à l’heure. Il avait l’air de vouloir visiter vos quartiers. Alors, je voulais voir si … [/color]»

Et elle laissa planer la fin en sachant très bien qu’il la connaissait. Une nouvelle fois, elle s’était mêlée de ce qui ne la regardait pas. Et une nouvelle fois, elle se trouvait sur sa route.
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Il la dévisagea quelques temps, sans mot dire. Qu’il était bon de la revoir, saine et sauve, aussi insouciante que d’habitude, ignorant tout… Manifestement, la jeune femme, tout comme les gardes, ne se souvenait de rien. Lothringen ne doutait plus de ses souvenirs, mais il ne savait au juste pourquoi les autres acteurs de la journée précédente ne les partageaient pas. Sans doute l’habitude de la divination lui avait-elle donné une intuition plus fine de l’écoulement du temps… A y bien songer, dès le réveil, il avait ressenti comme une distorsion de la réalité environnante, une résistance de la matière à devoir exister à nouveau, qui l’avait mis aussitôt sur la piste de la boucle temporelle. Qui pouvait dire sur quelle distance ce sort avait fait effet, et si ce n’était pas l’ensemble de la cité qui se trouvait ainsi contrainte de revivre cette même journée ? Mais le devin savait qu’Althea ne le croirait que difficilement, et qu’il valait probablement mieux qu’elle continue d’ignorer à quoi elle n’avait pu échapper. Avec sa curiosité habituelle, elle ne pourrait s’empêcher de venir fourrer son nez dans l’affaire… et si cela devait recommencer… Lothringen se mordit les lèvres, faisant à la bretteuse un accueil minimal.


« Oui, on cherche à voler un objet en ma possession, je suis au courant... »

Il retourna à son travail, qui consistait à ôter les livres sur le rayonnage le plus élevé d’une des bibliothèques… puis activa d’un mot de pouvoir un mécanisme secret, et un double fond s’y ouvrit, révélant une cachette aménagée dans le mur même de la salle. Lothringen en sortit une boule de cristal dans laquelle flottaient, vaporeuses, mille teintes irisées. La sphère émettait une vive lumière. Voyant, à son côté, Althea se figer comme en extase devant le jeu de ses reflets, le semi-drow s’empressa de recouvrir la boule d’un morceau de tissu.

« La curiosité est un vilain défaut… J’espère que la voici satisfaite ? Maintenant, excusez-moi, mais je dois transporter cet artefact en lieu sûr… »

Voyant où Lothringen voulait en venir, la bretteuse essaya de le prendre de court.


«[color=#8470FF ] Je viens avec vous.[/color] »

Il fronça les sourcils.

« Non. »

Puis incanta un sort de téléportation, et disparut de la pièce…
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Seule. Il l’avait laissée seule sans lui avoir rien dit pour s’être introduite dans sa propriété et être entrée chez lui par son toit. Pas une pique ni une remarque. Il s’était contenté de la dévisager sans rien dire comme s’il ne l’avait pas vue depuis longtemps. Voila qui était franchement inquiétant. Et il était parti, emportant un objet étrange avec lui. Décidément, Lothringen n’avait pas fini de la surprendre. En attendant, elle n’avait qu’à attendre qu’il revienne. Et elle n’aurait qu’à attendre son retour. Elle s’approcha de la fenêtre et regarda au dehors. Il neigeottait un peu. Au-delà des grilles, comme des fourmis, les gens s’affairaient. Un mitron, un couple d’ivrognes passant. Elle s’imagina dehors en train de faire des boules de neiges. Une pour Elissa, une pour Ilario, une pour … Lothringen. Elle sourit à cette pensée.

Quand soudain, un déplacement d’air derrière elle. Une présence. Bizarrement, elle sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine. Elle n’eût pas le temps d’esquisser un mouvement que deux mains la saisirent. Une sous l’épaule et une au ras du cou. La seconde d’après, elle sentit la morsure d’une dague s’enfonçant dans son avant bras et déchirant ses chairs jusqu’au poignet. Et une voix mielleuse souffla à son oreille :


« Chère Althea, nous voila de nouveau réunis. Criez et vous mourrez. Je vais vous charger d’une petite mission. Rien de grave. Remettez simplement ce message à notre cher Lothringen de la part de son ami Algernon. Je sais que vous vous en tirerez sans aucun souci. En attendant, je vais prendre congé de vous »

Elle hocha doucement la tête sans oser bouger. Les larmes roulant sur ses joues, venant mouiller la main du coté de son cou. Elle sentit le sang couler de la plaie puis le poids d’un parchemin dans sa main qu’elle serra. Et enfin, la personne la relâcha. Elle l’entendit l’homme incanter un sort d’invisibilité avant de quitter la pièce ni vu ni connu. Alors, ses forces l’abandonnant, elle se laissa aller à genoux et éclata en sanglots.
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Il lui sembla s’écouler une éternité avant d’entendre à nouveau des pas décidés dans le couloir. La voix familière de Lothringen qui échangeait quelques mots avec les gardes devant sa porte. Elle ravala quelques larmes dans le silence, essayant de se refaire une composition pour le moment où ils seraient de nouveau face à face. Les pas du conseiller s’arrêtèrent, comme s’il avait perçu le bruit, et elle l’entendit gagner la bibliothèque, puis s’arrêter dans son dos comme il la découvrait à terre, agenouillée. Elle fit effort pour se relever et se tourner vers lui. Lothringen la dévisageait avec inquiétude, mais ne lui disait rien, attendant des explications. Son regard glissa jusqu’au bras ensanglanté. Une longue déchirure, qu’elle ne s’était sûrement pas faite toute seule. Il avança la main pour essuyer doucement ses larmes.


« Qui était-ce ? »

Mais il ne le devinait que trop.
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Elle avait reculé brutalement et avait croisé les bras. Elle l’avait regardé effrayée, les larmes roulèrent en cascade sur ses joues. Quand elle parla, sa voix était chargée de sanglots :

« [color=#8470FF ]Qui était ce ? Mais c’est à vous de me le dire ! Il vous connaît, il me connaît. Mais je ne le connais pas. Algernon ! Ne me dites pas que son nom ne vous dit pas quelque chose …[/color] »

Les larmes furent quelques instants plus fortes mais elle se reprit et continua
: « [color=#8470FF ]Il m’a chargé de vous remettre ceci [/color]» Elle lui tendit le parchemin d’une main tremblante. Il découvrit une écriture fine et soignée dans une encre violacée. Et un message sans fioritures ni sous entendu :

« Cher Lothringen. Comme vous le constatez, je suis venu tenir compagnie à une amie commune. Je lui ai laissé un souvenir de notre rencontre. Je vous sais assez intelligent pour avoir deviné qu’il ne s’agit pas d’une simple estafilade. En effet, j’ai imbibé ma lame d’un produit de ma composition. Ne cherchez aucun antidote. Il n’en existe qu’un et il est en ma possession. En tant qu’ami, je suis tout à fait disposé à vous le fournir. En l’échange bien sûr d’un don de votre part. Je vous attendrai à la taie dorée au coucher du soleil. »
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Lothringen: semi-drow, guerrier-mage CB et conseiller manostien à la diplomatie
Code Couleur : #7AC5CD I Arrivée à Manost et Biographie RP
Rp en cours : L'inattendu, Fin de la suprématie, Le mange-pierre
Lothringen est déconnecté  
Vieux 29/09/2006, 22h36   #6
Althéa, Membre des Guildes de Manost
Basilic Mineur