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Le port de Melandis Aussi immense que tumultueuse, la rivière Houleuse serpente au travers de Melandis, si bien que peu à peu un quartier portuaire s'est formé. Au départ, ce n'était qu'un regroupement d'entrepôts entourant les quais, mais le quartier commerçant s'est développé non loin de lui, et désormais, l'activité y est bourdonnante. Toutefois, dans certaines ruelles, les brigands attendant impatiemment le voyageur inconscient, et mieux vaut ne pas s'éloigner des artères principales... |
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| | #1 |
| Fey'ri du vortex ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2003 Localisation: Melandis
Messages: 72
| Le neuvième pont sur la Houleuse n’est qu’un pont parmi d’autres. De pierre grise, il n’est ni plus haut, ni plus beau, ni plus décrépi que ses semblables. Il a ses fissures humides, sa mousse verdâtre et ses champignons oranges, ses moellons déchaussés, sa bande de rats voraces et sa colonie de joyeux cloportes. Personne ne vient jamais le nettoyer et on ne le réparera sans doute pas s’il venait à s’écrouler dans l’onde crasseuse qui défile, jour et nuit, dans son ombre. Sous son arche, à hauteur d’homme, quelqu’un a gravé les mots suivants en langue gnoll : « Abats les Talosiens ». Plus bas, une petite main tremblante a inscrit à l’encre rouge (ou est-ce du sang ?) : « Fossy m’a tuer ». Mais la seule réelle particularité de ce pont est d’abriter la paillasse qui sert de repaire à Tar’Ael Velluthra, le fey’ri errant. Il s’agit d’une vieille peau d’ours un peu mitée, qu’il a trouvée dans le caniveau devant une des grandes demeures mélandiennes incendiées au cours de la révolte des esclaves du prophète gris. Tar’Ael y dort régulièrement mais pas toutes les nuits : il ne se souvient pas toujours du chemin, ni même de l’existence de ce pied-à-terre, quand il ne trouve pas un endroit plus adapté à ses rêveries nocturnes. Si un voleur particulièrement désespéré décide de profiter de l’absence du fey’ri pour le détrousser, il risque d’être bien déçu : dans sa couche, il dénichera probablement les reliefs d'un repas, des morceaux de papier couverts d’annotations incompréhensibles, voire un caillou coloré ou un cafard mort. Rien de bien coté au marché noir. De plus, si le fey'ri venait à rentrer...
__________________ Vous parler du vortex ? JAMAIS! C'est mon vortex! Bas les pattes! Du vent! Sinon je vous pulvérise à coup de boules de... poil d'écureuil, tiens... Ahum... Une noisette ? |
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| | #2 |
| Fey'ri du vortex ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2003 Localisation: Melandis
Messages: 72
| Tar’Ael et Frisquette regardaient la Houleuse charrier son habituel ramassis de détritus, poissons crevés, excréments, parfois le cadavre gonflé d’un chien ou d’un elfe, débris de bois flotté, sacs d’immondices, vêtements tâchés, paille salie, bouteilles jetées à la rivière transportant d’improbables messages, sans doute désespérés, hurlants, tristes, mortels. « Je devrais te parler de mes projets » dit alors le fey’ri, suivant des yeux le ballet aquatique élégant de ce qui ressemblait à un gant surdimensionné à six doigts. « Mmm ? » répondit simplement la gamine en le dévisageant en diagonale. Elle avait les mains enfouies dans le poil soyeux du chat roux. Incroyable comme même à l’endroit le plus crasseux de Mélandis, un matou restait toujours propre. Et chaud. « Mes projets. » répéta le fey’ri. Les grands yeux gris de la fillette se posèrent sur lui, attentifs. « Je ne suis pas venu jusqu'ici par hasard... Et pour arriver à mes fins, je dois rassembler puis sacrifier un certain nombre de créatures... » commença-t-il. « Scarifier ? » « Sacrifier. Les tuer rituellement, si tu préfères. » « Oh. » « Oui. Ensuite, seulement, le vortex... » « C’est quoi ton rituel ? » l’interrompit-elle. « Mon rituel ? » « Je pense que tu devrais y réfléchir. A comment tu vas les tuer. » « Je comptais, je ne sais pas. Leur trancher la gorge ? » « C’est un peu facile. » « Facile ? » « Tu devrais d’abord les torturer. Leur arracher les ongles. Faire couler de la cire brûlante dans leurs yeux ouverts. Brûler leurs cheveux jusqu’à ce que leur crâne se cloque. Casser leurs dents à coup de masse. Trancher leur langue et la donner au chat. Couper leurs doigts phalange par phalange. Briser leurs côtes une par une. Les ouvrir de la gorge au nombril et tirer toutes leurs entrailles dehors. Enfoncer des aiguilles dans leurs jambes. Arracher leur coeur à main nue et manger leur foie à pleines dents ! Et si ce sont des hommes, tu peux toujours... » « Oui, c’est bon, c’est bon ! Je vois! » « Trancher la gorge, c’est nul. » conclut-elle avec autorité. « C’est nul, d’accord. » Le fey’ri jeta un coup d’oeil en coin à la gamine, laquelle avait repris, distraite, sa contemplation de la Houleuse. Il ne put s’empêcher d’être traversé par un frisson. « Tu as beaucoup d’imagination, pour une fille de ton âge. » fit-il. « Je suis mélandienne. Je n’invente rien. » répondit-elle avec un rictus joyeux. Il dissimula un sourire nerveux. « Et pourquoi tu veux faire ça, en fait ? Ton scafirice? » « Pour avoir le pouvoir absolu. Etre le maître du monde ! » « A quoi ça sert ? » « Ben... Je pourrais avoir tout ce que je veux, quand je le veux ! » Elle avait l’air manifestement sceptique. « Et maintenant, par exemple, qu’est-ce que tu veux ? » « Et bien... Un bon verre de cidre bouché me tenterait bien. » « Ah ! Je sais où ils en servent un délicieux ! » Leste, elle se leva et lui tendit la main, chassant le chat roux qui s’éloigna en maugréant. Il accepta son invitation et ensemble, ils partirent vers la ville.
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| | #3 |
| Fey'ri du vortex ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: août 2003 Localisation: Melandis
Messages: 72
| Le fond de l’air avait une vague odeur de pourri. Ce remugle ancestral, essentiel à la qualité de l’atmosphère mélandienne, avait prit naissance sur le cadavre d’un rat, deux siècles plus tôt, à la faveur de la conjonction malheureuse d’une averse torrentielle (avec pluie de grenouilles) et d’une demi-journée de canicule humide et harassante. Depuis, la puanteur s’était promenée, de ruelle en toiture, de caniveau en vide-ordures, tantôt ténue, tantôt puissante, se nourrissant et s’abreuvant dès que possible, des habitudes détestables des créatures qui hantaient le quartier. Pisse de chat, crotte de kobold, la délicate senteur printanière des aisselles d’un ogre en maraude, un fromage avarié jeté sur la voie publique, le vent sauvage d’un elfe qui a mangé trop de flageolets, les bottes d’un hobgobelin qui ne s’est jamais lavé les pieds et qui approche de l’âge vénérable (pour un hobgobelin) d’une quinzaine d’années… Le fumet exquis mais létal du ragoût que l’on sert à la Chimacienne, les draps de lit au Luménien Noyé, l’haleine de bouc d’un bouc, justement, qui sert de poubelle de table à la Taverne de la Gorgée d’Orge, les effluves délicatement écoeurantes des savons parfumés des Thermes de la rose fanée… L’odeur primale de la cité du chaos flotte, se renforce, se partage, personne ne peut l’ignorer, personne ne peut passer son tour, mais quelque part, tout le monde y participe, même à son corps défendant… Chaque Mélandien met quelque chose de lui-même dans la fragrance unique de sa cité. Un bel exemple de communauté, vraiment. On ouvre les fenêtres dans les ambassades cossues des cités étrangères, et le parfum est là. Il s’offre aux narines des conseillers et des mendiants, se glisse dans les villas de la haute, dans le lit des ouvriers, la cachette des mercenaires, trouve le nez de chacun, du chien, du gnoll, du vampire. Il embaume dans les temples sinistres des divinités sanguinaires. Il s’invite dans les rues commerçantes, forcissant à chaque échoppe, se ressource au cimetière, explose dans les égouts. Généreux, il se livre, s’impose, s’accepte. A une exception près. « Brisquette, j’crois qu’j’ai attrabé un birus. » « Un quoi ? » « Un birus. » « Oh. » « Je bais boir au temble. S'ils ont un rebède. » « Un conseil : profite. » « Brofite ? » « Du fond de l’air. » « J’sens blus rien. » « Justement. » Tar’Ael Velluthra secoua la tête, interdit, puis haussa les épaules, et se mit en route.
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