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La Grande Bibliothèque Impériale ![]() Les rayonnages de la Grande Bibliothèque Impériale vous proposent les plus beaux récits. Vous êtes vous-même auteur à vos heures perdues ? N'hésitez pas à proposer vos oeuvres. Qui sait, vous aurez peut-être votre forum. |
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Les oiseaux saluaient le dégel de leurs trilles enchantées, on avait aperçu un faon au fond du pré de la vieille Alice, et de nombreux oeufs de grenouille flottaient dans le courant paresseux de la rivière, en aval de la petite cascade moussue. De temps en temps, une giboulée spectaculaire venait frapper les toits du hameau, chassant enfants, chats et volaille à l’intérieur des chaumières, tandis que le chien hirsute du tanneur restait au dehors, museau dressé vers le ciel, frémissant en silence. Les rues boueuses du village le devenaient alors davantage, et les habitants pestaient à haute voix en vaquant à leurs occupations quotidiennes, dans la fange jusqu’aux mollets. Martin se souciait peu des caprices du ciel. Assis sur le tronc du vieux chêne foudroyé, perdu dans ses pensées, il essayait de visualiser l’avenir, une activité autrefois inutile qui s’était brusquement révélée cruciale avec la mort de son père. Ses vêtements de deuil, chemise noire et manteau pourpre, le serraient désagréablement et il ne cessait de tirer sur son col, comme pour combattre l’étouffement. C’était un jeune homme de taille moyenne, des yeux sombres dans un visage avenant et le teint rosi par le froid piquant. Et il s’était cru sans histoires, sans problèmes, sans intérêt. Jusqu’à l’avant-veille. Vers onze heures du soir, il avait entendu un choc violent à l’étage de la ferme, alors que les animaux et les hommes dormaient depuis longtemps, et qu’il tentait de lire, discrètement, à la lueur mourante de l’âtre. Le plancher avait craqué, sinistre, résonnant du poids qui venait de s’y abattre, puis le silence s’était installé sur la bâtisse, lourd, étrange. Son père n’avait pas crié, pas bougé, pas protesté. Seule la chatte s’était retournée dans son sommeil, présentant un ventre ballonné aux braises, comme pour rôtir les avortons encore enfouis dans ses ténèbres. Martin avait attendu, aux aguets, prêt à dissimuler le livre dans les replis de sa couverture à la moindre alerte, froissement d’étoffe dans la cage d’escalier, grincement de latte, respiration sifflante qui annonce la tempête. Mais rien, pas un son, pas un soupir. Le foyer s’était éclairé brusquement des étincelles d’une bûche moribonde, croulant dans les cendres. Toujours assis, Martin avait guetté les battements de son coeur, emballé puis plus calme, avant de se lever et de gravir les marches de l’escalier. Il s’était immobilisé devant la porte paternelle, hésitant. Il lui avait fallu plusieurs minutes avant de rassembler le courage nécessaire pour frapper, et curieusement, cruellement, le silence qui avait suivi son audace l’avait rassuré plutôt qu’effrayé. A la lueur d’une chandelle malingre, il avait fini par découvrir le cadavre encore chaud du vieil homme, face contre terre, le pot de chambre renversé à bout de bras. La lune était montée haut dans le ciel, Martin n’avait pas bougé, il s’était contenté de s’asseoir sur le lit et de regarder son père. A l’aube, il était descendu pour nourrir les chevaux, avait distribué leurs tâches aux serviteurs, puis s’était mis en route vers le village pour y prévenir ses deux soeurs et le prêtre. Martin porta deux doigts au col de sa chemise noire, puis passa une main lasse sur son visage et lâcha un bref soupir. Encore quelques minutes de répit avant les funérailles, avant ce défilé de visages compatissants, cette longue litanie de condoléances creuses, comme quatre ans plus tôt, à la mort de Mathilde. Le souvenir de sa mère lui mena les larmes aux yeux et il les essuya du bout des doigts, machinalement, avec un peu de honte. Un gars de 20 ans ne pleure pas, lui aurait dit son père, en le gratifiant d’une bourrade affectueuse dans le dos. Il n’était plus là pour le tancer, désormais. Qu’est-ce que cela signifiait ? Qu’il était possible de faire marche arrière ? Il avait promis à Mathilde, sur son lit de mort, de garder certaines choses pour lui, de ne jamais les révéler à son père. Mais à présent que ce dernier était parti, pouvait-il les révéler à quelqu’un d’autre ? Au monde entier ? Sa rêverie fut interrompue par les mains fraîches d’Emilie qui se posèrent sur ses yeux, accompagnées d’un rire musical comme le chant du rossignol. Sans faire ni une ni deux, la jeune fille enfourcha le chêne, faisant peu de cas de sa longue jupe de laine noire, qui s’étira dangereusement pour accompagner le mouvement. Elle planta son regard limpide dans les yeux sombres de Martin, lui sourit avec enthousiasme, aussi lumineuse qu’il était gris. Plus jeune de quelques années, elle s’était prise d’affection pour lui, et semblait s’amouracher davantage chaque fois qu’il se montrait froid, distant ou franchement désagréable. « Tu en fais une tête ! » s’exclama-t-elle. « Je te rappelle que nous enterrons mon père. » lâcha simplement Martin, usant d’une justification facile, bien que mensongère. Le visage de l’adolescente se colora instantanément, et elle plaça une main vive en travers de sa bouche. « Oh Martin, je suis désolée. » bafouilla-t-elle. « Je suis vraiment une cervelle de moineau. Pardonne-moi. » Que pouvait-il répondre à cela ? Il se contenta de hocher la tête, avec une légère grimace. « Ça doit être si difficile... Vous étiez si proches... Et tu as toujours été son préféré, de surcroît. Je n’imagine pas ce que ça doit être... » continua-t-elle, relancée. « Est-ce que Garance et Brunehaut vont rentrer ? J’ai vu Moline... Quelle élégance... Et Elsa n’est pas en reste, bien sûr. Apparemment, ils ont acheté de nouveaux chevaux, c’est Hubert qui me l’a dit. » Emilie se trémoussa sur le tronc, accrocha sa jupe dans un ergot et jura en la détachant, constatant d’un doigt rageur qu’il y restait un trou. « Alors ? » « Alors quoi ? » répondit Martin, dont le regard s’était à nouveau perdu dans le sous-bois. « Garance ? Brunehaut ? » « Elles ne viennent pas. Je pense qu’elles sont ravies qu’il ait enfin passé l’arme à gauche. » murmura-t-il. Autour d’eux, les branchages s’animèrent comme la pluie recommençait à tomber. Emilie rabattit sa capeline sur ses cheveux blonds, d’un geste distrait, sans faire mine de s’éloigner, et haussa les épaules. « Ce qui est sûr, c’est que ça ne changera pas leur vie. » railla-t-elle. Cadet d’une fratrie de cinq, Martin était le seul garçon, l’héritier de la ferme, le « successeur » que le père avait attendu pendant plusieurs années, lorgnant le ventre rond de sa femme. Ses quatre soeurs avaient quitté le nid dès que possible, abandonnant Martin dans le giron parental. Seules Elsa et Moline s’étaient établies dans les environs. De Garance et de Brunehaut, on n’avait plus que des nouvelles éparses, une ou deux fois l’an. « Qu’est-ce que tu vas faire, à présent ? » demanda la jeune fille, posant une main vagabonde sur les braies sombres de son compagnon. Martin se leva brusquement. « Nous devrions nous hâter, ils doivent se demander où je suis. » répondit-il et enjambant le tronc, il partit droit vers le village, dissimulé par trois rangées d’arbres couverts de bourgeons tendres. Il entendit Emilie trottiner à sa suite, froissant certainement sa robe déchirée dans les taillis, mais il n’avait pas l’intention de la laisser espérer en se montrant galant. Sur la place du village, devant l’édifice usé qui servait de salle du conseil, les notables s’étaient rassemblés autour du corbillard sommaire qui devait emmener Auguste Buteau vers sa dernière demeure, dans la nécropole voisine, à l’ombre du Temple de Mélion. Martin se glissa dans le groupe, furtif, et fut bientôt repéré par Moline, sa soeur aînée, dont la robe de soie bleue n’avait rien d’opportun. Mais l’inimitié entre Auguste et ses filles n’était un secret pour personne et Moline n’entendait pas se draper d’un chagrin factice. Elle était présente pour lui, Martin le savait, et le souci sur son visage n’était pas feint. A passé trente ans, elle était toujours très belle, ses longs cheveux brun sombre ramenés en un chignon étudié encadrant son visage pâle aux yeux clairs. « Mon loup. » fit-elle en lui prenant le bras. Martin jeta un regard gêné autour de lui, mais aucun de ses amis proches ne traînait dans les parages. Tous attifés comme des chauve-souris, ils réapparaîtraient pour porter le macchabée en terre. Pour l’heure, Auguste avait encore le nez à l’air, profitant du printemps avec ses invités. On avait disposé des objets cassés tout autour du corps, comme le voulait la tradition : toutes les vieilles choses obsolètes étaient jetées de concert, sous l’oeil distrait de Mélion. Le jeune homme réalisa brusquement que sa soeur lui parlait, lorsqu’elle lui pinça la joue pour le rappeler à l’ordre. « J’oublie toujours que tu aimais bien ce vieil ours. » fit-elle en haussant ses sourcils arqués. Malgré son mode de vie scandaleux, elle vivait hors des liens du mariage avec un homme qui avait presque deux fois son âge, Moline avait toujours bonne réputation au village, et elle distribuait ses sourires enchanteurs à tous ceux qui s’approchaient d’elle. Martin la soupçonnait d’être un peu sorcière et d’avoir ensorcelé les Truiteux pour qu’ils soient éternellement bien disposés à son égard. Auguste la considérait comme une traînée et ne se privait jamais de le clamer. « J’étais dans la lune. » répondit Martin. Elle lui sourit avec chaleur, et l’entraîna vers l’arrière du chariot, où l’attendaient Elsa et Hubert, ainsi qu’une douzaine de villageois proches du mort. Mais Martin sentait son esprit dériver. Pris en main par sa soeur, il pouvait se retrancher en lui-même, user de sa tristesse légitime comme d’un masque et quitter l’instant présent pour regagner son univers intérieur et les histoires autrement plus riantes qu’il y vivait. A l’abri de ses contrées intimes, il décrocha du réel. Ainsi, il ne participa pas vraiment au cortège, entendit à peine l’éloge funèbre, s’agenouilla sans le faire dans la boue de la nécropole, souleva le corps sans échanger de regard avec ses amis qui l’aidaient, regarda la fosse sans rien y voir. Puis vinrent les condoléances qu’il n’entendit pas. Les gestes de réconfort qui frôlèrent sa carcasse sans la toucher. On l’entraîna vers la sortie du temple, et il ne se souvenait pas d’y être entré. Personne ne parvint à l’arracher à son silence, alors que le vent frais agitait les manteaux et les chevelures, dérangeant ses mèches brunes, un peu folles. Et tout le monde comprenait, bien sûr. Pauvre garçon. Cette ferme à gérer, à présent. Quand même un sacré terrain. Et puis des bêtes, près de soixante, disait-on. Et toujours célibataire à 20 ans, quel dommage. Les regards l’évitaient pour se poser sur Elsa, sur Moline, des paroles s’échangeaient, en dehors de son champ de conscience. Puis il papillonna des yeux. Une giboulée. Avec des cris, les attardés coururent se mettre à l’abri du temple. Seul Martin resta planté entre deux tombes, debout dans la terre. Et comme le chien du tanneur, il leva les yeux vers le ciel, les ferma, et se laissa transpercer. Ses sens regagnèrent un à un le jour gris, la nécropole de Mélion, l’enterrement du père, abandonnant leur refuge coloré, et il expira brusquement, son manteau alourdi de pluie lui collant à la peau, tandis que sa respiration dessinait des volutes dans l’air glacé. Puis le ciel se tut comme il s’était exprimé. Brusquement. Le jeune fermier rouvrit les paupières, découvrant les pierres éparses, les quelques tumulus, la silhouette trapue du temple. Le sol fumait un petit peu, exhalant une brume odorante. Plus loin, les bouleaux bruissaient, encore à moitié nus, piquetés de bourgeons verts qui promettaient de s’épanouir dans les jours prochains. Puis son regard dériva jusqu’au portail et au village plus loin, en contrebas de la colline. Progressant sur le chemin de graviers blancs, deux personnes franchissaient les grilles, venant droit sur lui. Martin les regarda approcher sans bouger, à la fois curieux et sonné. Des amis de son père ? Non. Des étrangers. Ils marchaient d’un pas coordonné, presque militaire, bras dessus bras dessous. Vêtus d’une tunique de voyage bleu gris, ils étaient pratiquement identiques, si ce n’est que l’un était une femme, l’autre un homme. Elle portait ses cheveux longs, reposant sur ses épaules en boucles cuivrées et sa poitrine s’épanouissait, généreuse, sous le cuir de sa tunique. Il avait les cheveux courts, dépassant tout juste de son chapeau, un soupçon de barbe, et les hanches sèches. Martin eut un frisson d’effroi. Il avait entendu parler de ces enfants qui naissent le même jour, de la même femme, et qui semblent avoir été façonnés dans le même moule. Mais personne n’aurait jamais élevé ces bébés monstrueux, et l’on étouffait généralement leurs maléfices avant même qu’ils n’aient bu leur premier lait. Alors découvrir une paire d’adultes... C’était tout simplement impensable. Le jeune homme résista à l’envie de se signer alors qu’ils arrivaient à sa hauteur. Il jeta un coup d’oeil plein d’espoir derrière son épaule, mais la nécropole était déserte, il n’y avait que lui. Les visiteurs s’immobilisèrent et sourirent. Ils avaient les traits fins, le nez pointu, et il se dégageait d’eux une impression de malice bienveillante, comme s’ils guettaient l’instant opportun pour vous jouer un tour. « Vous êtes... » commença la jeune femme. « Martin Buteau. » termina le jeune homme. Et ils plongèrent leurs yeux couleur lac de montagne dans les iris noisette de Martin, lequel se sentit soudain l’être le plus pataud et le plus grossier de la région. Il opina avec gêne. « Nous avons à parler. » ***
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| | #2 |
| Araignée Géante ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: mars 2004
Messages: 532
| Ca commence vraiment bien. N'hésite pas à virer mon post par contre si tu trouves qu'il pollue ton superbe récit. |
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| | #3 |
| Loup Noir ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: octobre 2006 Localisation: Rhône-Alpes
Messages: 253
| C'est prometteur, on attend la suite.... Mais si on te mets des commentaires, gogorafido a raison, ça va gâcher la lisibilité du sujet... Comment faire? Dis-le si tu préfères, par exemple, qu'on réagisse en MP... |
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| | #4 |
| Administratrice ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Ouah... Des lecteurs... ![]() Non, n'hésitez surtout pas à réagir ici!!! Si ça prend bien, on réorganisera texte et commentaires dans un sous-forum dédié... Merci pour vos réactions, d'avance, et merci pour votre curiosité, déjà! A bientôt... ![]()
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| | #5 |
| Berserker Ogre ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: février 2005 Localisation: "Vous êtes ici" (d'après le plan)
Messages: 1 023
| Ah, et bien si on a le droit de fl… de réagir directement ici, je ne m’en prive pas plus longtemps : Pour un premier plantage de décor, je trouve ça très réussi : on vit plus qu’on ne lit les petits détails qui apportent toute la vie à l’ensemble. Un style toujours fluide et riche du mot juste pour nous immerger d’autant plus facilement dans le récit et faire monter notre intérêt sur ce qui va suivre. Ce jeu de description nous offre déjà à penser à un univers plus vaste avec ses croyances et ses coutumes propres. Tu trouves même le temps d’amener tranquillement tes premiers personnages pour parachever un démarrage qui capte déjà notre attention. Au plaisir de découvrir la suite… N’hésitez pas à nous régaler, il reste beaucoup de place…
__________________ A l'affiche : Kasumi (#990066), Chandara (#FF4040), Dans : L'invasion des ombres, La fin de la suprématie. |
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| | #6 | |
| Araignée Géante ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: mars 2004
Messages: 532
| Citation:
J'aime cette entrée en matière peu conventionnelle, j'aime ce décalage par rapport à notre culture et ce que l'on croit acquis (love le coup des jumeaux diaboliques) j'aime que ton personnage principal ne poursuive pas la blonde de ses assiduités. | |
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| | #7 |
| Loup Noir ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: septembre 2005 Localisation: Paris
Messages: 265
| L'autorisation de poster est donnée : je viens ajouter mon gain de sel. ![]() Comme dit Kasumi l'entrée en matière est très bonne : Non seulement elle nous immerge agréablement dans l'univers de l'histoire, mais surtout elle pose les premiers mystères qui nous interpellent en tant que lecteurs, et donc nous incitent à découvrir la suite... Bref pour l'instant c'est très agréable ![]() Au plaisir de lire la suite ![]()
__________________ Statut: Présent de temps en temps, lorsqu'il pleut... heu non peut Adhère au SdPI : Syndicat des Protecteurs d'Ibsen |
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| | #8 |
| Administratrice ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Un petit message à nos chers lecteurs ![]() Merci pour vos encouragements au démarrage ! Mon acolyte m'informe néanmoins que le second chapitre ne sera prêt que lundi... Patience, patience, et ne partez pas! A bientôt! ![]()
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| | #9 |
| Araignée Géante ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() | Très bien écrit et agréable à lire, j'attends la suite avec impatience ![]() |
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| | #10 |
| Administrateur ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: décembre 2004
Messages: 1 959
| Bon et bien, je me lance à mon tour . Désolé d'avoir tant tardé, mais j'ai dû faire face à quelques contretemps... Je tâcherai d'être plus prompt à l'avenir. En tout cas, merci pour votre patience ! --------------- Chapitre 2 Adalbert Pintesec rentra la tête dans les épaules et resserra sa pèlerine autour de sa silhouette rebondie. La giboulée l’avait surpris à mi-distance du village, alors qu’il longeait les pâtis communaux. Pile à l’endroit, comme fait exprès, où la route n’offrait aucun abri, pas même un arbre, et il n’avait eu d’autre choix que de forcir l’allure sous les trombes d’eau. Et maintenant que la pluie s’était arrêtée, c’était le vent qui se levait. Le bougre le glaçait jusqu’eaux os. Tout pour plaire, décidément. Une fois de plus, il se demanda ce qui lui avait pris de se rendre à l’enterrement. Les Buteau ne faisaient pas partie de ses relations. Le père n’avait pour ainsi dire jamais mis les pieds dans l’auberge depuis qu’il en avait la charge, et les visites du fils, si elles avaient le mérite d’exister, n’en étaient pas moins sporadiques. Moline… Moline, c’était différent. Elle ne dédaignait pas l’endroit et avait été toujours amicale avec lui. Mais elle l’était avec tout le monde… De plus, comme l’on pouvait s’y attendre, elle ne semblai guère attristée par le décès. Inutile donc de se voiler la face en prétendant être venu pour la soutenir. Et puis, les enterrement lui minaient toujours le moral. Pas tant pour les défunts – on prétendait qu’ils partaient pour un monde meilleur, ce qui aurait dû réjouir leurs parents, n’eut été le vide que laissait le disparu – que pour lui-même. Il se demandait toujours ce que seraient ses propres funérailles et quelles projections qu’ils fisse, il ne voyait guère que le prêtre pour y assister, bien obligé qu’il était par sa fonction, et, dans le meilleur des cas, quelques habitants des alentours venus par solidarité villageoise. « Et bien, tu vois, c’est exactement ce que tu as fait, songea-t-il. Ton devoir de Truiteux. Tu serais bien content de savoir que d’autres feraient pareil pour toi. » Oui, peut-être. Cela n’en demeurait pas moins une maigre consolation. Une bourrasque particulièrement décidée se fraya un chemin a travers ses couches superposées de vêtements et le fit frissonner de tous ses membres. Pour se redonner du courage, il songea au petit remontant qu’il s’accorderait sitôt regagnées ses pénates. Il avait reçu l’avant-veille une barrique contenant l’un de ses vins dont seuls les coteaux des marches méridionales avaient le secret : sucré, doré, gorgé de soleil, il vous réchauffait tout le corps et vous mettait de joyeuses pensées en tête. Exactement ce dont il avait besoin. Enfin, il rejoignit les premières masures du villages. Les rues étaient complètement désertes. Pas même un badaud à qui suggérer de venir prendre un verre. Ah tiens, pas si désertes que ça, tout compte fait : les petits Clairvoie avaient profité de l’accalmie pour sortir patauger dans la boue. Mais aussi délurés que soient ces deux là, il leur faudrait attendre encore quelques longues années avant de pouvoir légalement franchir le seuil d’une taverne. Il était à redouter que le seul remontant auquel ils auraient droit en fuyant la prochaine averse serait la correction maternelle. Voir, s’ils étaient particulièrement en déveine, un séjour prolongé au lavoir pour nettoyer leurs vêtements crottés. Un dernier croisement, et ce fut la Grand-Rue, la plus larges de Gué-aux-Truites et la seule entièrement pavées. A une trentaine de pas sur sa droite, juste en face des postes royales et de ses écuries, se dressait l’enseigne fraîchement repeinte représentant un poisson argenté jaillissant des eaux paisibles d’une rivière. La Truite Bondissante. Un nom d’une originalité foudroyante, avait-il toujours pensé. Mais l’on ne rebaptise pas impunément une taverne, malheureusement. C’était l’une des premières choses qu’il avait apprises durant son apprentissage. Avec un grognement satisfait, il poussa la porte de son antre et pénétra dans la chaleur réconfortante de la salle commune. Un rapide coup d’œil circulaire lui révéla qu’elle était quasiment vide, ainsi qu’à l’ordinaire en journée, entre les repas. Dans un coin, à sa place habituelle, le père Cailebosse sirotait un verre de gnôle. Son deuxième, vu l’heure matinale. Avant le repas, il en aurait sifflé quatre. « Ça soulage mes rhumatismes », prétendait-il. Et Adalbert n’avait pas de raison d’en douter : lorsqu’il n’était pas établé dans l’auberge, le vieux caracolait par tout le pays pour rendre de menus services. Un bon remède, la gnôle. IL faudrait qu’il y pense, l’âge venu. De l’autre côté de la vaste pièce, près de l’âtre où crépitait joyeusement une énorme bûche de châtaigner, les deux marchands qu’il avait accueilli la veille achevaient de vider une chope de bière. Leur discussion était animée et Adalbert tendit l’oreille en les dépassant, guettant sans trop y croire une nouvelle intéressante. « Et le plus fort, mon vieux, c’est qu’il les a eues à moitié prix ! » s’exclamait le plus âgé, un grand échalas monté en graine. -Pour moitié prix ? s’étrangla son compère. -Oui ! L’autre connaissait rien à son affaire. Il s’est laissé embobiner et pour pas entacher sa réputation, il a cédé tout son stock prétendument gâté. Alors que dans le lot, il devait y avait à peine une demie livre de viande un peu faisandée. Mais tout à fait vendable, au demeurant. Jehan s’en est pas privé… -Tu m’étonnes ! » Voilà ce qui les faisait jaser, tous autant qu’ils étaient, rumina Adelbert en gagnant l’arrière-salle. Les affaires. Et que je me vante ostensiblement d’avoir berné untel. Et que je m’égosille en tonitruantes récriminations parce que le prix de ceci ou de cela a chuté… Misère ! Où étaient les attaques de brigands, les ravages des meutes de loups, les extravagances de quelque hobereau qui, à en croire son père, faisaient autrefois résonner les voûtes de toutes les hostelleries du royaume ? Lui, l’histoire la plus mémorable qu’il eut jamais entendu depuis qu’il était établi ici, c’était le récit pitoyable d’une attaque ratée de diligence. Un fermier sans terres et ses deux fils s’en étaient pris au véhicule avec des fourches… Et cela remontait à trois ans ! Tout ce qu’il avait pu se mettre sous la dent au cours des derniers mois, ce devait être se cavalier désarçonné alors que son cheval s’était emmêlé les pinceaux en tentant d’éviter une poule vagabonde. Cocasse, il fallait l’avouer. Mais pas de quoi animer une veillée. Pour le reste, ce n’était que ragots sordides, racontars de voisins indiscrets. Et élucubrations assommantes des marchands de passage, bien sûr. On ne pouvait y échapper. Il atteignait la porte du fond lorsque l’un des commerçant réclama à grand cris une nouvelle chope. Louise, la serveuse, jaillit aussitôt, manqua bousculer Adalbert et lui adressa un sourire indifférent avant de se diriger vers le comptoir. Bientôt, elle ne s’embarrassera même plus de sourires, pensa-t-il en suspendant son manteau trempé à un crochet. Cela faisait dix-huit mois que leurs relations se limitaient à la stricte courtoisie requise entre employeur et employée. Dix-huit mois. Exactement le temps depuis lequel Simon était entré à son service comme apprenti. Que pouvait-elle bien lui trouver de plus, à ce godelureau ? De plus, il n’en avait aucune d’idée. De moins, il ne le savait que trop : une décennie. Et une bedaine en voie d’épanouissement rapide… En avait-il fallu si peu pour le priver des égards de la jeune femme ? Allez, il devait l’admettre, Simon avait une prestance qui lui était étrangère. Ainsi qu’une mine avenante. Mais, tout de même… Il n’y avait pas de « tout de même ». il fallait qu’il se fasse une raison : la cause était perdue, un point c’est tout. Si un miracle ne s’opérait pas rapidement, il faudrait qu’il se résigne et songe sérieusement à accepter la proposition que lui avait faite le tenancier de la Vieille Chope, à La Crique. Il s’y était refusé jusqu’ici. Non pas que sa fille soit repoussante, mais… Lors de leurs rares rencontres, elle lui avait paru terriblement sérieuse, presque sinistre. Rien à voir avec la pétillante Louise, toute de gaieté et d’éclats de rires… Cependant, s’il persistait dans ses chimères, il finirait trop vieux et trop ventripotent pour intéresser le moindre parti. Après tout, force était de constater que sa prime jeunesse s’était enfuie. Il venait d’atteindre la trentaine. Seul le glouglou du vin s’écoulant dans son verre parvint à l’arracher à ses considérations mélancolique. Avec un demi sourire, il remit la bonde en place et huma le bouquet du breuvage doré. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu un si bon cru. L’odeur suffisait à lui rappeler sa région natale, là où l’on pouvait se promener en bras de chemise dès le mois de mars sans crainte d’attraper une pneumonie dévastatrice. La où les rivières ne vous faisait pas hoqueter et grelotter de froid dès que vous y aventuriez un orteil prudent… Ne pouvant résister davantage, il portait le verre à ses lèvres lorsque Simon déboula dans la réserve. « Ah, patron, content de vous trouver ! » s’exclama le jeune homme. A regret, Adalbert rabaissa son verre. « Et bien, mon gars. Que se passe-t-il ? Y a le feux aux écuries ? » Le jeune homme passa une main nerveuse dans ses cheveux blonds. Il avait le teint rosi par le froid qui régnait à l’extérieur, et ses yeux brillaient. « Presque ! Vous devinerez jamais ce qu’on va avoir comme clients ! -Hum… Laisse-moi réfléchir… Un gros marchand et sa suite ? » Simon en était encore à s’esbaudir devant les mises et le train fastueux des riches commerçants. Lui en était revenu depuis des lustres. « Non, rien de tout ça, patron ! Des jumeaux ! » Adalbert accusa le coup. Pour une surprise, s’était une surprise ! Mais il fit en sorte de ne pas trop montrer son étonnement : il n’allait pas se laisser démonter de la bleusaille, quand même ! « Ah tiens, fit-il simplement. Quand sont-ils arrivés ? -Peu de temps après votre départ. Ils se sont amenés comme ça, même pas gênés, et ils ont demandé une chambre comme si de rien n’était… Je savais pas trop quoi faire… -La charte, mon garçon, la charte ! sermonna Adalbert. « Tu serviras chacun avec empressement… -…du moment qu’ils paient en bel et bon argent ». Oui, je sais, patron. Mais par chez moi, on dit aussi « Si ta femme t’pond des jumeaux, fous-y les tout d’suite au ruisseau ». -On dit des tas de conneries, mon gars. Bon, et alors, qu’as-tu fait ? -Ben, comme je disais, je savais pas trop quoi faire, alors j’leur ai quand même loué la chambre. -C’est bien, c’est le métier qui rentre. Et ils sont où, à présent, tes affreux ? -Aucune idée. Sont partis presque tout de suite. Ils n’ont pas dit quand ils rentreraient. -D’accord. Merci de m’en avoir informé. Et maintenant, file, je suis sûr que tu as du travail qui t’attend. » Simon acquiesça, visiblement déçu par la réaction posée du tenancier, et s’esquiva hors de la réserve. Dès qu’il eut disparu, Adalbert vida d’un trait son verre et s’en servit un autre. Des jumeaux ! Dans son auberge ! Ah ça, pour sûr, ça en ferait jaser plus d’un ! Il y aurait peut-être même salle comble, ce soir, pour tenter d’apercevoir les spécimens. Un large sourire aux lèvres, il regagna la grande salle, jeta un regard vers le comptoir puis se dirigea jusqu’à la table du père Caillebosse. « Alors, Anselme, quoi de neuf ? lança-t-il joyeusement en s’asseyant. -La vie suit son cours, comme toujours, maugréa le vieux en avalant une lampée de son tord-boyaux. J’dois finir de r’mettre en état le mur du pré d’Alice qui s’écroule de partout. J’sais pas qui l’a monté, mais l’type a bossé en sagouin. -Je crois que c’est toi, Anselme. -Ah ? Possible. M’enfin comme l’pré est tout en remblais, y presse contre le mur, et du coup les pierres tiennent pas en place. » Adalbert acquiesça. « Dis, reprit le vieux, c’est-y vrai c’que raconte l’gamin ? T’as des jumeaux à loger ? -Oui, il paraît. -J’en ai d’ja vu, moi, des jumeaux, souffla l’autre en manière de confidence. -Non ? fit un Adalbert sincèrement surpris. -Si ! Une fois. Aux Tourbières. L’patron d’la taverne du coin voulait m’mettre dehors. Disait que j’étais fin saoul… Moi, j’voulais pas, j’voulais finir mon verre. Alors il a appelé son garçon d’écurie, j’crois. Et quand il est v’nu, ben il avait son jumeau avec lui. Je l’ai vu comme j'te vosi ! Alors t’imagines, j’ai pas lambiné pour mettre les bouts… -J’imagine, oui… » fit Adalbert d'un air entendu. A ce compte là, il y en avait eu, des créatures étranges, dans cette salle. Des tas. De mémoire, le plus récent était le serpent à tête humaine que le jeune Chaumier avait vu sortir de la cheminée, la veille de son mariage, alors qu’il était venu fêter l’événement avec ses amis. A l’en croire, c’était les traits de sa future belle-mère qu’arborait le monstre. Le malheureux avait manqué mourir de trouille. Adalbert sourit à ce souvenir et but une nouvelle gorgée de vin. A bien y réfléchir, le travail avait tout de même ses bons côtés. Et le meilleur était à venir... Des jumeaux ! Cette idée le réjouit tellement qu’il offrit une tournée générale. La première depuis longtemps. ***
__________________ Administrateur RP. Vous voulez rejoindre l'aventure ? Envoyez vos biographies à Galathée et à moi-même ! "Sois gentil, pas méchant, c'est pas gentil d'être méchant, c'est mieux d'être gentil..." (La chanson de Dewey) Dernière modification par Taliesin ; 11/12/2007 à 00h17. |
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| Berserker Ogre ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: février 2005 Localisation: "Vous êtes ici" (d'après le plan)
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| Ainsi donc voici l’autre co-auteur qui se dévoile enfin ! Te voilà maintenant soumis au même titre que Galathée au feu de la critique ! Et je ne vais pas m’en priver ! Les traits d’humour dont tu fais déjà preuve dans cette première partie sont prometteurs pour l’avenir de votre histoire. Je gage que vos talents réunis réussiront bien souvent à nous faire passer de bons moments et comme tout lecteur qui se respecte, j’attends avec impatience la suite. Je renouvelle donc mes encouragements à votre fameux duo d’écrivains histoire de mettre un peu plus la pression.
__________________ A l'affiche : Kasumi (#990066), Chandara (#FF4040), Dans : L'invasion des ombres, La fin de la suprématie. |
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| Loup Noir ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: septembre 2005 Localisation: Paris
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