Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre
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La Grande Bibliothèque Impériale
Les rayonnages de la Grande Bibliothèque Impériale vous proposent les plus beaux récits. Vous êtes vous-même auteur à vos heures perdues ? N'hésitez pas à proposer vos oeuvres. Qui sait, vous aurez peut-être votre forum.

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Vieux 06/04/2007, 16h12   #1
Althéa, Membre des Guildes de Manost
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Retrato del viento

Il emporte toujours avec lui cet accent au subtil goût d'ailleurs, de vent, de pénombre, de mystère et de lune. Loin d'ici, fleurit son pays bien aimé des souvenirs d'enfance aux parfums de révolte.
Il voyage,
De Santiago la belle aux ténèbres des cachots sans oublier les plaines de Valporaiso.
Toujours à la frontière du réel et de l'ombre.
Il nous entraîne,
Avec Stevenson à bord d'un vaisseau fantôme, là où les étoiles sont à portée de main.
Il s'évade,
Par delà le mont Nielol et l'échelle aux neuf degrés.
Il se cache,
Derrière cette brume où dansent les chimères. Il peint d'un habit d'or la pénombre.
Il s'envole,
Loin au dessus de nous, les pieds sur la terre, il chevauche le vent. Et les yeux grands ouverts,
Il rêve.
Là bas, les couleurs vivent et, dans un imaginaire lointain l'emmènent,
Il peint.
A jamais en lui restent gravés les souvenirs d'hier et demain. Peignant avec ses mots, il détourne le monde. Et, paisible, le temps d'un souffle, quand parlent avec lui les esprits des chamans
Il se repose.
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Dieu a créé l'homme à son image, depuis l'homme a évolué. Dieu, on ne sait pas (Geluck)
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Vieux 06/04/2007, 17h58   #2
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C'est pas parce que c'est toi, mais je le trouve très beau, ce poème. Et j'aimerais en savoir plus sur son histoire, un certain Claudio... tout ça. raconte.
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Lothringen: semi-drow, guerrier-mage CB et conseiller manostien à la diplomatie
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Rp en cours : L'inattendu, Fin de la suprématie, Le mange-pierre
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Vieux 07/04/2007, 00h00   #3
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C'est assez difficile de parler de lui en fait. J'ai un peu peur d'oublier une de ses facettes.

C'est un certain Claudio qui est arrivé de son Chili natal il y a une vingtaine d'années. Il est issu d'une lignée d'indiens, les Mapuche (ce qui signifie : homme de la terre), qui sont les seuls à avoir repoussé les conquistadores. Il a grandi près de sa grand mère, une chamane. De cette enfance, il retient un immense sentiment de liberté en même temps que certains rites pour entrer en communication avec les esprits. Puis, son père a décidé qu'il devait retourner chez lui pour apprendre "les bonnes manières".

Mais Claudio a gardé en lui l'imaginaire chilien peuplé de mystère. Aujourd'hui encore, il n'a pas son pareil pour parler de légendes ou d'endroits magiques : el valle de la luna (la vallée de la lune) dans le désert d'Atacama où les ciels sont les plus limpides du monde et la lune est à portée de main et où une brume envahit tout et se dissipe d'un coup, un endroit où serait amarré un vaisseau fantôme, la plaine de Valporaiso, le mont Nielol une montagne sacrée.
Claudio cultive un goût particulier pour ce qui est des légendes mais aussi pour tout ce qui touche l'imagination. Comme il le dit si bien : "Nous voyons la réalité comme elle est. Mais l'imagination nous permet de biaiser, d'inventer d'autres possibles" ou encore "l'imagination est ce qui permet de chevaucher le vent".

Et, chez lui, l'imagination passe aussi par les livres. C'est un passionné de Maupassant et de Stevenson. De beaucoup d'autres aussi. Et il écrit. Il écrit. Il écrit parce qu'il ne sait pas peindre. C'est un peintre frustré comme il dit. Alors, il utilise les mots. Des mots qui chantent son pays natal. Et il se moque de ceux qui dans les hautes sphères aiment régner plutôt que créer. Opprimer plutôt que de créer d'autres possibles.

L'oppression, il l'a connue. En tant que sympathisant de Allende, il a été arrêté et jeté en prison. Il s'attarde peu sur ce passage de sa vie. Où s'il en parle, c'est par touches pudiques ou pour parler de la littérature et de la peinture qui l'ont accompagnées même là bas.

Et même en France où il a dû s'exiler pour vivre. Mais partout où il va, il emporte le Chili avec lui, rien que dans son accent. Mais, aussi riche de cette identité, il n'a pas peur de la mêler à d'autres pour d'autres découvertes. Récemment, par exemple, on lui a prêté un CD de Loreena Mac Kennit. Il n'en a pas décroché. Il a trouvé qu'elle ouvrait une porte, qu'elle était une invitation au voyage.

Pour le moment, il travaille en bibliothèque et il en a assez à cause de certaines personnes faisant un peu trop usage de leur petit pouvoir. Finement, il s'en moque. Jamais méchamment. En juillet, il prendra sa retraite. Et je peux dire qu'il va beaucoup manquer.

Voila en quelques mots ce certain Claudio. Je pourrai en dire bien plus. Peut être demain :notme:
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Vieux 11/04/2007, 19h42   #4
Lies de Lumenis
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Oh j'avais pas vu ton poème... Il est très beau je trouve, on sent que cet homme est quelqu'un de gentil, de bon, de fragile aussi mais que c'est quelqu'un qui a beaucoup à donner (pour nous faire rêver, ...) ... Et quand on lit ton récit, on s'aperçoit que c'est exactement ça... C'est affligeant de voir que certains profitent de lui >___<
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Tu manques...

Les mots que l'on n'a pas dits sont les fleurs du silence. {Proverbe japonais}

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Vieux 11/04/2007, 22h19   #5
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C'est quelqu'un de bien en effet. On peut l'écouter parler pendant des heures et on repart la tête pleine de rêves. Si j'ose, je lui passerai avant qu'il s'en aille. Peut être demain s'il est là. C'est vraiment quelqu'un d'admirable. Par contre, il ne remplacera jamais certaines personnes qui sont tout aussi exceptionnelles dont je ne dirai pas le nom mais qui se reconnaîtront.
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Vieux 22/04/2007, 00h28   #6
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Mes yeux ont été témoins de multiples mystères.
Mon histoire est mille et une fois répétée.
J'ai tissé l'or du temps de dix mille étoiles.
J'ai été marin sur un vaisseau fantôme, vivant d'air et de vent.
J'ai été soldat sur ce champ de bataille où j'ai perdu la vie en servant une cause qui me semblait si juste.
J'ai été ce soldat chamane, regardant devant moi le frémissant camaïeux du coucher du soleil.
J'ai vu devant moi s'ouvrir le ciel et surgir des dragons.
J'ai été ce chevalier entre les pierres levées, guettant de là haut un signe intangible.
J'ai été cet aborigène traqué, vestige d'une civilisation qui se meure.
J'ai été cet femme assise seule sur son banc à guetter l'improbable.
J'ai été une étoile qui s'embrase et soudain disparaît.
J'ai été cet oiseau, planant sur le vent léger.

J'ai été ...
Je suis unique aux multiples visages et multiples possibles.
Je suis de tout temps et de tous les espaces.
Je suis celui qui était, qui est et sera ...
Et sans vergogne, je me souviens de demain. Je ferme les yeux et m'évade ...

J'écris.
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Vieux 26/04/2007, 15h52   #7
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C'était dans le désert d'Atacama, immense désert de sel où les étoiles viennent caresser de leur douce lumière la terre aride. Eugenio marchait. Que cherchait il ? Qui fuyait il ? Lui-même ne le savait pas. Ses pas l'avaient porté vers la vallée de la lune, rêveur impénitent il s'était arrêté.

Et bientôt vint cette brume marine. Voile onirique où dansaient les chimères : la camanchaka. Trompeuse et sensuelle, elle enroula Eugenio dans ses longs voiles et le paysage autour de lui disparut.

Plus ni haut ni bas, d'horizon ou de vide. Rien pour apercevoir le bout de sa route. Eugenio ne bougea pas. C'était un cœur simple et doux peuplé d'imaginaire. Il resta là, les yeux grands ouverts à contempler la brume.

Et dans cette brume, vaporeuse, envoûtante et chimérique, quelqu'un s'était mis à danser. Fée ou femme ? Eugenio ne sut le dire. Il voyait nettement sa forme lisse, harmonieuse, drapée dans un fin tissus blanc. Ses cheveux noirs comme le jais tombaient en pluie sur ses épaules.

Et il la reconnut. C'était celle qui depuis toujours peuplait ses rêves et laissait au matin l'empreinte froide et vide d'un manque inassouvi.
Elle vint à lui et lui tendit la main. Il s'avança vers elle.

Et soudain, la camanchaka disparut …

… Il n'y avait plus personne dans le désert de sel.
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Vieux 09/05/2007, 23h10   #8
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La Camanchaka : version définitive (pour une grande soeur qui se reconnaîtra)

C'était dans le désert d'Atacama, là où va se réfugier au Chili le vent du Sud …

L’atacama … Un immense désert habité par un intense camaïeu oscillant entre le brun et l’ocre avec au loin les montagnes si bleues, les Andes. Un désert plat que mère nature avait entièrement recouvert de sel pour le rendre plus beau. Et le jour, les cristaux brillaient tels des pépites d’or … De nuit, c’était un paysage lunaire, repère des rêveurs ou des astronomes. Les cieux du Chili étaient les plus limpides. Les étoiles ressemblaient à des météores et l’on croyait pouvoir embrasser la lune rien qu’en ouvrant les bras. L’Atacama, désert de sel et de magie. Désert le plus sec mais le plus fertile pour toutes ses légendes …

Les hommes avaient cent fois marché dans ce désert, laissant leurs empruntes, l'écho de leur tambour et de leurs chants. On s'était battu pour coloniser ces terres. On avait foulé les vastes étendues, foulant la poussière de ses sandales la poussière de la route. Mais l'homme n'avait jamais pu s'établir. Des générations entières l'avaient parcouru sans pouvoir embrasser tout son horizon. De lui, ils n'avaient pu tirer que le cuivre ...

L'Atacama, fier comme le jour et froid comme la nuit demeurait un désert hostile. Il prenait mais ne donnait jamais. Même la plus belle des reines entre les reines n'aurait jamais pu le conquérir.

Toujours plus loin à l’Ouest, volant les ailes d’un oiseau, on apercevait la mer. La mer … Porteuse de bateaux, gardiennes de trésor. Elle bordait, comme une mère dans son berceau le Chili tout entier. Du Nord au Sud. Elle était porteuse de nombreuses légendes. La mer aimée des hommes autant qu’ils la craignaient ... Que cachait elle dans ses colères marines ? Cracheuse de flammes bleues, créatrice d’éclairs ?
Et si loin, à vol d’oiseau, l’ocre du désert venait se mêler à son bleu de lagune … On disait que le Caleuche, célèbre navire fantôme vivait auprès d’elle et lui tenait compagnie tel un ami fidèle. Il emportait avec lui les âmes des disparus de la terre et de la mer.

Et, chaque soir, la mer venait caresser le désert comme une amante insatiable. De leur étreinte magique naissait un brouillard dense et opaque : la Camanchaka.

Eugenio marchait. Que cherchait il ? Qui fuyait il ? Lui-même ne le savait pas. Ou du moins, il ne cherchait plus ... C’était un peintre et un poète, funambule autrefois. Depuis toujours, il avait le goût secret des aventures et du voyage. Le Chili lui avait tendu les bras. Mais, secrètement, chacun de ses pas avaient un but. Depuis toujours, il recherchait sa muse. Celle qui, pour qui, il pourrait réinventer le monde, le reconstruire tout en beauté. Mais hélas, il ne l’avait trouvée nulle part. Il avait même commencé par croire qu’elle n’existait pas.

Le Chili était sa dernière chance. Ses pas l'avaient porté vers la vallée de la lune, rêveur impénitent il s'était arrêté. Là, il avait contemplé le paysage lunaire. Un doux voile argenté faisait luire doucement les cristaux de sel. Autour de lui régnait un parfait silence. Et il n’avait pour compagnie que les volutes de buée qu’il faisait naître à chaque expiration. Il faisait si froid, la nuit dans ce désert de sel. L’Atacama était le désert des plus grandes solitudes …

Et bientôt vint cette brume marine. Voile onirique où dansaient les chimères : la camanchaka. Trompeuse et sensuelle, elle enroula Eugenio dans ses longs voiles et le paysage autour de lui disparut.

Plus ni haut ni bas, d'horizon ou de vide. Rien pour apercevoir le bout de sa route. Eugenio ne bougea pas. C'était un cœur simple et doux peuplé d'imaginaire. Il resta là, les yeux grands ouverts à contempler la brume.

Et dans cette brume, vaporeuse, envoûtante et chimérique, quelqu'un s'était mis à danser. Fée ou femme ? Eugenio ne sut le dire. Il voyait nettement sa forme lisse, harmonieuse, drapée dans un fin tissus blanc. Ses cheveux noirs comme le jais tombaient en pluie sur ses épaules.

Et il la reconnut. C'était celle qui depuis toujours peuplait ses rêves et laissait au matin l'empreinte froide et vide d'un manque inassouvi.
Elle vint à lui et lui tendit la main. Il s'avança vers elle.

Et soudain, la camanchaka disparut …

… Il n'y avait plus personne dans le désert de sel.
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Vieux 15/05/2007, 18h26   #9
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C'était dans le désert d'Atacama, là où va se réfugier au Chili le vent du Sud …

L’atacama … Un immense désert habité par un intense camaïeu oscillant entre le brun et l’ocre avec au loin les montagnes si bleues, les Andes. Un désert plat que mère nature avait entièrement recouvert de sel pour le rendre plus beau. Et le jour, les cristaux brillaient tels des pépites d’or … De nuit, c’était un paysage lunaire, repère des rêveurs ou des astronomes. Les cieux du Chili étaient les plus limpides. Les étoiles ressemblaient à des météores et l’on croyait pouvoir embrasser la lune rien qu’en ouvrant les bras. L’Atacama, désert de sel et de magie. Désert le plus sec mais le plus fertile pour toutes ses légendes …

Les hommes avaient cent fois marché dans ce désert, laissant leurs empruntes, l'écho de leur tambour et de leurs chants. On s'était battu pour coloniser ces terres. On avait foulé les vastes étendues, foulant la poussière de ses sandales la poussière de la route. Mais l'homme n'avait jamais pu s'établir. Des générations entières l'avaient parcouru sans pouvoir embrasser tout son horizon. De lui, ils n'avaient pu tirer que le cuivre ...

L'Atacama, fier comme le jour et froid comme la nuit demeurait un désert hostile. Il prenait mais ne donnait jamais. Même la plus belle des reines entre les reines n'aurait jamais pu le conquérir.

Toujours plus loin à l’Ouest, volant les ailes d’un oiseau, on apercevait la mer. La mer … Porteuse de bateaux, gardiennes de trésor. Elle bordait, comme une mère dans son berceau le Chili tout entier. Du Nord au Sud. Elle était porteuse de nombreuses légendes. La mer aimée des hommes autant qu’ils la craignaient ... Que cachait elle dans ses colères marines ? Cracheuse de flammes bleues, créatrice d’éclairs ?
Et si loin, à vol d’oiseau, l’ocre du désert venait se mêler à son bleu de lagune … On disait que le Caleuche, célèbre navire fantôme vivait auprès d’elle et lui tenait compagnie tel un ami fidèle. Il emportait avec lui les âmes des disparus de la terre et de la mer.

Et, chaque soir, la mer venait caresser le désert comme une amante insatiable. De leur étreinte magique naissait un brouillard dense et opaque : la Camanchaka.

Eugenio marchait. Que cherchait il ? Qui fuyait il ? Lui-même ne le savait pas. Ou du moins, il ne cherchait plus ... C’était un peintre et un poète, funambule autrefois. Depuis toujours, il avait le goût secret des aventures et du voyage. Le Chili lui avait tendu les bras. Mais, secrètement, chacun de ses pas avaient un but. Depuis toujours, il recherchait sa muse. Celle qui, pour qui, il pourrait réinventer le monde, le reconstruire tout en beauté. Mais hélas, il ne l’avait trouvée nulle part. Il avait même commencé par croire qu’elle n’existait pas.

Le Chili était sa dernière chance. Ses pas l'avaient porté vers la vallée de la lune, rêveur impénitent il s'était arrêté. Là, il avait contemplé le paysage lunaire. Un doux voile argenté faisait luire doucement les cristaux de sel. Autour de lui régnait un parfait silence. Et il n’avait pour compagnie que les volutes de buée qu’il faisait naître à chaque expiration. Il faisait si froid, la nuit dans ce désert de sel. L’Atacama était le désert des plus grandes solitudes …

Et bientôt vint cette brume marine. Voile onirique où dansaient les chimères : la camanchaka. Trompeuse et sensuelle, elle enroula Eugenio dans ses longs voiles et le paysage autour de lui disparut.

Plus ni haut ni bas, d'horizon ou de vide. Rien pour apercevoir le bout de sa route. Eugenio ne bougea pas. C'était un cœur simple et doux peuplé d'imaginaire. Il resta là, les yeux grands ouverts à contempler la brume.

Et dans cette brume, vaporeuse, envoûtante et chimérique, quelqu'un s'était mis à danser. Fée ou femme ? Eugenio ne sut le dire. Il voyait nettement sa forme lisse, harmonieuse, drapée dans un fin tissus blanc. Ses cheveux noirs comme le jais tombaient en pluie sur ses épaules.

Et il la reconnut. C'était celle qui depuis toujours peuplait ses rêves et laissait au matin l'empreinte froide et vide d'un manque inassouvi.
Elle vint à lui et lui tendit la main. Il s'avança vers elle.

Et soudain, la camanchaka disparut …

… Il n'y avait plus personne dans le désert de sel.

Eugenio écarquilla les yeux. Laissant échapper un sanglot de désespoir. Ainsi, il l'avait vu et elle était partie. Pris de folie, il se mit à courir droit devant lui. Il ne sentait plus ni la morsure du vent froid sur son visage, ni les aspérités du terrain sous ses mocassins usés.

Arrivé en haut d'une côte, il s'arrêta enfin, à bout de souffle. Il se trouvait devant un piégeur de brume. Un filet tendu qui lorsque survient la Camanchaka sert à emprisonner la brume pour en tirer de l'eau. Dans ce filet, à la fois beau et fragile, comme surgi de nulle part se débattait un colibri.

Que venait il faire dans ce désert de sel, à des milliers de kilomètres des vallées verdoyantes où s'épanouissaient tous ceux de son espèce ? S'était il perdu, emporté par la brume ? Délicatement, Eugenio délivra l'oiseau de sa prison de fer.

Celui-ci, peu farouche resta dans sa paume, accroché à son pouce, même après qu'il l'eût libéré. Qu'attendait il ? Essayait il de lui parler ? Ce n'est que lorsque l'oisillon reprenant son envol, puis s'arrêtant soudain planant sur place tourné dans sa direction qu'Eugenio comprit qu'il voulait qu'il le suive. Et il se mit en route. Il n'avait plus rien à perdre.

Les yeux rivés sur le bel oiseau voletant au dessus de lui, il franchit de nombreux cols, ne s'arrêtant que lorsque l'oiseau fatigué se posait sur son épaule pour reprendre son souffle. Où le menait il ? Cela n'avait plus aucune importance.

C'est ainsi qu'un beau matin, Eugenio et son compagnon parvinrent sur les berges du Lac Titicaca. Le lac immense, situé entre la terre et le ciel. Immense miroir offert jadis aux étoiles, discrètes et coquettes à la fois, aiment venir s'y mirer. Le ciel limpide et majestueux aimait y apercevoir son reflet. Vaste étendue à l'infini dégradé de bleu selon les heures, le temps et les saisons.

Et sûr ce lac passaient de frêles embarcations. Eugenio écarquilla les yeux. Une frêle yole, une seule voile. On les aurait cru sorties tout droit d'un rêve où de la si lointaine Egypte. L'une d'elle était échouée sur le rivage. Les rames et la voile prêtes à être manoeuvrées. L'embarcation semblait l'attendre. Il monta à bord, l'oiseau voletant non loin de lui.

De l'autre coté du lac, immense et majestueuse, sculptée depuis la nuit des temps par les dieux ou les hommes se dressait une porte. La porte d'un temple dont il ne restait plus que des ruines. Une légende chantait que jadis, Venus venait s'y abriter durant les nuits sans lune. L'endroit était sacré.

Eugenio abandonna ses mocassins sur le sable de la berge pour marcher jusqu'à lui. Là, appuyé sur un des piliers séculaires se tenait un homme. Un homme ... Du moins ce qu'il pouvait en deviner. Les yeux ... Le reste de son corps et de sa figure était recouvert par une sorte de scaphandre. Étrange cosmonaute qui ne semblait pas pouvoir respirer l'air d'ici. Il esquissa un salut de la main. Signe de paix, signe d'amitié et dit d'une voix douce au jeune poète venu s'agenouiller à ses pieds.

« Bonjour, je me nomme el Amauta, je suis le gardien des légendes oubliées. Ne me dis rien. Je sais qui tu es et que tu la cherche. Je connais son essence. Hélas, tu risquerais de souffrir si tu apprenais qui elle est ... Veux tu vraiment le savoir ? »

Eugenio hocha la tête. Il ne reculerait devant rien.

« Elle se nomme Alba. C'est un des huit gardiens partis un jour de la Polynésie sur huit bateaux un beau matin. Ils étaient les élus. Ceux qui allaient devenir les gardiens de la terre-sans-mal, la tihuan tusupu. Tous sauf elle sont arrivés à destination. Son embarcation s'est abîmée en mer. Son âme s'en est allée, dans le désert de Nazca elle en est devenue l'âme. Une protectrice. Sous forme d'un colibri à jamais encrée dans la terre, elle apporte la paix et la prospérité aux hommes. Ses frères, arrivés sur l'île de Pâques pleurent, tournés vers elle ... Certaine nuit, emportée par la brume, elle reprend son apparence d'origine et vient hanter le désert d'Atacama. Et je sais que tu l'aime ... »
Eugenio hocha doucement la tête. Il était inutile de mentir. Le gardien connaissait toutes les histoires, y compris la sienne.

« Et je sais que tu voudras la revoir, même si c'est pour une dernière fois. Il te faudra faire pour cela le plus grand sacrifice ... Celui de ta vie ... Sera tu près à cela ? Ne reculeras tu pas le moment venu ? »

Le poète hocha la tête. Un sourire apparut sur ses grands yeux pâles. Pour son rêve, il pouvait tout donner. L'Amauta tendit une main et souffla dans sa paume.

De nouveau, un brouillard opaque vint entourer Eugenio qui soudain se sentit soulevé, transporté comme assis sur un tapis volant. L'air qui le portait était chaud et doux comme les bras d'une femme. Il ferma les yeux.


Quand il les rouvrit, il se trouvait au dessus d'une plaine sur laquelle d'immenses dessins. Enigme de l'humanité. Visibles du ciel mais tracés sur la terre par une main humaine ou céleste ? Nul ne le savait. Eugenio se trouvait à ... C'est quand il fut au dessus du colibri gigantesque qu'il commença à descendre. Son coeur se mit à battre à tout rompre. Enfin, il allait la revoir. Ses pieds touchèrent en douceur le sol meuble.

Elle se trouvait devant lui, dans toute sa splendeur. Vêtue d'un poncho aux couleurs de fête, tissé de laine fine et de fil d'or. Un tendre camaïeu de bleu, de vert et d'ocre. Symbole de l'union de la terre, de l'eau et du ciel. Elle était coiffée d'un chapeau. Elle le regarda venir à lui, souriante et fragile. Aimante depuis la nuit des temps. Patiente comme les pierres des montagnes, elle avait attendu celui qui la verrait danser une nuit de plaine lune. Et, d'un amour inetanchable, jusque la mort pourrait l'aimer.

Elle lui ouvrit les bras. Avec une tendresse infinie, il la prit contre lui. Ils tombèrent lentement sur le sol d'argile et s'unirent jusqu'au matin. Se consumant sous le feu de leurs flammes jumelles ... Au matin, Eugenio et Alba avaient disparu ...

... A leur place, les arpenteurs du ciel peuvent désormais voir un nouveau dessin : l'image infinie, d'amants fidèle, à jamais gravée sur la terre ...

... deux colibris aux ailes enlacées ...


Ce conte est inventé de toute pièces. Seuls les éléments géographiques sont authentiques.
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Dernière modification par Althéa ; 22/02/2008 à 22h29.
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