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La Grande Bibliothèque Impériale
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Vieux 07/05/2006, 14h55   #76
Cristal
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merci de suivre toujours l'histoire !
euh, oui, le fait que Nivelle surprenne la conversation est un peu surfait... apparemment c'est quand même mon défaut principal : ya des passages qui sont vraiment pas très subtils. dans ce cas-là vu que je suivais Nivelle j'ai trouvé normal qu'elle entende l'échange entre Digne et le Haut Prédicant, mais bon tu dois savoir ce que c'est : quand on est dans l'histoire on ne se rend pas toujours compte de ce genre de trucs un peu illogiques aux yeux des lecteurs ! j'essaye de garder ça en tête mais ce n'est pas facile ! :notme:

Bon, le chapitre suivant, comme son titre l'indique, est un peu une transition, bien qu'il relate des événements très importants pour Nivelle ! mais il ne fait pas vraiment avancer l'intrigue, je dois bien l'avouer ...

Troisième partie :
2 - Où l’on observe les événements suivre leur cours

Heureusement, les Prédicants Guérisseurs parvenaient de temps à autre à être efficaces, ainsi grâce à quelques potions Eric reprit connaissance dans l’après-midi, et une nuit de sommeil réparateur lui permit de recevoir Jourdain Al’Falil en privé le lendemain. Ils devaient échanger quelques mots sur la situation entre leurs deux royaumes ainsi que sur les relations avec les autres pays jouxtant Lysence –Akan et Ralliement- puis négocier avec leurs conseillers respectifs au moins un traité commercial.
Tout se passa au mieux ; le Cheik avait laissé son sourire narquois pour faire place à des sentiments plus bienveillants. Après tout, les deux hommes étaient cousins… et une consolidation des échanges ne pouvaient qu’améliorer la santé économique de Lysence et Falaise.
La visite des Falaisiens se conclut donc sur une déclaration commune. Eric avait obtenu qu’elle soit lue par leurs ambassadeurs : Cournyn Al’Dars le Falaisien et Gevenote d’Anchantaman, la lysentine normalement en poste dans la capitale falaisienne. Ainsi, le Roi n’eût pas à faire de discours devant la population vinicienne rassemblée devant la cathédrale –et même devant quelques lysentins venus d’autres endroits du royaume spécialement pour l’occasion. Un texte rédigé conjointement par le Cheik et le Roi ne s’était pas vu depuis plusieurs centaines d’années, au moins. La menace de la guerre, éloignée par la mère d’Eric quelques décennies plus tôt paraissait définitivement éradiquée…
Nivelle se prit au jeu. Comme Phaéton repartait avec le Cheik de l’autre côté de la mer, elle voulut oublier qu’il s’était juré de déclencher la guerre et qu’il n’était pas homme à renoncer. Et surtout, qu’il avait les moyens de réussir. Même Maître Irina pourtant toujours sur le qui-vive relâcha la pression. Seul Davi demeurait soucieux, pour la santé de son oncle et pour celle du royaume… Par ailleurs, les avertissements de Naïade l’éloignaient à nouveau de Nivelle, même s’il en souffrait beaucoup. Elle aussi se trouvait plus solitaire bien qu’elle eût désormais l’assurance de l’amitié de Bertaut et d’Agace. D’ailleurs, Nivelle se retrouvait de plus en plus dans l’entourage de Thoumas Delème-Antibe, comme le mariage s’approchait, et leur ancienne inimité s’en trouvait ravivée. Si Bertaut et Agace s’étaient avérés finalement plutôt sympathiques, celui-là lui était franchement insupportable. Mais elle ne disait rien et regrettait d’autant plus la présence de M. de Baillenval.
Ainsi qu’elle s’y attendait, Joseph agit comme si rien ne s’était passé entre eux, et lorsqu’elle vint lui donner un avertissement il répondit aussi sèchement qu’à l’ordinaire : « Crois-tu que je sois stupide au point d’avaler tout ce qui passe sans faire attention ? ». Enfin, c’était peut-être mieux, cela signifiait qu’il n’y avait aucun changement dans leur relation. Nivelle avait posé ses questions, il y avait répondu, point final.
Peu après le départ des Falaisiens, peut-être une quinzaine de jours, une initiative du Haut Prédicant vint confirmer les inquiétudes de Davi.
À la sortie d’une célébration particulière, qui rassemblait tous les Lysentins dans une journée de profonde dévotion, sur le parvis de la cathédrale, le Saint-Père fit un discours que tous les Prédicants dans tout le royaume répétèrent au même moment à leurs fidèles. Contrarié par l’entente entre les deux souverains qui mettait en péril ses rêves d’invasion de Falaise, Obert avait décidé de passer à l’offensive. Une offensive religieuse.
« L’Unificateur se trouble de voir sa foi contestée ainsi par tant d’hommes et de fem-mes. »
« Falaise défie l’établissement de l’Unificateur, de par son soutien aux Créatures infâmes, sorties tout droit des Ténèbres. »
Ainsi parlait le Saint-Père, et chaque Prédicant devant chaque église du pays entier. Mais si dans quelques campagnes plus pieuses que d’autres ces paroles s’ancrèrent dans les cœurs et donnèrent naissances à des cris de guerre, dans Vinicia et la plupart des grandes villes on n’avait pas oublié les récents traités entre Eric et Jourdain. Les commerçants et les artisans se félicitaient des accords obtenus, quant aux nobles cela faisait longtemps qu’ils ne se rendaient plus à l’église que pour se montrer. Ils ne juraient par l’Unificateur que par habitude… Puis, ils avaient apprécié les cadeaux des seigneurs falaisiens.
Aussi, le Haut Prédicant décida d’attendre encore un peu, et se concentra sur son autre tâ-che : empêcher Naïade de prendre le trône à la mort –désormais imminente- du roi. Naïade pour sa part faisait attention d’entretenir le mystère quant à ses positions, elle voulait éviter que l’on pût lui reprocher une quelconque contradiction. Elle œuvrait d’une manière moins éclatante que celle du Haut Prédicant, car elle n’avait pas légitimement d’autorité, mais dans les couloirs du palais nombreux étaient ceux gagnés à sa cause. Pour beaucoup, la domination d’Obert n’avait que trop duré… Cependant, le calme asseyait toujours son règne à Vinicia comme dans le reste du pays, bien que la tempête n’attende qu’un élément déterminant pour se déclencher.
Si la mort du roi était attendue par tous, mettant la cour entière sur le qui-vive ce qui n’améliorait guère l’ambiance des couloirs du palais, un autre décès vint causer une certaine effervescence…
Les Prédicants guettaient à présent Joseph toute la journée. Celui-ci s’en inquiétait de plus en plus mais ne faisait guère part de ses frayeurs à Nivelle. Il doutait qu’elle pût l’aider en quoi que ce soit, et de toute manière il ne souhaitait pas rester enfermé toute la journée dans la petite chambre. Même s’il se faisait discret quelques temps, les Prédicants n’allaient pas l’oublier. Joseph était presque certain qu’ils avaient deviné sa véritable nature.
Malgré une vigilance accrue ajoutée à sa méfiance naturelle, Joseph ne put échapper aux Prédicants bien longtemps. L’histoire commençait d’une manière pourtant anodine : un matin, alors que Nivelle était partie, Joseph se décida à aller faire un tour en cuisine –sa jeune protégée ne se souciant guère de le nourrir- et une fois arrivé dans les sous-sols du château une cuisinière –par ailleurs fort brave- qui avait les chats en horreur, lui donna un coup de rouleau à pâtisserie sur la tête avant qu’il ne réalise ce qui lui arrivait. Comme nous l’avons dit, les chats lui répugnaient et elle n’osait pas prendre Joseph inconscient dans ses mains pour poser son corps inanimé hors des cuisines. Elle interpella donc la première personne venue : une jeune suivante de Naïade, Justine, qui venait prendre des petits gâteaux pour sa maîtresse. Justine fronça les sourcils, agacée, car elle avait du mal à porter le chat sous son bras droit et garder son plateau en équilibre sur sa main gauche. Mais comme la cuisinière n’avait guère l’air commode, elle ne fit que marmonner de basses insultes à l’adresse de la femme qui re-tournait à ses fourneaux. Ensuite, Justine se dit que Naïade apprécierait le cadeau –en ce mo-ment la princesse était très préoccupée et une présence animale, autre que sa centaine d’oiseaux encagés dans la volière au milieu de parc, la calmerait peut-être. Malheureusement, Justine, la tête pleine de cette bonne idée qui lui attirerait les faveurs de sa maîtresse, bouscula un homme dans les Grands Escaliers. Non seulement toutes les sucreries matinales demandées par Naïade se renversèrent sur les marches, mais en plus cet homme n’était autre que le Père Alaart qui reconnut aussitôt Joseph dans les bras de la jeune femme. Le Père Alaart, fort de l’aubaine, usa de son autorité morale pour réclamer le chat. Tandis que Justine se lamentait sur sa journée qui commençait si mal, Alaart s’éloignait, descendant le Grand Escalier, puis contournant le grand bassin du parc et quittant l’enceinte du château pour monter dans sa voiture qu’il avait fait atteler. À l’intérieur de la petite calèche conçue pour deux personnes seu-lement, Joseph commença à reprendre conscience et à donner des coups de griffes dans le vide. Alaart n’était pas habitué lui-même à la violence, cependant la gifle qu’il administra à Joseph suffit pour que celui-ci cesse de s’agiter totalement.
La voiture d’Alaart le conduisait à travers les ruelles de la capitale jusqu’à l’extrême ouest de Vinicia, à la limite entre le quartier des artisans et le quartier des miséreux, là où l’on avait bâti l’Université théologique. C’était l’un des tous premiers édifices de Vinicia, fait de la même pierre que les murailles qu’il jouxtait. Là, tous les Prédicants faisaient leur noviciat puis une fois leurs huit années d’études de théologie –qui comprenaient l’apprentissage de la magie- accomplies, ils partaient aux quatre coins du royaume, là où le culte de l’Unificateur nécessitait leurs services. Dans cette Université étaient aussi formés les futurs miliciens… Alaart devait ce matin-là y donner un cours mais son précieux colis le requérait d’urgence. Alaart, sur les ordres du Saint-Père, avait fait suivre le chat un peu partout sans pouvoir ja-mais déterminer sa véritable nature, bien qu’ils aient quelques soupçons. L’occasion s’offrait enfin à lui de découvrir la vérité.
Le chat toujours sous le bras, il descendit de la voiture lorsque celle-ci s’arrêta et entra dans le grand bâtiment abritant de si nombreux novices sans prêter attention à ceux qui le sa-luaient. Il ne prit pas les escaliers menant aux salles de conférences, mais au contraire se faufila par une petite porte qui découvrit quelques marches en direction d’un sous-sol. Il n’aimait guère se rendre dans ces lieux où les Prédicants stockaient leurs ingrédients pour leurs potions ainsi que des organes flottant dans des verreries poussiéreuses, nécessaires aux cours pour les Prédicants Guérisseurs. Dans la vaste pièce rassemblant tous ces objets d’étude, deux jeunes Frères s’affairaient, l’un changeant quelques écriteaux et l’autre rassemblant sans doute des ingrédients particuliers correspondant à une liste. Alaart s’avança vers eux.
Ils l’aperçurent et s’inclinèrent.
- Père Alaart, le saluèrent-ils.
- Frères, cessez vos tâches présentes, j’ai besoin de votre aide, et il faut que ce soit rapide.
- Oui, mon Père, dirent-ils en chœur.
- Rassemblez-moi les ingrédients nécessaires à la composition d’une potion de vérité.
Même réplique, puis ils partirent chacun de leur côté à la recherche, parmi toutes les étagères pleines à craquer, des éléments réclamés.
Un petit bout de chandelle plus tard, Alaart s’installait dans son officine, au premier étage de l’Université, et broyait plusieurs feuilles dans une coupe d’où s’échappaient des effluves qui lui taquinaient les narines. Sur une chaise de l’autre côté de son bureau, il avait attaché le chat au cas où celui-ci s’éveillerait, mais Joseph était toujours plongé dans l’inconscience.
Enfin, Alaart leva une fiole pleine d’un liquide rougeâtre dans la lumière qui lui parvenait par de larges fenêtres placées en hauteur, et arbora un air satisfait. Au même moment, Joseph ouvrait ses yeux de félins et se rendit compte qu’il n’était pas là où il devrait être.
- Bonjour, minou, fit Alaart narquois en faisant le tour de son bureau et s’approchant du chat. Tu as le choix. Soit tu me dis quelques mots maintenant et on en finit tout de suite. Soit je te fais avaler ça ce qui nous embête l’un comme l’autre.
Joseph lui lança un regard noir, si tant est que c’était possible avec ses pupilles rétrécies, mais choisit de se taire.
Alors Alaart le força de deux doigts à ouvrir la mâchoire, fit couler le contenu de sa fiole dans la gueule de Joseph, puis refermant la mâchoire et tenant fermement cette position il obligea le chat à déglutir.

Nivelle rentrait, le cœur plutôt léger, de plusieurs chandelles studieuses passées à la Grande Bibliothèque. Elle s’était cette fois-ci plongée dans des livres relatant une histoire récente, celle de la dernière guerre falaiso-lysentine, et comprenait tout à fait l’ampleur sans précédent de la visite de Jourdain Al’Falil à Vinicia. Ses réflexions s’attardaient donc sur cette leçon d’histoire plutôt que sur l’image obsédante de Phaéton qui avait remplacé celle, dévastatrice, d’Antonin dans ses songes. Elle se souvenait que les dernières fois où elle avait rencontré l’apprenti du Renégat, il avait occupé son esprit des mois durant. Aussi prenait-elle son mal en patience et ne se plaignait à personne, surtout pas à elle-même.
Comme elle passait devant les gardes postés à l’entrée de l’enceinte du palais, elle s’aperçut qu’ils étaient dans un état plutôt excité par rapport à leur placidité coutumière. Ils sautillaient sur place et lançaient des regards intrigués vers l’intérieur du parc.
- Que se passe-t-il ? leur demanda-t-elle.
En tant que soldat d’élite elle possédait une certaine autorité sur eux. Elle savait même, par exemple, que ces deux-là étaient frères. Ils rechignaient toujours à lui obéir, haïssant comme la plupart des Lysentins tout ce qui était connoté à la religion des Centaures. Cependant cette fois-ci ils répondirent sans penser à sa nature de Druide.
- On ne sait pas vraiment, dit le premier
- C’est du côté de la chapelle, il y a un rassemblement… Apparemment le Père Alaart a découvert un cadavre, précisa tout de même le second.
- Merci, fit Nivelle en se hâtant dans la direction de la chapelle royale et du presbytère. Je reviendrai vous raconter, si on ne vous a pas déjà mis au courant d’ici là.
Ils hochèrent la tête et elle s’éloigna en courant.
Comme les soldats le lui avaient décrit, un attroupement était formé autour de l’entrée de l’église, composé de nobles mais aussi de jardiniers et autres serviteurs. Nivelle n’aurait ja-mais pu espérer voir la scène qui avait déclenché la curiosité si le Capitaine Digne, dominant la foule d’une bonne demie-tête, ne l’avait interpellée et fait des signes pour qu’elle le rejoi-gne. Nivelle grommela intérieurement, se demandant pourquoi il voulait qu’elle approche, mais elle ne pouvait se défiler car il était hiérarchiquement son supérieur et elle n’avait plus le droit à aucun écart. Maître Irina la réprimanderait si jamais elle refusait d’obéir à l’injonction de Digne.
Les gens s’écartèrent donc pour la laisser retrouver le Capitaine. Elle arriva ainsi à l’intérieur de la chapelle, jusqu’au milieu de la nef, où elle aperçut justement la fine silhouette aux épaules démesurées, la tresse entre les omoplates, de Maître Irina de Cotille. Le Père Alaart, qu’elle reconnut, se trouvait aussi présent ainsi que le Haut Prédicant.
- Nivelle, fit Irina en se retournant, aide le Capitaine à contenir la foule.
Nivelle acquiesça. Elle se permit de jeter un œil au corps nu, allongé sur le sol marbré de la chapelle, dont on avait couvert par respect l’entrejambe avec un drap blanc. Elle ne put voir son visage car Irina était en partie dans son champ de vision, mais se dit qu’elle ne le connaissait probablement pas. Nivelle sortit alors son épée de son fourreau –elle la portait constamment sur elle depuis quelques mois, sur l’ordre de Maître de Cotille- et se plaça face aux nobles à la droite du Capitaine Digne qui demanda à ces derniers de reculer de plusieurs pas. Aussi curieux et assoiffés que les badauds qu’elle avait affrontés lorsqu’elle avait sauvé la petite Espérantine, les aristocrates s’exécutèrent à contrecœur.
Mais dans son dos la voix d’Obert retentit :
- Non, Maître de Cotille, j’aimerai que Mademoiselle Guise vienne observer la dépouille.
Sa voix soudain suave et mielleuse provoqua un frisson qui parcourut Nivelle de la plante de ses talons jusqu’à la pointe de ses mèches rebelles. Le Haut Prédicant paraissait, à l’entendre, particulièrement satisfait et cela n’augurait rien de bon pour Nivelle, au contraire elle se sentait dans une position des plus dangereuses. Face à elle, quelques personnes qui la reconnaissaient la dévisagèrent avec impolitesse, attendant sa réaction avec une furieuse indélicatesse. Elle ne put retenir un rictus désabusé devant ces visages grimaçants et contorsionnés puis leur tourna le dos. Elle aurait pu ressentir un certain soulagement à quitter ces faces désagréables mais elle devait désormais se tenir devant Obert ce qui était bien pire.
Elle rejoignit à nouveau Maître Irina qui était la personne en qui Nivelle avait le plus confiance dans ce lieu –c’était dire… Elle se plaça à côté de sa tutrice. Le corps se trouvait en travers de la travée centrale qui séparait les groupes de bancs où normalement les fidèles s’asseyaient pendant les célébrations. Nivelle serra les lèvres : on l’avait égorgé et il reposait dans son propre sang qui se vidait encore. La scène était répugnante à voir. Nivelle et Irina étaient debout du côté de ses pieds tandis qu’Obert et Alaart étaient du côté de sa tête.
S’il avait été assassiné, le mort n’aurait cependant pas pu rester en vie bien longtemps, étant donné son grand âge. Parcouru de fines stries qui paraissaient le décorer de motifs runi-ques, son visage était celui d’un vieillard, les lèvres sèches et les yeux grisâtres. Il n’avait guère plus de cheveux blancs pour orner son crâne. Quant à ses membres nus, l’on voyait bien qu’ils étaient fragiles et qu’ils soutenaient leur possesseur avec difficulté. Au total, le corps appartenait à une silhouette de petite taille, maigre et pâle, et la première remarque que Ni-velle émit, puisqu’on lui demandait son avis, fut :
- Saint-Père –ces mots lui écorchaient la gorge- cet homme vous ressemble, non ?
Ceux qui avaient pu l’entendre –Irina, Alaart et Obert- se raidirent. Ils ne répondirent pas immédiatement, bien que les deux Prédicants furent choqués, et détaillèrent à nouveau les traits du cadavre.
Obert recula de quelques pas.
- Alaart, est-ce que vous l’avez fait parler de lui ? murmura-t-il.
- Non, votre Sainteté, simplement de la Prophétie… Je… Qu’avez-vous ? Qui était-il ?
Nivelle n’avait rien perdu de leur échange et tenta de déchiffrer ces mots énigmatiques. Elle posa à nouveau son regard vers le défunt.
Son air… Il avait les yeux ouverts et « regardait » le plafond de la chapelle avec ses yeux gris. Il a l’air en colère… Que s’est-il passé ? Elle leva la tête vers les deux Prédicants qui conversaient toujours à voix basse.
- Je… je n’ai pas voulu le tuer ici, se justifiait Alaart. Je venais vous l’apporter, il se débattait et…
Les mains du Père Alaart… Pleine de griffures… Sur son visage aussi, il a une fine balafre, constata Nivelle.
Elle eût un haut-le-cœur. Une dernière fois ses émeraudes rencontrèrent les yeux du mort et elle sut enfin qui avait vécu dans ce corps ensanglanté.
- Vous l’avez tué… dit-elle, très distinctement, s’adressant à Obert.
- Si j’avais su, répliqua celui-ci en secouant la tête. Petite sorcière, n'est-ce pas toi et tes semblables qui l’avez enfermé sous cette forme ? Seule votre magie nauséabonde peut faire cela à un homme !
- Vous l’avez tué ! répéta-t-elle, haussant le ton.
- Capitaine Digne, faites évacuer la foule, ordonna Maître Irina, sentant que la situation se dégradait et risquait de passer hors de contrôle.
Nivelle sentit les larmes s’amasser au bord de ses yeux puis se déverser en torrents dévastateurs le long de ses joues. Mais en même temps que ces flots amers, elle sentit un autre sentiment la submerger, une haine à la fois malsaine et féconde, sentiment impur qui lui apportait cependant un pouvoir immense. La magie que lui avait autrefois révélée Phaéton venait en elle par grandes vagues, et elle retenait à chaque à-coup un peu de pouvoir dans ses mains. Elle était prête à se jeter contre le Haut Prédicant et à le tuer sur-le-champ sans considérer une seule fois les conséquences. Peu lui importaient les conséquences : Joseph était mort, elle était seule, et Elios ne lui pardonnerait jamais cette perte. Les paroles de Phaéton, un soir dans la forêt qui recouvrait les Monts Tannés, lui revinrent en mémoire avec une acuité déconcertante : "Tu ne peux te nier. Ta nature est de tuer. Tu es faite pour tuer. C’est ce que tu es." Il avait donc raison… Elle avait toujours refusé son pouvoir, ce pouvoir qu’ils possédaient tous deux, mais aujourd’hui elle l’accueillait avec gratitude. Elle en avait besoin.
Obert et Alaart la regardaient avec des yeux ronds, effrayés tels deux enfants devant un chien enragé. Ils n’avaient jamais été témoins d’une telle décharge de magie. Il était évident que Nivelle Guise ne contrôlait rien, cependant… cela n’en restait pas moins extraordinaire. S’ils avaient pu la tuer, ils l’auraient fait sans hésitation, hélas ils savaient fort bien que c’était impossible et ils avaient peur, extrêmement peur. Il ne restait qu’à la calmer, ils n’avaient pas d’autre solution pour éviter la mort. Un seul coup d’œil sur les traits déformés avait convaincu Obert, il connaissait bien cette expression : Nivelle comptait les tuer. Obert prit l’initiative, avec toute la mauvaise foi dont il étaient capable :
- Mademoiselle Guise, sachez que les coupables seront punis. J’ignore ce qui vous rattachait à cet homme pour que vous soyez si affectée par sa mort, mais il était mon frère –à ce moment Alaart lui jeta un regard désespéré- et mon cœur réclame vengeance comme le votre.
Nivelle le regarda de ses yeux furibonds, jamais Obert ne s’était adressé à elle avec sollicitude, elle ne comprenait pas ce qu’il voulait… Elle ne comprenait pas à quel jeu il jouait.
- Obert, dit-elle d’une voix dure sans la moindre once de respect, c’est lui qui a tué Joseph et sur votre ordre sans aucun doute –elle pointait Alaart du doigt. J’ignorais que Joseph était votre frère, il ne m’a jamais mentionné quoi que ce fut de son passé. Mais si vous devez châtier quelqu’un, c’est votre subordonné.
Voilà, elle avait posé ses conditions. Un étrange sentiment de satisfaction vint envahir son cœur : le Haut Prédicant allait céder, elle le savait. Jamais elle n’aurait cru éprouver tant de joie à l’anticipation de la mort de quelqu’un. La magie se concentrait tellement à présent dans ses mains qu’elles luisaient dans l’obscurité de la chapelle sans qu’elle ait conjuré le moindre sort. Irina se taisait, tentant de paraître neutre à la scène qui se déroulait devant elle, mais sa respiration saccadée trahissait son trouble.
Les pupilles grisâtres d’Obert croisèrent le regard désemparé d’Alaart. Cela faisait bien des lustres que l’âme du Haut Prédicant s’était fermée au plus infime sentiment et le sort de son ancien élève ne le tourmentait guère. Mais céder à cette druidesse lui répugnait tant… ! Le fait de revoir son frère, disparu depuis près d’un siècle ! dans ces conditions le perturbait en revanche au point qu’il crut que la vieillesse venait de remporter la bataille contre sa raison. Il tentait de réfléchir aux conséquences de sa décision mais la lumière émanant des mains de Nivelle le déconcentrait, attirait son esprit dans des méandres où il ne souhaitait pas s’aventurer. À l’entrée de la chapelle, Digne apparut, sa mission accomplie, puis s’arrêta évidemment surpris par le silence théâtral qui régnait dans l’église de l’Unificateur.
- Alors ? le pressa Nivelle. Ce n’est que justice, vous savez qu’Alaart a tué Joseph. Joseph qui n’a rien fait de mal sinon être transformé en chat il y a bien longtemps par un Druide.
Obert s’étrangla en entendant cette explication.
- C’est donc bien un Druide qui l’a fait disparaître ! Il était si prometteur… ! Je devrais vous faire tous brûler vifs… ! cria-t-il.
- C’est ce que vous et votre Ordre essayez de faire depuis des siècles sans y parvenir, répliqua Nivelle. Alors, condamnation en place publique pour un meurtre commis dans un lieu sacré ? fit-elle, harcelante.
- Oui, oui ! Ce que vous voulez mais sortez de cette chapelle et n’y remettez plus jamais les pieds ! hurla Obert, hors de lui. Si jamais vous soufflez un mot à quiconque… Et c’est valable pour vous aussi, Digne et Cotille !
Les trois membres de l’armée s’éloignèrent sans plus tarder, laissant les deux Prédicants s’expliquer entre eux. Ils entendirent le Saint-Père faire appeler le chef de la milice, qui mit Alaart aux arrêts et le conduisit sans aucun doute jusqu’à la prison où Nivelle avait eu droit de séjour.
Alors qu’Irina se murait dans un silence accablant, Digne ne put s’empêcher de lancer un regard admiratif à Nivelle qui avait su faire plier le Saint-Père à ses exigences. Cependant il ne dit mot lui non plus, et ils arrivèrent tous trois au Palais, où on les assaillit de questions pour obtenir ne serait-ce qu’un détail de plus que son voisin, afin d’épater la galerie au dîner de ce soir. Bien entendu, ils ne desserrèrent pas les dents, aussi on ne put s’empêcher de médire par ressentiment à leur propos et Nivelle fut bien vite, comme d’ordinaire, la cible privi-légiée des conversations. Elle savait par habitude quelle attitude adopter, ellequitta donc la table sans avoir touché à aucun des délicieux mets exposés au dîner –la cuisinière s’était sur-passée. Davi, à droite de la princesse, tenta d’accrocher son regard lorsqu’elle passa devant lui mais elle ne lui fit même pas la grâce de tourner la tête dans sa direction. Elle monta les Grands Escaliers quatre à quatre et s’enferma dans sa chambre, plus seule que jamais. Solitude, songea-t-elle, si j’avais cru un jour que je te connaîtrais si bien… Là, Nivelle s’assit sur son lit, plia les jambes en les encerclant de ses bras, et se balançant d’avant en arrière put pleurer tout son soûl. À sa douleur d’avoir perdu Joseph s’ajoutait une haine indescriptible. Sa soif de vengeance n’était pas désaltérée, elle brûlait de rage contre le Haut Prédicant mais aussi contre Phaéton qui lui disait encore et encore qu’elle était faite pour tuer, et elle devait admettre qu’il ne se trompait pas. Au début de la nuit, Bertaut et Agace vinrent frapper à sa porte, pour la consoler des rumeurs répandues sur son compte et sans deviner la vraie raison de sa peine. Elle ne répondit pas à leurs mots sincères et ne leur ouvrit pas la porte, prostrée sur son lit, secouée de sanglots ininterrompus. Puis Davi lui-même vint à sa porte, exigeant sans brutalité qu’elle lui ouvre. Mais Nivelle n’entendait plus rien, et s’endormit alors qu’il était toujours dans le couloir à la conjurer de le laisser entrer. Il entendait ses pleurs très dis-tinctement, enrageant de ne pouvoir la réconforter comme il se devait. Ils passèrent la nuit proches l’un de l’autre, mais chacun d’un côté de la porte.
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Vieux 10/05/2006, 20h16   #77
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T'as tué mon personnage préféré, méchante :snif: !

Sinon, de manière générale, le passage est un peu moyen, pas fondamentalement mauvais mais il pèche malheureusement par plusieurs défauts assez gros à mes yeux pour gâcher le reste, et c'est un peu dommage.

La première partie est un peu bancale. Tu fais un résumé des évènements, mais tout ça me paraît un peu léger sur le fond. En effet, si Phaëton a convaincu le cheik de Falaise de venir pour tenter de déclencher une guerre, de deux choses l'une:
-le cheik abandonne immédiatement la lutte une fois le petit piège échoué. C'est tout à fait possible, mais je l'aurais plutôt vu chercher encore à provoquer un autre accident. Et si pas lui, du moins Phaëton, puisque celui-ci est là pour cela. Surtout que si, comme tu l'as évoqué une fois, le cheik a été convaincu par un tour magique de Phaëton, celui-ci devrait avoir pas mal de mal à s'en dégager aussi facilement. Dans une telle situation, après avoir poussé le roi à faire une erreur diplomatique, il aurait plutôt dû pousser le cheik a faire lui même l'incident diplomatique pour lancer Lysence contre Falaise. Parce que lui sert sa propre cause, et pas celle de Falaise, il n'a donc pas besoin de chercher à préserver l'honneur du cheik: s'il est capable de le manipuler et de lui faire occuper la place peu honorable du provocateur, il DOIT le faire, à mon avis.
-ensuite, les deux dirigeants tombent d'accord ensuite, et ce sans tirages, ce qui est un peu étonnant, puisque je doute qu'Eric et ses collaborateurs n'aient pas remarqué le but de la petite manoeuvre organisée par Phaëton. La confance ne devrait plus régner entre ces deux là après cela.

Ensuite, je trouve que les phrases des prédicants sont un peu faiblardes pour ameuter une populace, surtout la première, qui à mon humble avis n'est pas prête à faire trop bouger les masses. Pas assez rentre dedans. se trouble, contestée, homme et femmes, il y a là des termes qui dervaient être remplaçées par s'offusque, baffouée, hérétiques... Bon, à toi de voir, mais dans la bouche des ecclesiastiques incitant à la haine, va faire un tour du côté des discours des inquisiteurs du moyen âge, c'est toujours exubérant. Et tu devrais mettre tout ça à l'exclamative, ça passerait déjà un peu mieux.

Ensuite, l'abandon immédiat du haut prédicant me semble aussi une mauvaise tactique. S'il devait revoir sa méthode, il devrait plutôt chercher une victoire sur le long terme, faire des insinuations de manière régulière dans le sermon des prêtres, pour instiller peu à peu l'idée au coeur de ceux qui assistent aux offices.

Dernier problème, qui n'existerait pas sans un tas d'autres petits faits du même genre, c'est encore une fois le truc qui s'arrange bien: Obert et Joseph frères, ça tombe une fois de plus bien. c'est un petit retournement important, je le sais, et il passerait sans problème si tu n'avais pas un peu trop de choses qui s'arrangent tout à coup bien (à voir la première rencontre avec Olivier à Vinicia, le fait que Nivelle surprenne la conversation entre Digne et Obert, etc...). Toujours le même problème, donc, tu tombes un peu trop souvent dans le piège de la facilité scénaristique, ce qui fait qu'à forçe ça ne passe plus.



J'arrête d'être critique, et j'attends la suite :notme: .
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Vieux 14/05/2006, 15h01   #78
Cristal
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et oui je suis désolée d'avoir dû me séparer du chat ... C'était vraiment ton personnage préféré ? il était un peu insupportable, quan même, non ?
pour te répondre : oui, Phaéton et le cheik abandonnent, pour cette fois-ci. Comme tu l'as dit, c'est Phaéton qui manipule le cheik, et Phaéton est quelqu'un de très très patient, qui voit sur le long terme. Il sait que s'il a échoué cette fois-ci il réussira la prochaine fois, il préfère vraiment maîtriser ce qu'il fait et créer les bonnes conditions... En tout cas, il faudra que je précise ce trait de caractère là un peu plus alors, pour que ça passe mieux.
Pour le fait que Obert et Joseph soient frères : j'avais essayé de glisser quelques indices... ! bon, je te l'accorde, très très minimes... dans le récit de Joseph quand Nivelle est toute petite. Puis sur leurs yeux, j'ai insisté tout au long, ils ont tous les deux les yeux gris. J'avais l'impression de le marteler, mais bon, ce sera à revoir...
Quant aux autres remarques que tu as faites, là je n'ai rien pour ma défense... Je suis d'accord avec toi :notme2: c'est vraiment des choses dont j'aurais pu me rendre compte moi-même. enfin... merci de m'en faire prendre conscience !

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après tout ce blabla, voici là suite :

3 - Où un second décès occulte quelque peu les conséquences du premier

Nivelle se réveilla sans avoir trouvé le repos, aussi épuisée que lorsqu’elle s’était endormie. La magie l’avait quitté et le vide qu’elle laissait provoquait une étrange réaction chez la jeune femme : un mélange d’amertume déçue et de soulagement délivré. Son esprit s’embrouillait de ces émotions contradictoires, elle ne savait dans quel sens diriger son cœur car quel que fut le sens qu’elle privilégie elle avait mal. S’ajoutait à cela la blessure à vif causée par la mort de Joseph et sans doute c’était là qu’elle souffrait le plus.
Elle n’avait pas eu le courage de se déshabiller la veille, mais elle se força à changer de vêtements et à se rincer le visage dans la bassine d’eau froide posée dans un coin de sa chambre, ne serait-ce que pour se sentir un peu plus propre sur elle. Ne serait-ce que pour bouger, un peu, coincer son esprit dans un coin et qu’il cesse de se contorsionner.
Mais à peine s’était-elle frotté les joues avec un peu de savon que les larmes coulèrent à nouveau, elle ne pouvait les arrêter, et les sanglots reprirent de plus belle. Joseph n’est plus là ! Quelques éclairs de certitude traversèrent soudain son esprit, lui disant qu’il allait bientôt venir gratter à la porte, et pourtant ses pleurs lui signifiaient que sa mort était la seule vérité possible.
Antonin, Joseph… On aurait dit que le sort s’acharnait à la détacher de sa vie à Lourdes, que les Centaures voulaient qu’elle se détourne une fois pour toutes des Monts Tannés.
De derrière la porte, un bruissement parut réagir à ses larmes.
- Nivelle ? fit la voix encore pâteuse de Davi.
- Davi ? ! s’exclama-t-elle, sincèrement surprise.
Elle passa ses mains sur ses joues, les mouillant plus qu’autre chose, puis s’empressa de lui ouvrir.
- Que fais-tu là ? s’étonna-t-elle, s’écartant pour le laisser passer.
- Tu ne m’as pas entendu hier soir ? Je voulais savoir ce qui te mettait dans cet état. Tu as quitté la salle Vivienne avec précipitation… et fracas, hier.
- Non, je ne me souviens pas t’avoir entendu.
- Mais que t’es-t-il arrivé ? Tu pleures encore.
Nivelle lui tourna le dos, s’essuya les mains sur son pantalon.
- Joseph… Tu te souviens, mon chat, vous avez échangé quelques mots.
- Je me souviens, fit Davi en la contournant, cherchant son regard. Que lui arrive-t-il ? Il s’est perdu, il n’est pas revenu hier soir ?
Nivelle émit un ricanement forcé, un peu comme si elle avait soudain perdu la raison. Son sourire distordu ressemblait à celui d’une démente.
- Ah ! Si seulement ça pouvait être ça ! Si seulement… !
Davi se raidit. Il connaissait ce genre d’expressions et tout ce qu’elles impliquaient.
- Tu as bien sûr entendu parler du cadavre qu’on a retrouvé dans la chapelle royale ? dit Nivelle, le ton de sa voix lui échappant complètement, l’ironie perçant ses lèvres malgré elle. Et bien, figure toi que ce n’était autre que celui de Joseph. Dans la mort, il a retrouvé sa véritable apparence ! Le pauvre, il ne se sera jamais revu sous la forme d’un être humain !
Elle ricanait sans pouvoir s’en empêcher, le chagrin noyant sa raison.
Davi la prit par les épaules puis la serra contre lui et elle pleura, pleura jusqu’à n’en plus pouvoir contre son cœur. Elle put ainsi évacuer toutes les larmes dans lesquelles trempaient son âme. En même temps, Davi lui caressait les cheveux sans même s’en rendre compte, presque bouleversé par son chagrin –mais hormis ce détail, il restait tout à fait maître de lui-même.
Ils restèrent ainsi longtemps –le petit-déjeuner devait être débarrassé depuis une demi-chandelle au moins et Maître Irina devait les attendre avec colère devant la salle des gardes.
Soudain, des cris stridents résonnèrent dans les couloirs, montant par les Grands Esca-liers.
Ils s’éloignèrent instinctivement l’un de l’autre. Si Nivelle osa lever les yeux vers Davi, celui-ci se détourna et ouvrit la porte assez brusquement.
- Que passe-t-il ? murmura-t-il pour lui-même, jetant des regards presque courroucés dans le couloir.
D’autres nobles dans le couloir avaient eu la même réactions et sortaient leur tête de leurs appartements. Aussitôt, Davi se rabattit à l’intérieur de la chambre pour éviter qu’on le voie en compagnie de Nivelle sans chaperon ni pour l’un ni pour l’autre. On avait dû remarquer son absence chez lui et le lien entre son découchage et sa présence chez Nivelle serait vite établi par les mauvaises langues. Nivelle ne put s’empêcher de lui jeter un regard amusé, ac-compagné d’un sourire redevenu taquin, son véritable sourire, puis se plaça dans le couloir à sa place.
- D’où viennent ces cris ? demanda-t-elle à son voisin de chambre.
Le Seigneur Tête-haute haussa les épaules, il n’en savait rien.
Nivelle aurait voulu se rendre compte par elle-même de ce qui se passait, mais elle ne voulait pas devoir enfermer Davi dans sa chambre, ce qui pouvait leur causer quelques tracas à l’un comme à l’autre.
Enfin tous choisirent de descendre les Grands Escaliers, à quelques secondes d’intervalle, car les cris se poursuivaient aux étages inférieurs. Nivelle et Davi purent se faufiler à la suite des autres habitants du Palais sans se faire remarquer.
Ils n’eurent pas besoin d’arriver sur les lieux du drame pour entendre et comprendre que le roi avait enfin rendu l’âme…
Davi serra la main de Nivelle puis murmura :
- Je dois y aller, excuse-moi.
Il fendit alors la foule, parvint en bas des marches du premier étage et disparut au détour du couloir qui menait aux appartements royaux. Nivelle préféra ne pas s’attarder. Elle ignorait ce qui allait se passer à présent mais elle savait que les prochaines chandelles seraient déterminantes pour l’avenir de Lysence. Elle rejoignit Irina, Bertaut et Agace à la salle des gardes, où la Maître épéiste l’accueillit sans compassion pour son deuil ; mais Nivelle la prit de court en lui annonçant la terrible nouvelle.

* * *

Davi entra dans la chambre du Roi. Comme les appartements de la princesse, cette pièce devait représenter la perfection architecturale : toutes les mesures étaient proportionnelles. Davi fit grincer le plancher en s’avançant jusqu’au lit d’Eric. On avait tiré les rideaux et seul un petit rai de lumière filtrait entre les deux lourdes tentures éclairant avec ironie le visage de Naïade. Celle-ci se tenait debout devant le visage de son père, tenant ses mains entre les siennes. Alors que son visage était stoïque, ce geste trahissait son émotion. Stentor lui pleurait de tout son corps, enfoncé dans l’un des larges fauteuils qui entouraient le lit du Roi. Davi soupira cela faisait beaucoup de larmes pour une seule journée. Il s’approcha de son petit cousin, passa sa main dans ses cheveux bouclés.
Le dernier témoin de cette scène était le Haut Prédicant. Lui aussi installé, mais plus dignement, dans un fauteuil de velours, il gardait les yeux rivés sur Naïade prêt à contre-attaquer à n’importe quelle de ses tentatives. Davi était triste que le Saint-Père ne témoigne pas d’avantage de respect à l’homme qui lui avait permis d’obtenir tant de pouvoir. Mais ce n’était qu’une amertume. Il s’agenouilla à côté de son défunt oncle, de l’autre côté du lit par rapport à Naïade. Cette dernière croisa son regard –œil sombre sur œil sombre- mais se tut –pour le moment, laissant Davi à son deuil. Il était le seul dans cette pièce à avoir vraiment respecté et apprécié Eric. Peut-être même le seul dans tout le royaume qui l’aimait pour qui il était et pas pour son statut royal. Naïade haussa les épaules et croisa les mains de son père sur sa poitrine immobile. Elle se préparait à la lutte à venir.
Naïade vint se poster devant Stentor. Percevant son mouvement, Obert se leva aussitôt. Il n’avait guère mieux dormi que Nivelle, réfléchissant à la vie qu’avait pu être celle de son frère sous la forme d’un chat. Mais il était en pleine possession de ses moyens, la perspective d’une lutte lui rendant presque l’énergie de sa première jeunesse. Davi se leva aussi. La ten-sion qui régnait dans la pièce était extrême, et il voulait éviter des éclats trop violents. Soudain, il se rendit compte de ce que Naïade voulait de son petit frère : dans ses mains le fils d’Eric tenait… la couronne. Le symbole de la royauté…
- Saint-Père, dit-elle avec une certaine douceur, je me demandais pourquoi vous aviez cédé à Nivelle Guise ainsi…
Obert sursauta dans son fauteuil, il ne s’attendait absolument pas à ce qu’elle aborde ce sujet et surtout pas en présence de deux autres personnes qu’il ne souhaitait pas voir au courant de leur accord.
- Moi, j’ai tenu ma part du marché… poursuivit Naïade sans le regarder. J’ai ordonné à mes suivantes de la harceler, et Nivelle est apparue plutôt en position difficile ces derniers temps. Pour tout dire, nous lui avons rendu la vie impossible.
Obert ferma les yeux. Que lui passait-il par la tête, à cette petite idiote ?
- Mais vous ? Qu’avez-vous fait, Très Saint-Père ? –son ton ne posait aucune question, Naïade posait plus un constat qu’autre chose.
- J’ai fait tuer deux personnes qui lui étaient chères, mais je ne suis pas parvenu à mon but et j’ai même l’impression qui la situation s’aggrave. tes-vous certaine que c’est le moment et le lieu pour discuter de Mademoiselle Guise, Princesse ? ! fit-il d’un ton lourd de me-naces.
- Oui, car il me semble que lorsque la situation dans laquelle nous nous trouvons sera réglée, nous ne pourrons plus jamais discuter, Saint-Père.
La tension semblait à son comble. Davi se redressa très lentement, discrètement.
- Je vois que vous voulez dire, dit Obert en faisant quelques pas dans sa direction.
Voyant qu’il s’avançait, Naïade fut la première à agir avec violence : elle arracha la couronne des mains de son frère qui poussa un cri de surprise entre deux sanglots. Ces quelques phrases, elle les avait prononcées pour le distraire, et elle y était presque parvenue.
- Il y a déjà eu des Reines à Lysence ! cria-t-elle en se retournant brutalement vers Obert.
- C’étaient des accidents de l’histoire ! rugit celui-ci avec une vigueur inattendue pour un homme de son âge. Elles ont fait assassiner leur mari, ou ont pris la place de leur fils ! Les femmes ne sont pas faites pour régner ! conclut-il sourdement.
- Vous êtes d’une misogynie d’un autre siècle ! hurla Naïade comme si elle rêvait depuis longtemps de lui lancer cette phrase au visage. Je suis l’aînée et selon les traditions de Lysence, c’est l’aîné qui revêt la couronne ! Vous ne pourrez aller contre un millénaire d’usage, Obert.
- Si jamais vous volez le trône à votre frère, j’ordonne à tous les croyants de tenter de vous tuer ! Une femme sur le trône, c’est une hérésie ! Une insulte faite à l’Unificateur en personne !
- Assez ! tonna Davi encore plus fort qu’eux.
L’effet fut immédiat, les deux adversaires se turent et se tournèrent vers lui avec un air déchaîné sur le visage. Ils étaient pleins de la même exaltation, ils se battaient pour leur vie. Car que l’une atteigne le pouvoir ou que l’autre s’y maintienne, leur première action serait de tuer leur rival.
- Est-ce donc le seul moyen que vous ayez de régler votre « différend » ? Plonger le pays dans la guerre civile ? ! s’écria Davi plein de colère.
- Non, ce serait inéquitable, il peut faire de la magie, dit Naïade comme une enfant bou-deuse.
Davi ferma les yeux et se mordit les lèvres. Si c’était tout ce qui empêchait Naïade de déchirer Lysence…
- J’ai quelque chose à vous proposer.
- Ah ! ricana Obert. Je te vois venir, Davi de Baillenval. Pour toi Naïade sur le trône signifie aussi ton élévation au rang de Roi consort ! Je suis en position de force ici, vous le savez pertinemment tous deux. Je pourrais vous tuer en une formule mais je ne veux pas me mettre le peuple à dos ! Allons les enfants, rendez-moi cette couronne et je vous laisserai en paix. Sinon, attendez-vous à voir les Ténèbres se déchaîner contre vous dès les premières se-condes de votre « règne » ! ! !
Un masque de folie recouvrait les traits du Haut Prédicant, mais Davi ne se démonta pas.
- Saint-Père, je vous en prie écoutez-moi et toi aussi, Naïade. D’abord, donne-moi cette couronne.
La princesse s’exécuta, certaine comme le Haut Prédicant que Davi voulait le trône et par conséquent qu’il était de son côté. Toujours au fond de son fauteuil, Stentor pleurait, mais en silence pour ne pas attirer l’attention.
- Tout d’abord, avant de menacer d’envoyer votre milice contre Naïade, sachez que l’armée se rangera de son côté –le Haut Prédicant était sans doute mieux renseigné que lui, Davi risqua tout de même cette assertion. Ensuite, j’ai à cœur, comme vous j’espère, d’éviter la division du royaume en deux camps ennemis. C’est pour cela que peut-être vous pourriez régler votre problème un peu plus tard et surtout de manière pacifique. Je vous propose de le faire devant des envoyés de tous les Seigneurs de Lysence ainsi que, si vous l’acceptez, devant des émissaires du peuple. Ils pourront statuer de votre querelle…
- Notre querelle ! s’écria Naïade, éclatant de rire. Tu sais choisir tes mots ! On parle de l’avenir de Lysence, là !
- Laisser le peuple décider… Quelle idée ! s’emporta Obert.
- Vous préférez mettre le pays à feu et à sang ? demanda Davi, tentant de garder son calme.
Un long silence suivit. La princesse et le Haut Prédicant continuaient à se fixer l’un l’autre sans parvenir à se décider.
- D’accord, dirent-ils en même temps.
Néanmoins l’un comme l’autre se jurèrent intérieurement de ne respecter la décision des Lysentins qu’à la condition qu’elle se fasse à son propre avantage.
- En attendant, j’assurerai l’intérim, dit Obert d’un ton qui ne souffrait aucune réplique.
Et il sortit de la pièce sans plus tarder. Les trois cousins l’entendirent aboyer aux nobles de lui faire place, et donner déjà des ordres pour envoyer des messagers aux quatre coins du royaume.
Davi évita de croiser le regard de Naïade comme celui de Stentor terrorisé et retourna aux côtés du défunt Roi. Il ferma les yeux et inspira profondément. Il espérait que la situation se résoudrait au mieux, par malheur rien n’était moins sûr.
Par l’Unificateur, pourvu que je ne voie pas mon pays en guerre. Ce serait mon pire cauchemar.
Naïade vint derrière lui et posa ses mains sur les épaules. Il contrôla son corps, s’empêcha de frissonner.
- Je serai fière de t’avoir comme époux, mon amour, lui susurra-t-elle à l’oreille.
À nouveau il s’empêcha de réagir. Mais elle émit un petit rire : elle savait très bien ce qu’il pensait.
- Tu viens, Stentor ? Tu vas aider les Prédicants à préparer l’enterrement de Père. Il fau-dra que tu sèches tes larmes, d’accord ? Et nous préparerons tous les deux un discours pour la cérémonie.
Le petit prince hocha la tête et se leva difficilement de son fauteuil.
Davi fut le dernier à quitter la pièce après avoir rouvert les rideaux. Le soleil lysentin inonda la pièce de lumière, sans parvenir à raviver le cœur du jeune homme, noir d’inquiétude et d’angoisse.

* * *

Bien que la journée ait décrétée deuil national, certaines professions ne cessèrent pas leurs activités pour autant. Le bourreau, par exemple.
Nivelle assista à l’exécution du Père Alaart le cœur presque léger. Le Haut Prédicant n’avait pas voulu faire traîner les choses. Alors que ce n’était guère dans leurs mœurs, beaucoup de membres de la cour vinrent voir la pendaison : ils fuyaient l’ambiance morose du palais, soit par chagrin à cause de la mort d’Eric, soit par appréhension, par crainte d’une confrontation armée entre les partisans de Naïade et ceux d’Obert. Et puisque personne n’était censé travailler, Alaart eût droit à un certain succès pour sa mort.
Comme la foule se dispersait, Nivelle aperçut les Seigneurs d’Ambre dans les rangs réservés aux aristocrates. Elle parvint à les rejoindre avant qu’ils ne montent dans leur voiture, et ils l’invitèrent à se joindre à eux.
Ballottés par les pas assurés des chevaux, et s’arrêtant souvent à cause du monde qui quittait la place des exécutions, les Seigneurs d’Ambre et Nivelle restèrent un moment silencieux en essayant de chasser de leur esprit l’image de destruction qu’ils venaient de supporter. En vérité, ils regrettaient tous trois d’être venus voir. Puis Nivelle, qui était à côté de Dame Gaëlle face au Seigneur Etienne, se pencha un peu en avant et demanda :
- Que va-t-il se passer maintenant ? Je veux dire… pour le pays. Vous croyez qu’il y aura la guerre civile ? Obert et Naïade sont-ils vraiment incapables de se départager autrement ?
- Apparemment, on a vu des messagers partir du Palais. On raconte que les Seigneurs de Lysence vont venir discuter à Vinicia, expliqua le Seigneur Etienne d’une voix rassurante.
- Vous allez pouvoir aller donner votre avis, vous aussi ? s’enquit Nivelle.
- Oui, dire les époux en même temps.
- Pour qui allez-vous voter… ? demanda la jeune fille, peu certaine que cette question rentrait dans les normes de politesse.
- Oh, pour Naïade, évidemment. Même si Stentor est placé sur le trône, il est évident que c’en est fini de la famille royale, et que l’Ordre réussira à prendre la mainmise totale sur le royaume. Je n’apprécie guère la princesse, mais au moins son autorité sera légitime.
Dame Gaëlle marqua son approbation d’un hochement de tête.
- Mais… les autres Seigneurs ? Vous croyez qu’ils… qu’ils choisiront Naïade ? Je veux dire, beaucoup de gens pensent que les femmes sont inférieures, enfin c’est ce que la religion de l’Unificateur dit, n’est-ce pas ?
- Et bien… le Saint-Père a tendance à mettre en avant cet aspect de la religion. Mais sur-tout, il s’appuie beaucoup sur les Seigneurs locaux. Alors que Naïade, bien qu’elle ne l’ait jamais proclamé mais on en est certain, préférera renforcer plus encore le pouvoir central. C’est surtout pour ça que cette assemblée pourrait la désavantager.
- Oui, toutefois je pense que la plupart seront comme toi, ils préféreront marquer leur al-légeance à la famille royale et non à l’Ordre, rappela Dame Gaëlle.
La voiture s’arrêta brutalement et ils furent projeté les uns contre les autres. Alors que Gaëlle poussa un cri de surprise et d’indignation, Etienne et Nivelle préférèrent en rire. Un domestique vint leur ouvrir la portière.
- Vous êtes arrivés, Mes Seigneurs, Mademoiselle.
Ils descendirent devant la maison des Seigneurs d’Ambre, entrèrent et s’installèrent confortablement dans la salle de réception près d’un feu déjà préparé pour eux. La pièce était chaude et agréable. Ils purent poursuivre leur conversation tandis qu’un serviteur leur appor-tait des boissons chaudes à leur demande.
- Alors il est impossible de prévoir l’issue de cette réunion ? fit Nivelle.
- Impossible, répondit Dame Gaëlle, l’air sombre. Ce genre de chose n’est jamais arrivé à Lysence. Bien sûr, il y a toujours eu des conflits intestins pour la prise de pouvoir, et je ne dis pas que cela s’est toujours fait pacifiquement. Mais cette fois-ci, cela prend une ampleur jamais atteinte : tout le monde sait, tout le monde est au courant. Ce gendre d’histoire se règle normalement dans les couloirs du Palais. Là, l’ambition de ces deux prétendants exsude par toutes les conversations, par toutes les imaginations.
- Allons, allons, voulut les rassurer Etienne. L’assemblée des Seigneurs de Lysence et les émissaires du Roi sauront bien se décider et trouver un souverain qui convienne au pays.
- Et tu crois que celui qui est rejeté se pliera à leur choix ? répliqua Dame Gaëlle, agacée par la naïveté de son conjoint.
- Combien de temps cela risque-t-il de prendre ? demanda Nivelle immédiatement pour éviter une humiliation au Seigneur Etienne qui n’avait aucune répartie et se faisait toujours dominer par sa femme.
- Oh, plusieurs semaines au moins, répondit le Seigneur d’Ambre.
- Vous ne croyez pas que Falaise en profiterait pour nous attaquer, par hasard…
Ils ne répondirent pas tout de suite. Puis Dame Gaëlle prit la parole entre les craquements des flammes qui s’étiraient dans la cheminée :
- J’ose espérer que les Lysentins oublieront leurs querelles si cela devait arriver. Lors de la dernière guerre, Ouestiens comme Estiens ont courageusement combattu. Aujourd’hui en-core, c’est ce qui se passera si une telle situation se produit.
Ils n’ajoutèrent plus rien de la soirée. Mais lorsque Nivelle regagna sa chambre vide au Palais, elle aurait aimé partager ses impressions avec quelqu’un d’autre, qui n’était plus là.
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Vieux 23/05/2006, 20h36   #79
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Bon, sorry for the waiting time, my bac is méchant with me so I don't have suivi you like I wanted because of very very plenty of boulot that encombre très beaucoup the mind of me. Si tu vois ce que je veux dire :notme2: ...

Pour ce qui est de la relation de parenté Obert/Joseph, j'avais remarqué les indices, mais c'est pas vraiment la brusquerie de la nouvelle qui me gêne, c'est juste le petit arrangement de plus qui aide bien le scénario. Un + un + un = beaucoup, et donc parfois trop. Et sinon oui, Joseph était bien mon préféré. Justement, son côté bougon me l'a toujours rendu sympathique, alors que certains personnages me semblent un peu fades (bon, ça va quand même, tu n'écris pas comme Marc Lévy *vérifie que Lies n'est pas dans les parages et qu'il peut taper sur Lévy comme il veut*) ou du moins avec une dimension un peu moindre. Obert se plaçe en second, un peu pour les mêmes raisons. et les d'Ambre viendraient juste après si tu prenais la peine de les développer plus.

Alooors, avis sur le petit dernier. D'abord, les détails.
Citation:
Davi entra dans la chambre du Roi. Comme les appartements de la princesse, cette pièce devait représenter la perfection architecturale : toutes les mesures étaient proportionnelles.
Les mesures étaient proportionnelles sonne un peu bizarrement, de même que le devait; en fait, la description est trop courte, et on a l'impression que tu cherches à instiller un certain doute quant à la réelle perfection de l'architecture sans pousser ta pensée. Et de fait, on ne sait pas trop ou se plaçer. De plus, parler de mesures proportionnelles pour une chambre est un peu maladroit, puisque par nature les mesures d'une pièce carrées sont TOUJOURS proportionnelles. Un petit bout à revoir, je pense, et à étoffer.

Citation:
On avait tiré les rideaux et seul un petit rai de lumière filtrait entre les deux lourdes tentures éclairant avec ironie le visage de Naïade
Mgnmgnmgn... Pas vraiment une faute, mais... Soit il y a un problème de structure, et c'est le visage de Naïade qui est ironique, soit il y a un petit anthropomorphisme mal fichu dans ta phrase. En fait, la lumière qui éclaire avec ironie, ça ne sonne pas trop bien, du fait de cette oposition chose inerte/homme dont je t'avais déjà parlé plus haut, à propos de l'allée d'arbres. Un comme par ironie, ou toute autre formule du genre, serait plus adaptée, mettant en valeur la comparaison, et non l'image directe, un peu dérangeante à mon sens.

bon, c'est tout ce que je vois comme ça, avec des maths plein la tête et un sens critique un peu émoussé . maintenant, bilan: premier passage: bien. Le traitement est assez léger, le sens correct, bref c'est agréable à lire alors que tu aurais pu faire un drame national de cette mort et t'épancher dessus; Tu ne l'a pas fait, et c'est un bon point. Deuxième: la confrontation est bien menée, seulement... problème: Obert et Naïade évoquent l'affaire qu'ils ont à propos de Nivelle devant Davi. D'un: soit ils ne l'auraient jamais fait, et c'est une erreur grossière que de la mettre là, soit Naïade n'a que faire que Davi la prenne encore plus en grippe, auquel cas on devrait absolument avoir un apreçu des réactiosnde Davi quant aux jeux enfin dévoilés. parce qu'il a beau soupçonner, obtenir la confirmation de ses soupçons ne doit certainement pas lui faire plaisir, et ici on a un peu l'impression qu'il n'entend pas ce que disent les deux autres. Bien sûr, il est doué pour garder son calme, mais tu pourrais au moins faire remarquerqu'il garde son calme, sinon il y a cette impression d'apparté bruyant totalement irréaliste qui gâche un peu tout. Le reste du passage est bien.

Enfin troisième: ah toi mais je vais me fâcher un jour, tu n'utilises les D'Ambre que pour les discussions de fond que Nivelle ne peut avoir avec Davi. A quand un passage sur eux, rien que sur eux, histoire qu'ils changent de leur aspect de chroniqueurs des évènements pour lecteur peu perspicace? Bon, c'est vrai que ce genre de discussion doivent être faites, mais les pauvres eeigneurs sont vraiment cloisonnés dans leur rôle, c'est vraiment dommage, toujours parce que depuis le début je sens qu'il y a un potentiel derrière ces personnages et que tu ne le développe pas. Je vais finir par devenir méchant :eye: ...

Bon, en bref, c'est pas mal, mis à part le gros couack de milieu de texte, et le dernier passage n'est pas mauvais du tout, seulement tu sais ce qui me gêne dedans (et de ce point de vue là c'est assez subjectif). Bah, à la suite.
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Vieux 27/05/2006, 18h36   #80
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Don't worry ! prends le temps que tu veux (peux)

En ce qui concerne les d'Ambre, tu risques vraiment de t'énerver par la suite Ils n'auront pas de rôle plus important, et le seigneur Etienne ne sera pas autre chose qu'un moulin à informations servant à faire avancer l'intrigue... Mais tu verras sans doute ça plus tard (encore 8 chapitres avant la fin) !
merci toujours de suivre l'histoire

-----------------------

4 - Où le Haut Prédicant tire son épingle du jeu

Alors qu’il était en position de force à la mort du Roi, Obert se retrouvait dans une impasse fort désagréable. Les Prédicants officiant dans les diverses églises de la capitale lui racontaient l’humeur dans laquelle se trouvait le peuple, et les nouvelles n’étaient pas vraiment bonnes à entendre. Naïade remportait la plupart des suffrages, en partie grâce à l’image de Davi de Baillenval –enfin, que ce dernier tenait de sa mère. Les conseillers venus de tous le royaume logeaient dans la capitale depuis trois ou quatre jours déjà, mais l’on attendait que tous soient présents pour la réunion officielle. Obert captait quelques rumeurs de couloirs et elles ne lui étaient guère favorables. Les représentants du peuple, surtout, ne voulaient pas de Stentor comme roi et ils étaient presque majoritaires.
Il lui fallait donc agir. Il lui fallait prendre les devants, retourner la situation à nouveau à son avantage.
* * *
Nivelle aimait l’ambiance agitée qui régnait dans le Palais. Tous les courtisans, qu’en fin de compte elle méprisait autant qu’ils la détestaient, avaient du mal à s’adapter aux nouveaux venus, aux émissaires du peuple qui allaient avoir droit à un avis sur l’avenir du royaume. Les servantes ne savaient pas comment s’adresser à eux, les représentants eux-mêmes ne savaient guère quelle attitude adopter. Maître Irina avait nommé Nivelle en charge de la sécurité de ces nouveaux arrivants et la jeune femme dut admettre qu’elle y prenait un certain plaisir. Cela l’amusait d’avoir tant de responsabilités et que tant de personnes comptent sur elle. Et puis, cela l’empêchait aussi de trop s’attarder sur la mort de Joseph… Le commandant en chef des armées lysentines, celui-là même qui occupait le poste qui revenait normalement à Maître Irina, le Commandant Sevestre, avait fini par nommer Davi capitaine, et ses trois camarades possédaient désormais le grade d’Eclaireurs. Nivelle jouissait donc d’une petite autorité, assu-rait son travail du mieux qu’elle le pouvait, et l’on était plutôt satisfait de ce qu’elle faisait. Davi était très occupé, mais pas vraiment à cause de ses nouvelles fonctions, plutôt parce que Naïade le sollicitait continuellement à la fois pour ses conseils et pour… préparer leur ma-riage.
Nivelle en étant très souvent en contact avec les représentants lysentins, avait du essuyer une déception assez profonde : elle avait secrètement espéré que l’un des envoyés du peuple soit Richard Huchete, ou même Elios. Mais ni l’un ni l’autre ne se montrèrent au Palais, les habitants des Monts Tannés ayant choisi pour les représenter le chef du village de St-Phéliset, qu’elle n’avait jamais aperçu que deux ou trois fois dans son enfance et qui d’ailleurs ne la reconnut pas.
Un matin où l’on annonçait la réunion générale comme imminente, le Haut Prédicant choisit de célébrer lui-même la cérémonie hebdomadaire de l’Unificateur à la cathédrale. Plu-sieurs émissaires –ainsi que quelques Seigneurs- manifestèrent leur désir d’assister à l’office et Nivelle s’engagea à leur fournir une escorte dont elle prit la tête.
Les premières fleurs du printemps bourgeonnaient avec difficulté dans le vent vinicien, mais Nivelle et sa dizaine de protégés ne s’en rendirent pas compte car les rues de la capitale ne comptaient que très peu d’arbres. Cependant ils avaient bien conscience de ce vent auquel les provinciaux n’étaient pas habitués ; Nivelle en revanche avait appris à aimer cette petite rafale qui lui mordait les joues et jouait avec quelques mèches de sa crinière blonde –Maître Irina lui avait formellement ordonné de s’attacher les cheveux car selon elle c’était ainsi que procédaient les femmes engagées dans l’armée.
Ils parvinrent à la cathédrale et ne percèrent un chemin parmi le fidèles qu’avec difficulté. Mais Nivelle avait prévu suffisamment de soldats pour permettre à tous ceux sous sa garde d’entrer dans le religieux édifice. Nivelle s’était toujours dit que les clochers de la cathédrale s’élevaient vers le ciel en un geste peu révérencieux, mais apparemment elle était bien la seule à penser ainsi, aussi gardait-elle cette réflexion pour elle-même.
Heureusement pour elle, Nivelle avait obligation de rester à l’extérieur de la cathédrale, sur le parvis, afin d’assurer un minimum de surveillance. Alors que ses soldats tendaient l’oreille pour percevoir le sermon du Haut Prédicant, elle soupirait d’aise de ne pas avoir à trahir, ne serait ce que pendant une demi-chandelle, sa propre religion.
Quelques bribes lui parvinrent cependant, elle avait trop en horreur la voix du Haut Pré-dicant –qui finalement, se rendait-elle compte, ressemblait beaucoup à celle de Joseph, ils possédaient la même intonation de constante irritation- pour réussir à l’ignorer complètement.
« Chers frères, chères sœurs, vous savez comme moi que la chandelle est grave… »
« …L’Unificateur est inquiet du futur du royaume, Il ignore encore ce que nous allons choisir, mais Son cœur est à la dérive… »
Oui, bien sûr, toujours justifié par ça… Dès que l’on prononce le nom d’Unificateur, ils sont prêts à tout, se dit Nivelle.
« …Vous êtes tous prêts à vous entre-déchirer pour une parcelle de pouvoir, est c’est ce qui remplit notre Dieu de tristesse… »
Quoi ! Et ils gobent ça ? C’est lui qui est la cause première de tout ça !
« …C’est pour cela que l’Unificateur, par ma voix et par celle de l’Ordre toute entier, ap-pelle ceux qui veulent le trône de notre pays sacré à aller se purifier là où notre Dieu repose pour l’éternité. De Sa tombe, Il peut lire dans leur âme sans que rien ne puisse Lui être caché. L’Unificateur saura punir ceux qui ne recherchent que leur profit personnel à travers le trôbe, Sa colère s’abattra sur eux. Mais ceux qui reviennent blanchis de leurs mauvaises actions, alors ceux-là pourront guider Lysence dans le chemin droit… Que la princesse se rende en pèlerinage ! »
À l’issue du discours, la cathédrale entière se leva pour applaudir et marquer son appro-bation. Comme presque toute la capitale était présente, cela faisait un certain vacarme, que Naïade, qui avait droit à une cérémonie privée au Palais, perçut peut-être. Car ces paroles la concernaient directement. Obert venait de lever un autre obstacle sur le chemin de son acces-sion au trône. Nivelle tremblait devant la fourberie et l’ingéniosité du Haut Prédicant. Rien ni personne ne pouvait donc se mesurer à lui ? Il était trop habile, trop puissant.
Les émissaires du peuple sortirent dans les derniers. Ils palabraient entre eux, les visages tendus. Ils prirent Nivelle à partie dans leur discussion, sur le chemin du retour, ils se fiaient à elle car elle non plus ne venait pas de Vinicia.
- J’ai beau respecter le Saint-Père par ma piété, il faut admettre qu’il a là ignoré notre droit de décision, la réunion ne servira qu’à avaliser sa proposition ! se choquait un conseiller originaire de la région d’Outtac.
- Mais, vous pouvez encore vous y opposer, dit Nivelle. Rien ne vous oblige d’accepter.
- Voyons, Eclaireur Guise, qui veut aller contre la volonté de l’Unificateur ? fit celui en-voyé par les Irynes –l’autre chaîne de montagnes du pays- indigné que l’on put douter de sa foi.
- Non, le problème est qu’il en ait parlé en public, car c’est cela qui nous bloque vrai-ment. Nous sommes censés représenter le peuple et ici les Viniciens ont acclamé la parole de sa Sainteté. Nous n’avons aucune raison de présumer que les habitants des autres régions réa-giraient différemment, expliqua une vieille femme qui, elle, arrivait des alentours de la Baie-de-Jour. Si le Saint-Père avait évoqué la volonté de l’Unificateur que Naïade aille se purifier sur sa tombe lors du Conseil entre nous et les Seigneurs, peut-être que nous aurions pu inflé-chir le cours des choses. Mais je crains désormais que nous n’ayons fait ce voyage jusqu’à Vinicia pour rien…
- Pourquoi Naïade serait-elle la seule concernée ? s’interrogea Nivelle, plus pour elle-même que pour ses protégés. Stentor aussi est, soi-disant- prétendant à la couronne.
Tous –à part deux émissaires provenant des campagnes les plus reculées de Lysence- lui jetèrent un regard soit vraiment noir soit simplement étonné.
- Le prince Stentor a, quoi, douze ans ! ? s’exclama celui qui venait d’Outtac.
- Les enfants ont le cœur pur, quoi qu’il arrive, poursuivit la femme de Baie-de-Jour.
Nivelle se tut et pressa le pas. Ce devait être un autre des principes de l’Unificateur, dont elle entendait si souvent parler depuis qu’elle était arrivée ici. Jamais elle ne s’était donné la peine de les connaître tout entiers, à cause d’un mépris dont, elle devait l’admettre, elle éprouvait une certaine honte. Là, elle avait sans aucun doute du proférer quelque chose qui s’apparentait au blasphème… Comme si elle avait évoqué la possibilité que tuer n’était fina-lement pas quelque chose d’aussi épouvantable que ça.
Ils atteignirent le palais et chacun regagna ses appartements. Nivelle alla faire son rapport au Commandant Sevestre –homme qu’elle appréciait particulièrement peu, il lui rappelait trop le Capitaine Digne. Elle traîna un peu dans l’après-midi dans la salle des gardes, observant avec une certaine fainéantise Bertaut et Agace s’entraîner pendant qu’elle restait assise au bas d’un mur. Il la taquinèrent sur sa paresse mais elle ne bougea pas d’avantage. Le soir, les trois Eclaireurs s’autorisèrent à passer une chandelle entière dans une taverne dans le quartier des commerçants, en compagnie d’un Thoumas Delème-Antibe taraudé par la culpabilité, fébrile, et ne pouvant se séparer même pour si peu de temps de quelques dossiers, dont il perdit d’ailleurs un papier apparemment d’importance. Bertaut et Nivelle se gaussèrent du fiancé d’Agace avec un malin plaisir, mais leur amie le défendait avec une certaine répartie tandis que Thoumas ne faisait que s’énerver et menacer de les provoquer en duel –un duel où bien sûr il n’aurait aucune chance de survie… Ils se lassèrent tous bien vite de ce petit jeu, et la conversation se reporta évidemment sur la grande réunion qui avait été décrétée pour le lendemain.
Lorsqu’ils rentrèrent, tard, au Palais ils virent que de la lumière émanait des fenêtres de la salle des gardes. Curieux, les trois Eclaireurs s’en approchèrent –mais Thoumas déclara qu’il allait se coucher et rentra dans le château d’un pas chancelant- pour voir qui était encore oc-cupé à cette chandelle. Comme les fenêtres étaient situées très en hauteur, ils décidèrent que Bertaut hisserait sur ses épaules la plus légères des deux jeunes femmes. En l’occurrence, Nivelle, la plus petite et la plus fine, fut choisie pour cette petite escalade.
- Alors ? murmura Agace. Qui c’est ? Ou ils ont juste oublié d’éteindre les chandelles ?
- Attends, tu peux te mettre sur la pointe des pieds, s’il-te-plaît Bertaut ? Je ne suis pas encore assez haut.
- Ah ! J’aurais dû monter, s’énerva Agace.
Nivelle lui fit signe de se taire. Bertaut ayant obéi à son injonction, elle pouvait désor-mais apercevoir l’intérieur de la grande salle des gardes. Cela lui procurait un étrange sentiment de la voir ainsi vidée de tous les soldats et les officiers, hommes et femmes, qui s’entraînaient toute la journée à l’intérieur. Elle aperçut enfin, dans un coin, celui qui excitait leur curiosité : le Capitaine Davi de Baillenval… Il s’exerçait contre un adversaire imaginaire, épée au poing… Sans aucun doute, il trouvait ainsi un exutoire à tout ce qu’il devait supporter de la part de Naïade. Nivelle ne doutait pas que la princesse s’amusait avec sadisme à le gar-der tout le temps avec lui… Nivelle plissa les yeux pour étudier le visage de Davi ; comme elle ne voyait pas grand chose avec cette faible lumière, elle fit appel à ses sens druidiques qui décuplèrent sa vision : de longues gouttes de sueur noyaient les tempes du jeune Capitaine, montrant qu’il ne renâclait pas sur l’effort. Il plissait le front, ce qui indirectement fronçait son long nez pyramidal, et serrait les lèvres jusqu’à ce qu’elles deviennent rouges.
- Alors, alors ? fit Agace, impatiente.
- Il n’y a personne, répondit Nivelle.
- Oh, fit sa collègue, déçue. Tu es sûre ?
- Certaine.
- Alors tu descends, déclara Bertaut qui commençait à vaciller sous les jambes de Nivelle.
Nivelle sauta à terre. Ses compagnons s’aperçurent qu’elle tremblait.
- Bah, on dirait que tu as vu un fantôme ! railla Agace alors qu’ils contournaient le bassin du parc pour entrer doucement par les portes toujours ouvertes du palais –les gardes les reconnurent et ne firent que sourire à les voir passer, un peu éméchés.
- On ne m’avait pas dit que le Palais était hanté ! répliqua Nivelle.
Ils rirent doucement pour ne pas réveiller la cour endormie. Nivelle souhaita une bonne nuit à ses amis puis partit s’allonger dans sa propre chambre. La tête lui tournait un peu. Mais elle ignorait si c’était à cause de l’alcool, ou bien d’un certain jeune homme…
* * *
Le lendemain, comme les émissaies du peuple s’y étaient attendu, la réunion autour de Naïade et de Stentor ne fit qu’avaliser le discours du Haut Prédicant la veille, sans que la princesse puisse rien y faire.
Naïade sortit de la salle Vivienne furieuse, sans jeter un œil aux émissaires et aux Sei-gneurs, tous lâches et soumis au premier discours religieux venu. Elle claqua la porte sans souci du protocole, elle d’habitude si maîtresse d’elle-même. L’idée de retarder encore son couronnement lui faisait perdre tous ses moyens. Nivelle, qui était de l’autre côté des grandes portes, au garde-à-vous avec la main sur le pommeau de son épée, ne dut qu’à ses facultés particulières de ne pas être écrasée par le battant que Naïade ouvrit si violemment. Nivelle regarda la princesse s’éloigner dans le couloir, son longue robe à traîne balayant le sol marbré à la place des servantes et de leurs balais. Nivelle ne put s’empêcher de sourire. Comme les hommes et les femmes quittaient la salle Vivienne un à un, elle estima que sa mission était terminée. Elle regagna sa chambre : puisqu’elle avait assuré la surveillance ce matin, Maître Irina la dispensait de leçon. Elle avait sa journée pour elle…
Nivelle. Une voix dans sa tête. Pas n’importe quelle voix.
"Phaéton ?" fit-elle, tout en sachant très bien que c’était lui.
"Enfin. Cela fait une demi-lune que j’essaye de te joindre."
"Tu peux… ? Où es-tu ?"
"Nan, nan, je suis toujours à Falaise. Mais j’ai appris un nouveau sort, je peux parler par la pensée ! Il avait l’air vraiment satisfait de lui-même."
"Comment est-ce possible, les Druides à Falaise n’ont pas de magie. Personne n’a pu te l’apprendre."
"Ah, la, la, quelle vision réductrice. Si tu viens, je t’expliquerai."
Nivelle se tut, mais elle avait l’impression qu’il pouvait explorer chaque recoin de son esprit. Bien qu’elle aime l’entendre, elle aurait souhaité qu’il ne s’immisce pas ainsi dans ses pensées les plus intimes.
"Que veux-tu?" demanda-t-elle enfin.
"Je t’ai entendu, l’autre jour, tu sais."
"Entendu quoi ?" fit-elle, soudain inquiète.
"Les vibrations de ta magie me sont parvenues. J’ai vu à travers tes yeux, je t’ai vu mena-cer le Haut Prédicant. En fait, je m’entraînais pour ce sort, et je suis venu jusqu’à toi. Je t’ai entendu dire que tu étais faite pour tuer. Tu l’as reconnu."
"J’étais dans un moment de haine. Ça ne compte pas… Quand le meurtrier de Joseph a été pendu, j’ai eu la nausée."
"Bah, avec ton nouveau métier, tu seras forcée de tuer quelqu’un de tes propres mains, un jour ou l’autre. Là, tu verras."
"Toi, tu as déjà tué quelqu’un ?"
"Oui."
Elle ne préféra pas s’enquérir des détails. Cela la révulsait assez comme cela.
"Tu vas t’ingérer dans mes pensées souvent ?"
"Oui… j’ai promis à Jourdain de le tenir au courant de ce qui se passait à Lysence. Le Cheik n’a plus confiance en son ambassadeur : Al’Dars est trop amoureux de Naïade pour être partial. Sauf si tu me demandes d’arrêter, je trouverai bien quelqu’un d’autre qui ne per-cevra pas ma présence. Toi, tu le sauras trop vite, si je suis dans ta tête."
"Alors ne le fais plus. S’il-te-plaît."
"D’accord."
Et la présence de Phaéton disparut. Nivelle éprouva une forte envie de pleurer : jamais elle ne s’était sentie aussi proche de lui, alors que des lieues et des lieues les séparaient l’un de l’autre.
Puis elle se ressaisit. Elle descendit dans le parc pour rejoindre Irina et les autres. Il allait bien falloir organiser le pèlerinage de Naïade, et elle avait comme l’idée que cela allait leur échoir. Un voyage de l’héritière du trône devrait être pourvu d’une sécurité à toute épreuve…
En effet, le Commandant Sevestre avait déjà transmis des ordres, et comme les quatre élèves d’Irina avaient déjà prouvé qu’ils faisaient partie des meilleurs éléments de l’armée ils furent vite désignés pour escorter personnellement la princesse…
Nivelle était la seule à ignorer que la tombe de l’Unificateur se trouvait sur l’île Jeanne, un petit bout de territoire à égale distance des côtes lysentines et falaisiennes et donc assez contesté, mais comme ce nom revenait fréquemment dans les conversations elle en déduisit qu’il s’agissait là de leur destination finale.
Davi, Bertaut, Agace et Nivelle assistèrent à un conseil militaire, en compagnie des plus grands généraux du royaume et du Commandant Sevestre, pour élaborer précisément le plan de route. Ils devaient être les seuls au courant, même Naïade devait ignorer les détails des étapes du voyage. Ils se sentirent tous quatre investis d’une mission réellement importante, la première de cette conséquence, et firent de leur mieux pour écouter et participer au conseil, affichant tous une concentration intense. On craignait une attaque des séparatistes, voire même une incursion falaisienne dans le territoire –on ne savait jamais ce qui pouvait passer par la tête de ces barbares.
Le départ fut fixé après que tous les différents Seigneurs et représentants du peuple eurent quitté la capitale, ce qui l’amena aux derniers jours du printemps.
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15 mai - 1er juin : internet par très grande intermittence ... !

Les Trois erreurs de la Reine
Les Sillages
Cristal est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 13/09/2006, 19h08   #81