Baldur's Gate et Dragon Age | La Couronne de Cuivre
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La Grande Bibliothèque Impériale
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Vieux 27/01/2006, 17h58   #26
gogorafido
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Et dire que je pensais que c'etait la suite alors que c'était que du flood.


That's just too sad. :snif:
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Vieux 30/01/2006, 20h54   #27
Mekren le maudit, Aventurier
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Nooon, un peu en retard quand même :rigoler: .
Enfin, ça valait le temps d'attendre . On a beau rester dans une histoire de "magiciens" relativement simple (prescience, lecture de pensées et zoulis éclairs), on prend pas mal de plaisir à te lire.
En fait, j'ai une impression de simplicité bien huilée et travaillée. Comme si tu avais un squelette de réçit tout préparé, et que tu brodais par autour. C'est assez difficile a exprimer, mais tu fais cela avec talent, pas de doutes là dessus.
Bon, quand je parle de simplicité, il faut savoir que j'ai tendance à aimer les trucs ultratordus et complexes au possible... A, le cycle d'Ambre :love: ... Donc, ce qui est simple pour moi relève d'une intrigue certes classique mais pas de la réutilisation de clichés éhontée.
Un bon travail donc, je suis ta production avec intérêt .
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Vieux 31/01/2006, 08h31   #28
Cristal
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merci beaucoup pour ce commentaire : il met bien en lumière le problème de cette histoire. je n'ai pas essayé d'inventer un monde compliqué, complexe plutôt, mais c'était plutôt un travail sur les personnages... c'est pour ça qu'une grande partie de l'histoire peut paraître "hors fantasy" même si au fur et à mesure ça prendra une plus grande part. J'avais lu un article d'une auteur de fantasy, Sarah Douglass il me semble, où elle écrivait qu'un bon roman doit être bien dosé entre les personnages, l'intrigue, le style et l'originalité. J'ai bien peur de manquer d'originalité dans le tas, le style on ne peut pas en être certain... quant aux personnages j'espère que ça ira, c'est le but ! l'intrigue, well, on verra bien ? :notme2:

allez, chapitre suivant, qui justement fait plus la part belle aux relations entre personnages qu'à un gros bond en avant dans l'intrigue...

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6 - Où Nivelle reçoit une première leçon amoureuse

Le Capitaine Digne n’ayant rien à voir avec la disparition du Renégat il n’obtint ni la fin de son exil ni son retour à la capitale, comme ses plus hautes espérances le lui avaient fait miroiter. Dès lors, il fut plus exécrable, maussade et trouble-fête qu’à l’ordinaire et sa mauvaise humeur se décuplait étrangement lorsqu’il se retrouvait en présence du Druide ou de son apprentie. Sa bouche se tordait en un rictus haineux quand il devait leur adresser la parole, ce qu’il évitait toujours quand cela lui était possible. Il ne donnait ses ordres qu’aux chefs de villages et, pour communiquer avec Elios, le Capitaine envoyait des porteurs de messages.
Hormis ces quelques inconvénients qui ne changeaient après tout pas grand chose à sa vie quotidienne, les années s’écoulèrent heureuses pour Nivelle, toujours entre les exhortations d’Elios et les sermons de Joseph, entre le vague à l’âme de sa mère et les rires d’Antonin, de Julie et des autres. Le métier de Druide exigeait efforts et sacrifices qui se révélaient peu à peu. Après sa nuit face à Phaéton, Nivelle prit vite conscience que son apprentissage nécessitait beaucoup plus de travail que de divertissement. Elle restait fermement convaincue que son destin s’accomplirait par cette vocation, cette passion presque, et rien ne pouvait l’écarter de cette route.
À ses chandelles de pâturages avec le loyal Fédère et les moutons et celles des leçons particulières avec Elios, s’ajoutaient désormais les trajets, les va-et-vient où l’envoyait le Druide. Elle allait de village en village faire des commissions, apporter quelque objet de la part du Druide, amener un médicament ou bien acheter un quelconque artefact dont il avait besoin.
Mme Guise s’inquiétait toujours que sa fille fréquentât le Druide, elle ne pouvait concevoir que jamais Nivelle ne serait convertie au culte de l’Unificateur. Une fois, après la fuite d’Hermès, Mme Guise avait voulu enlever les anneaux de Nivelle, mais la jeune fille s’était alors enfuie et avait passé trois jours et trois nuits chez Antonin : Nivelle ne se doutait pas que sa mère ne lâcherait jamais prise… elle-même ne tentait pas de lui montrer que la religion des Druides était tellement plus juste que celle des Prédicants… Ainsi la mère et la fille cohabitaient dans une totale incompréhension, l’une murée dans sa nostalgie et son mal-être, la seconde dans son mépris et sa plénitude, englobées toutes deux par leurs aveuglements res-pectifs.
La formation de Nivelle lui laissait par ailleurs peu de temps pour voir ses amis. Eux aussi étaient entrés, pour la plupart, en apprentissage, Antonin chez le barbier à Tarnac, et Julie chez le pâtissier dans le même village. Nivelle se sentait d’ailleurs jalouse qu’ils puissent passer tant de temps rien que tous les deux, le matin et l’après-midi sur le chemin entre Lourdes et Tarnac. Elios l’avait prévenue, le statut de Druide se détachait des autres professions, l’on y était très solitaire.
Ce jour-là, Nivelle marchait d’un bon pas dans la forêt, en montant vers Ephèz. C’était une belle journée de printemps : à travers le toit émeraude on devinait une étendue lapis-lazuli dépourvue d’impuretés blanchâtres. Elle avançait dans le chemin tracé à force d’allers et retours entre les fougères. Vêtue d’une légère jupe en lin, tissée par sa mère, Nivelle apparais-sait désormais comme une jeune femme. Sa petite taille l’empêchait de prétendre à une beauté absolue, cependant elle irradiait de bonne humeur et cela suffisait à la rendre plus séduisante que toutes les jeunes filles de la région.
Elle arriva à Ephèz, saluée par tous ceux qu’elle rencontrait, lui rapportant en mémoire un agréable souvenir : l’an passé, elle était arrivée dans ce même village, pour une commission à la demande d’Elios. Le chef du village avait accouru vers elle pour l’amener au chevet d’un jeune homme transpirant de fièvre.
- Tu es l’apprentie du Druide, n’est-ce pas ? Nous n’avons plus le temps de faire appel à Elios. Est-ce que tu peux le guérir ? ! avait débité le chef en un souffle comme s’il avait appris cette harangue par cœur.
Aussitôt, Nivelle s’était sentie trembler. On lui demandait de sauver la vie d’un homme, de prendre une décisions et d’accepter une responsabilité… Elle n’avait cependant pas hésité : elle avait examiné le malade et la cause de la fièvre étant une blessure infectée, avait préparé le baume et la potion adéquats. Le jeune homme avait recouvert la santé et Nivelle, par la même occasion, acquis dans les esprits son statut d’apprentie.
Nivelle sourit poliment aux hochements de tête qui la suivirent jusqu’à la boutique du forgeron. Le forgeron d’Ephèz était réputé dans tout le royaume, il forgeait même jusqu’aux armes du roi, et malgré d’incessantes propositions il préférait demeurer dans son village natal. Nivelle venait récupérer un nouveau chaudron pour Elios, l’ancien s’étant percé lors d’un mélange un peu trop approximatif.
Comme la porte grande ouverte l’y invitait gentiment, elle entra dans la boutique.
- Bonjour, s’annonça-t-elle pour ne pas surprendre l’homme qui maniait des tiges rougies par l’extrême chaleur du feu, tout entier tourné vers l’âtre.
- Bonjour, fit-il en se retournant.
Ce n’était pas le forgeron mais un jeune home dont l’âge dépassait à l’évidence la vingtaine d’années.
- Maître Karles n’est pas là… dit-il, hésitant, comme s’il était aussi surpris qu’elle de se trouver là. Je peux vous aider ?
- Je viens chercher le chaudron pour Elios le Druide, dit-elle, amusée par son trouble. Maître Karles m’a dit qu’il serait prêt pour aujourd’hui.
Une expression consternée envahit peu à peu le visage du jeune homme, il manqua de porter la main à son front mais se rappela au dernier moment qu’il tenait une barre de métal brûlant et se ravisa.
- J’avais complètement oublié !
Il posa ses outils et s’essuya les mains sur son tablier.
- Je vais le finir tout de suite, et je vous l’apporterai… où vivez-vous ? demanda-t-il.
- À Lourdes, mais ce n’est pas la peine, je…
- Si, si, l’interrompit-il. Ainsi j’aurai l’occasion de vous revoir…
- Je ne crois pas valoir le courroux de votre Maître ! rit Nivelle. On le dit prompt à la colère ! Je préférerai rester ici et attendre que vous ayez terminé, si ça ne vous dérange pas, bien entendu.
- Ça ne me dérange pas, si l’on met en pratique le tutoiement, dit-il, gagné par la bonne humeur et l’aise de Nivelle.
- Très bien, sourit-elle, je m’appelle Nivelle. Tu es ?
- Olivier Tombedebout. Je viens de Vinicia.
La capitale. Nivelle eut un imperceptible mouvement de recul. La ville. La seule chose qu’elle eût retenu de sa mère : la ville –et ses habitants- lui évoquaient un danger d’autant plus pernicieux qu’il n’était pas tangible. Sans compter que c’était en ville que sévissaient les Prédicants. Elle maintint cependant son sourire, tant bien que mal.
L’apprenti forgeron ne se révéla pas aussi effrayant qu’elle l’avait imaginé. Tout d’abord il ne lui fit aucune remarque sur ses anneaux de Centaure, alors qu’elle s’y attendait. Ensuite sa conversation, au fur et à mesure de la finition du récipient, s’avéra gaie, agréable, diverse…
- J’ai l’impression que vous vivez au ralenti, dans vos villages perdus dans la montagne, lança-t-il alors qu’il avait presque terminé.
- Mais en réalité c’est parce que tu vis en accéléré dans ta grande ville, répliqua Nivelle souriante.
À ce moment, Maître Karles rentra bruyamment dans l’atelier. La nuit tombait à peine.
- Nivelle ! la salua-t-il, légèrement étonné de la voir. Le chaudron ? Il se tourna vers son apprenti.
- Ce n’est pas encore prêt ? gronda-t-il.
- Ça y est ! fit Olivier, triomphant.
- Montre-moi ça, dit le forgeron. Il inspecta l’objet, à peine refroidi, puis le rendit au jeune homme. Du bon travail, mais la prochaine fois ça n’a pas intérêt à être livré en retard ! Pour la peine, raccompagne la demoiselle jusque chez elle, et tant pis pour toi si tu te perds au retour !
Nivelle allait protester contre cette sévérité, mais par-dessus l’épaule du Maître, Olivier fit de grands signes lui indiquant de se taire. Elle paya donc Karles et s’en alla avec Olivier à ses côtés.
- Je ne sais pas si tu vas retrouver ton chemin… On n’y voit rien la nuit dans la forêt, dit-elle.
- Tu n’aurais pas eu peur de rentrer toute seule ? demanda-t-il, à la fois sérieux et taquin.
- J’ai un bon moyen pour m’éclairer et faire fuir les loups, confia-t-elle.
- Parce qu’il y a des loups ? Il tenta de masquer l’inquiétude dans sa voix.
- Et oui… mais ne t’en fais pas, ils ne s’attaquent pas aux hommes, précisa-t-elle, assez amusée de sa réaction.
- Euh… c’était quoi ton moyen ? fit-il comme ils quittaient le village et entraient dans la forêt.
Assez fière d’elle, Nivelle marmonna quelques mots, incompréhensibles aux oreilles pro-fanes d’Olivier, accompagnés d’une gestuelle complexe. Trois flammes jaillirent aux creux de sa paume droite. Elle avait mis tant de temps à maîtriser ce sortilège : à présent elle le conju-rait aussi bien que… qu’un certain garçon.
- Impressionnant, souffla-t-il. Il resta silencieux un moment. Puis :
- Si tu veux, je connais une bonne manière pour se réchauffer… C’est presque de la magie…
Il lui prit sa main libre et l’attira à lui, puis, après une légère hésitation, l’embrassa. Elle se laissa faire avec tendresse.
- C’est moins compliqué que mes grimaces, commenta-t-elle lorsqu’il eut desserré son étreinte. Et bien plus agréable…
- Nivelle ! s’exclama une voix dans l’obscurité.
Ils se retournèrent. Nivelle tendit sa main enflammée en direction de l’appel. Elle avait de toute façon reconnu la voix.
- Antonin ? fit-elle, s’avançant et lâchant les bras d’Olivier.
Son ami sortit d’entre les arbres.
- Comme tu ne venais pas, Elios m’a envoyé te chercher, expliqua Antonin, une étrange colère dans la voix. Je vois qu’il n’aurait pas dû se donner la peine.
- Je viens, assura Nivelle. Elle prit le chaudron qu’Olivier avait posé à terre. Merci d’avoir voulu me ramener, dit-elle à ce dernier. Ce n’est plus la peine. Au revoir, conclut-elle avec gentillesse.
- Au revoir, dit l’apprenti forgeron.
Il fit demi-tour vers Ephèz, tandis qu’Antonin et Nivelle prirent le chemin de Lourdes.
Après un long moment de gène, Antonin lâcha :
- Passe-moi le chaudron, je vais le porter.
- Merci, fit-elle en lui donnant.
- Mais c’est qui ? explosa alors le jeune homme. Comment le connais-tu ?
- C’est l’apprenti de Maître Karles, dit calmement Nivelle, aussi surprise par sa propre réaction que par celle d’Antonin. Il vient de Vinicia.
- De la ville. Un Ouestien ! cracha-t-il. Tu avais besoin d’exotisme ? !
- Peut-être, admit Nivelle.
Cette réponse coupa court aux désobligeantes remarques qu’Antonin comptait encore répandre. Il se tut, et Nivelle jugea cette solution préférable à toutes celles qu’elle pouvait envisager. Ses pensées se résumaient en cet instant précis à deux idées : elle avait embrassé un inconnu et Antonin s’en montrait jaloux. Deux choses totalement inattendues qu’elle n’aurait pu ni imaginer ni prévoir ce matin en quittant son lit.
Ils passèrent à la cabane d’Elios, où Nivelle déposa le chaudron et expliqua le motif du retard. Antonin laissa échapper un grognement pendant ses explications. Croyait-il qu’elle mentait et qu’elle avait perdu son temps avec Olivier –ce qui s’avérait vrai en un sens- ? Probablement.
Une partie de sa conscience se souciait peu de la réaction d’Antonin : en quoi cela le regardait-il qu’elle embrasse un garçon ? Sans doute Antonin aurait-il fait preuve d’autant de jalousie Nivelle s’était entichée d’un garçon venant des Monts Tannés. Malgré cela à un autre niveau de sa conscience, niveau plus retiré mais résonnant tout de même étrangement fort à son esprit, Nivelle ne pouvait supporter la tristesse et les reproches de son meilleur ami.
Ils remontèrent vers le village. La maison d’Antonin se situait au plus proche de la forêt. Nivelle murmura un bonne nuit mais sûrement ne l’avait-il pas entendu. Il claqua la porte et les quelques personnes encore présentes dans l’unique rue du village le remarquèrent. Nivelle courut presque jusque chez elle, salua à peine sa mère et s’enfonça dans son lit, suppliant le sommeil de se dépêcher ce soir-là. Elle ne voulait pas réfléchir.
Le lendemain matin, lorsqu’elle alla chercher ses moutons, Antonin l’évita délibérément. Elle préféra ne pas y penser. La journée s’annonçait radieuse, elle détacha Fédère qui aboya de satisfaction, regroupa les bêtes et commença la courte ascension jusqu’au plateau de pâturage.
Une fois arrivée, elle s’assit au pied du grand pin et s’attacha à réviser le sortilège qu’elle apprenait avec Elios en ce moment. C’était un sort de combat, avec lequel elle se sentait mal à l’aise, mais le Druide insistait, disant qu’il lui serait utile.
Cependant, elle avait beau essayer de se concentrer, son esprit dérivait inlassablement vers le comportement d’Antonin et même, peu à peu, vers de vieux souvenirs… Phaéton… Il avait hanté ses rêves des mois durants. Elle se surprit à vouloir le revoir, à lui parler. Bien qu’il ait voulu la tuer sans états d’âme. Son visage s’imposait à elle, tout à fait intact malgré les années passées depuis leur rencontre. Tout aussi étrangement, elle avait la certitude qu’il pensait à elle.
Elle ignorait la nature de ce lien, et tout ce qu’elle pouvait conjecturer à son propos lui paraissait irrationnel. Elle ne pensait même plus à en parler à Elios. Il avait à chaque fois découragé ses inquisitions en ce sens.
Elle avait relégué Olivier au fin fond de ses pensées, aussi fut-elle doublement surprise en le voyant peu à peu apparaître, gravissant la pente de la montagne, essoufflé.
- Et tu fais ça tous les jours ? s’enquit-il en guise de salut. Je n’aimerais pas être à ta place !
Le vieux Fédère s’approcha de lui avec méfiance mais Nivelle le renvoya à ses moutons.
- À force, j’ai acquis de l’endurance… Tu n’es pas ici par hasard… fit la jeune fille. Comment as-tu su que j’étais là?
- Tu m’as dit hier que tu gardais les moutons sur le plateau du Pin… je n’ai eu qu’à demander mon chemin.
- Maître Karles t’a permis de quitter ton travail ? Je le connaissais plus sévère que ça ! s’étonna-t-elle, tout en l’entraînant au pied de l’arbre solitaire.
- En fait, comme je… je m’en vais demain, je rentre à Vinicia, il m’a laissé ma journée.
- Tu t’en vas demain ? répéta Nivelle, la voix plus concernée qu’elle ne l’aurait voulu.
- Oui, donc j’ai voulu en profiter pour te voir.
Il se rapprocha d’elle pour l’embrasser. Elle se blottit contre lui. Des sensations inconnues l’envahissaient. Elle n’avait jamais lu d’autres choses que les grimoires d’Elios, et ignorait donc les romans d’amour courtois que l’on dévorait avec ferveur à la cour. Tout ce qu’elle comprenait se résumait au fait qu’elle ne connaissait Olivier que depuis une journée. Et qu’il l’avait embrassée. Et elle aimait ça… Elle avait déjà vu sa mère et son père adoptif s’embrasser, longtemps auparavant. Toutes les femmes connaissaient-elles cette chaleur, ces frissons ?
La main d’Olivier passa autour de sa taille.
- Il y a du monde qui vient par ici ?
- Le Capitaine Digne qui revient de sa ronde, peu avant le soir… Pourquoi… ?
Olivier se contenta de sourire : « tu me fais confiance ? » demanda-t-il.
- On se connaît à peine, non ? dit Nivelle en haussant les sourcils. J’aimerais deviner où est-ce que tu veux en venir, ajouta-t-elle avec un sourire qui démentait la méfiance de ses premiers mots.
- Tu vas peut-être deviner… murmura Olivier en se penchant vers elle.

Quand le soleil atteignait son zénith, Nivelle reboutonnait sa chemise, sous l’œil étonné du chien, et devant le regard attendri d’Olivier.
- Qu’en penses-tu ? demanda enfin celui-ci.
Elle l’embrassa pour toute réponse. Elle se tut un moment, paraissant réfléchir.
- Je ne suis pas amoureuse de toi, dit-elle sérieusement, mais avec une expression résolument enfantine qui marqua Olivier –elle n’avait pas quinze ans après tout.
- Mais… je sais… moi non plus ! Tu crois qu’il faut être amoureux pour ce que l’on vient de faire ? demanda-t-il avec douceur.
- Maintenant, je peux dire que non, répondit Nivelle sur le même ton.
- Tu sais, commença Olivier, je vais te donner mon adresse à Vinicia. Si jamais tu viens jusque là-bas, passe me voir.
À nouveau elle marqua un silence, qu’Olivier respecta.
- Mais tu sais que normalement, je ne quitterai jamais les Monts Tannés ! Je vais devenir la Druidesse de la région. Je devrais rester là. Ça veut dire que je ne te reverrai jamais…
- Est-ce que tu auras envie de me revoir ? interrogea le jeune forgeron en la serrant contre lui.
- Bien sûr, sourit Nivelle, sa gravité envolée.
Leur journée passa rapidement. Ils discutèrent bientôt comme deux anciens amis. Olivier lui donna une leçon d’escrime, avec l’épée qu’il portait accrochée à sa ceinture par habitude. Il passèrent le temps entre les fous rires et les baisers. La soirée arriva. Nivelle commença à rassembler les bêtes sous l’œil amusé d’Olivier qui n’avait jamais vu ces animaux qu’en tranches découpées au marché du mercredi matin. Ils s’attardaient à bavarder, et le Capitaine Digne, chevauchant son éternel étalon pommelé, les surprit en train de s’extasier sur la vue que l’on avait du haut du plateau, main dans la main.
- Bonsoir, lâcha-t-il de sa voix glaciale, sans esquisser un geste ou un sourire qui à l’ordi-naire accompagnaient ce genre de politesses.
La rancune que vouait le Capitaine à Nivelle paraissait aussi immuable que le cycle du soleil dans le ciel lysentin.
- Bonsoir, répondit Nivelle qui se sentait d’assez bonne humeur pour lui adresser la parole.
Elle éprouvait envers le Capitaine Digne une haine au moins égale à celle qu’il lui consacrait. Elle avait fini par comprendre que bien que chargé de la sécurité de la région il laisserait brûler tous les villages si cela lui avait assuré un retour pour la capitale.
Ils n’échangèrent pas d’autre mot. Il poursuivit son itinéraire journalier, au pas, très lentement, comme s’il savait qu’ils profitaient de leurs dernières secondes à vivre ensemble et faisait exprès de leur gâcher leurs précieux instants.
Finalement, l’arrière-train de son cheval pommelé disparut dans la descente et Olivier dit :
- Je te raccompagne chez toi. Après je vais devoir te laisser…
Nivelle acquiesça. Il était dommage, pensait-elle, qu’elle ne dût jamais le revoir. Cependant, son cœur n’était pas encore ouvert, pas encore demandeur d’amour comme l’avait été celui de sa mère. Peut-être l’aurait-elle suivi dans ce cas. Mais leurs habitudes sans doute différaient trop. Déjà les problèmes de religion se posaient alors qu’elle cohabitait avec sa propre mère, alors vivre au quotidien aux côtés d’un homme qui somme toute lui était étranger… De plus, elle savait bien qu’Olivier ne lui manquerait pas, elle ne regretterait pas sa présence. Elle n’avait besoin que de l’enseignement d’Elios, des reproches de Joseph, et d’un peu d’affection quand elle se trouvait avec ses amis. Elle existait, détachée des êtres. Une seule personne pour l’instant était capable d’occuper ses pensées plusieurs chandelles d’affilée : Phaéton.
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Vieux 31/01/2006, 12h47   #29
gogorafido
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Hé Hé,

Décidemment les Nivelle mère et fille couchent facilement!

Et sinon j'insiste.

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Vieux 31/01/2006, 18h14   #30
Mekren le maudit, Aventurier
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Nggg...
Avis mitigé. A la fois un peu trop rapide, et bien mené. Je trouve, en fait, que la réflexion sur l'inexistence d'amour entre les deux jeunes gens aurait du être plus étalée sur le temps qu'a duré leur courte relation. Là, ça fait un peu coup-de-foudre-ah-mais-non-ils-ne-s'aiment-pas-hop-tout-est-bien-qui-finit-bien-on-passe-à-la-suite. En fait, c'est bien, mais trop court, à mon avis. Ca aurait mérité une rencontre de plus entre la première et la dernière.

Sinon, dans les défauts (assez rares quand même, ne t'inquiètes pas), je compte juste une oute petite phrase, qui fait quand même sévèrement cliché:
Citation:
cependant elle irradiait de bonne humeur et cela suffisait à la rendre plus séduisante que toutes les jeunes filles de la région
Un peu too much, quand même. Je sais que c'est un réflexe d'auteur de faire des personnages beaux ou séduisants, mais il vaut mieux éviter de faire de son héroïne la PLUS séduisante de la région, ça fait un peu lourd. Enfin, ça c'est juste mon impression personnelle.

Citation:
je n'ai pas essayé d'inventer un monde compliqué, complexe plutôt, mais c'était plutôt un travail sur les personnages...
C'est quelque chose qui arrive à tous ceux qui touchent la plume. De l'originalité, du style, de l'intrigue ou des personnages, tout auteur a tendance à en privilégier le ou les points qui le touchent le plus, et de laisser parfois un peu les autres decôté. Mais ne te focalise surtout pas là dessus, c'est le genre de défauts qu'on gomme plus tard, lorsqu'on a fini son texte et qu'on en a une vue d'ensemble (moi c'est l'univers que je vais devoir retravailler, parce que je me concentre très beaucoup sur mes personnages et sur mon intrigue...)
Bonne continuation, en tout cas.
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Vieux 31/01/2006, 19h01   #31
gogorafido
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Gub,

je te rejoins pas trop sur ce coup la Mekren.

Je trouve ca pas mal que ca se passe assez vite. Ca se produit parfois comme ca dans la vrai vie.

Genre je me retrouve avec une nana sans trop savoir pourquoi juste parceque j'ai envie de me sentir désiré. (ou autre motivation ou absence de motivation d'ailleurs).

En plus, Nivelle on ne peut pas dire qu'elle soit du genre à se poser trop de questions...

Je trouve que ca va pas mal au style de crystal (qui est certes aux antipodes du tien mais qui se défend bien).

A la réflexion, c'est plus le "J’aimerais deviner où est-ce que tu veux en venir" qui ne colle peut être pas.

Nivelle, elle garde quand meme des moutons, elle vit dans un village avec plein de betes... et quoi qu'on en dise, les betes, c'est la nature... hé bon il se peut que du coup... elle ait quelques notions de la chose...
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Vieux 31/01/2006, 20h00   #32
Mekren le maudit, Aventurier
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Citation:
je te rejoins pas trop sur ce coup la Mekren.
Gne sais, suis trèès personnel dans mes appréciations . Je suis d'ailleurs d'accord avec toi sur le fond, les rencontres dans la vraie vie sont parfois du même acabit, et ce n'est pas vraiment gênant, somme toute. Mais je suis un adepte de l'introspection forcenée (tu me connais ), donc je préfère quand même une pointe de développement en plus. Oh, pas grand chose, une petite vingtaine de lignes en plus suffiraient, je pense.

Mais c'est vraiment peu important, et je ne pense pas que cela aura une grande influence sur l'oeuvre finale :eye: .
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Vieux 31/01/2006, 21h08   #33
gogorafido
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hé hé

Mais on est tous très personnels dans nos appréciations.

Je sais que tu es un adepte de l'introspection forcenée et justement j'apprécie la diversité avec l'oeuvre que nous offre Crystal. :fleur:
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Vieux 01/02/2006, 08h16   #34
Cristal
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ça fait tellement plaisir de vous voir discuter autour de ça :blush: !!! merci pour vos commentaires :fleur:
well je suis d'accord avec vous deux à la fois en fait : je me rends compte qu'en effet c'est trop rapide pour une analyse fine et psychologique et personnages, mais en même temps Nivelle n'est pas très fine à ce niveau-là ! elle apprend... !
Chapitre 7, c'est encore très champêtre... mais c'est pour pouvoir mieux marquer une rupture avec la deuxième partie (qui arriver dans quelques chapitres).
Bonne lecture

7- Où l’on confirme que la colère est mauvaise conseillère

Phaéton savait. Il avait dépassé son Maître. Cette vérité résonnait dans sa tête et devenait douloureuse à présent. Qu’allait-il devenir, sans guide ? Il ne se sentait pas prêt. La colère s’éveillait en lui, tendait ses muscles, emplissait son cœur. Phaéton avait eu confiance en cet homme, il avait quitté sa famille pour le suivre, persuadé qu’il apprendrait à connaître le monde à ses côtés. Or, après quelques années –si courtes, si rapides- Phaéton maîtrisait mieux que son Maître le savoir et les connaissances qu’Hermès lui-même lui avait inculquées.
Sur quoi, contre qui retourner cette colère et cette angoisse ? Il pouvait le tuer. Phaéton se retourna. La nuit était noire, l’obscurité aussi totale au-dessus des arbres qu’en dessous. La Nature l’oppressait alors qu’il aurait dû s’y sentir en sécurité selon les préceptes des Centaures. Allongé près du feu, le Renégat dormait, sa poitrine se soulevant et s’abaissant, accompagnée à chaque aller-retour de légers soupirs. Une irrépressible envie de lui cracher à la figure s’empara de Phaéton. Comment un homme qu’il avait tant admiré pouvait se révéler aussi médiocre ? Son mépris et sa rage devaient s’exprimer d’une façon ou d’une autre. Il dirigea son regard vers ses mains : elles lui permettaient de détenir un pouvoir tellement… immense ! Il l’avait découvert quelques jours auparavant et ressassait depuis lors des pensées épouvantables, mauvaises. Si jamais Hermès venait à se rendre compte de l’immensité du pouvoir de son apprenti, soit il chercherait à s’en emparer –mais n’y parviendrait pas et mourrait- soit prendrait peur et s’enfuirait. Dans les deux cas le jeune homme se retrouvait seul. Avec une magie dont il ne savait que faire… pour l’instant.
La question est peut-être là, se dit-il. Tout m’est possible. Mais qu’est-ce que je veux ?
Il sourit. Il s’était posé la bonne question. Il savait très bien ce qu’il voulait. Et pour cela, mieux valait être seul. Il laissa son esprit vagabonder un long moment, un sourire avide toujours suspendu à ses lèvres fines. Puis il se ressaisit. Il rassembla ses affaires dans son baluchon, jeta un dernier coup d’œil au pathétique endormi, et prit ensuite la route vers les Monts Tannés à la recherche d’un souvenir qui ne l’avait jamais quitté.

Nivelle claqua la porte de la petite maison si fort qu’elle crut entendre les murs trembler. Un cri étouffé de sa mère lui parvint aux oreilles, mais il était hors de question qu’elle rentre pour s’excuser. Sa mère avait vraiment tout fait pour la pousser à bout. Qu’est-ce qui lui avait pris de parler des Prédicants ? Nivelle laissa échapper un sifflement de dédain. Elle s’avançait à grands pas vers la maison d’Antonin, décidée à se vider l’esprit.
« Les Prédicants savent ce qui est juste. Ils sont loyaux au Roi ». Comment cette conversation avait-elle débuté, déjà ? Elle ne parvenait pas à s’en souvenir. Peu importait. « Les Centaures n’existent pas ». Les paroles de sa mère lui faisaient honte. Est-ce que Mme Guise pensait réellement de telles insanités ? Nivelle voulait calmer sa colère, Elios lui avait appris à le faire, mais à chaque inspiration son indignation montait d’un cran. Elle se prit à étendre sa colère jusqu’au Druide et ses méthodes absurdes. Elle avait l’impression que sa colère l’infantilisait, n’était qu’une puérile rébellion. Elios lui avait depuis longtemps enseigné comment se maîtriser.
Elle parvint au paillasson d’Antonin. Elle ragea contre le village, pourquoi était-il si petit ? Elle avait besoin de poursuivre ses réflexions. Qu’espérait sa mère en mettant ce sujet sur le tapis ? Pensait-elle encore pouvoir convaincre, ou convertir Nivelle, après toutes ces années ? Après tout, c’était Mme Guise qui avait accepter de la confier au Druide en premier lieu. … c’était ridicule. Méprisable. Agaçant.
Elle frappa à la porte pour signaler sa présence. Personne ne répondit. Elle entra –aucune porte n’était jamais fermée à Lourdes.
- Antonin ? Tu es là ? c’est Nivelle.
La maison d’Antonin possédait deux pièces de plus que la sienne, car la famille Poque comptait sept ou huit membres.
Nivelle entendit un léger cri, venant de la chambre à coucher de toute la famille, quelques chuchotements paniqués suivirent.
- Il y a quelqu’un ? demanda-t-elle à nouveau, les restes de sa colère se ravivant peu à peu. Quelqu’un se trouvait là et ne lui répondait pas. On l’excluait de quelque chose, de la même façon que sa mère refusait de communiquer en brandissant sa religion comme un bou-clier.
Nivelle avança dans la pièce voisine, la pièce principale. Elle entendit des froissements de tissus. Elle passa dans la chambre, leva la tête : dans la mezzanine, elle vit Antonin et Julie allongés côte à côte, une couverture masquant en partie leurs corps nus. Le choc de la rencontre les laissa tous trois sans voix un moment.
- Combien… ça fait combien de temps que vous… que vous vous voyez ainsi ? lâcha enfin Nivelle.
- Qu’est ce que tu fais ici ? ! tonna violemment Antonin. Qu’est ce que tu fais là ? !
Nivelle ouvrit la bouche, à nouveau choquée. Jamais, en quinze ans, Antonin n’avait jamais employé un tel ton, en tout cas jamais en s’adressant à elle. Ils s’étaient bien disputés, assez régulièrement même, et en particulier au sujet d’Olivier… mais ces quelques mots, somme toute anodins et légitimes, atteignirent son cœur déjà endolori. En d’autres circonstances, elle se serait laissée aller à pleurer, criant qu’elle était désolée, cependant la colère qui bouillait en elle depuis le début de la soirée la poussait dans une direction opposée.
- Tu ne le diras à personne, n’est-ce pas ? la supplia Julie comme Nivelle s’apprêtait à répondre.
Malheureusement pour Julie, l’irritation de Nivelle se retourna contre elle.
- Que crois-tu ? s’indigna l’apprentie d’Elios. Tu crois vraiment que je vais m’empresser de sortir d’ici et de raconter ce que j’ai vu à ton père ? Tu crois que j’ai envie que vous soyez tous les deux envoyés dans des villages à l’autre bout des Monts ? Tu crois que je n’ai rien appris de ce qui est arrivé à ma mère ? Ou alors tu penses que je suis jalouse, peut-être ! Que je ne pense qu’à moi ? Toi qui n’as jamais été capable d’aligner trois mots de plus de deux syllabes !
- Nivelle ! souffla Antonin, d’un ton maintenant surpris, quasiment effrayé.
Elle avait entendu et se tourna vers lui. Son courroux n’était nullement apaisé par cette première explosion. Julie ne méritait pas que l’on perde du temps à lui crier dessus, elle ne réagissait pas assez ; il était impossible d’exprimer sa hargne si on ne rencontrait pas de réaction afin de justifier son emportement.
- Je m’en vais, déclara Nivelle en un ultime effort pour se contrôler. Vous avez mieux à faire, et moi aussi.
Elle claqua la porte en sortant. Son exaspération semblait ne pas pouvoir gagner davantage en intensité. Elle ne s’était jamais sentie plus tendue, plus pleine de ressentiment qu’en cet instant. Etait-ce de sa faute si elle les avait surpris ensemble ? « Qu’est-ce que tu fais là ? ! » Cela faisait quinze ans qu’ils entraient dans les maisons les uns des autres, tou-jours prêts à passer du temps à plusieurs ! Comment pouvait-il réagir ainsi, lui qui n’avait pas supporté d’entrevoir un seul baiser avec Olivier ? Julie et Antonin… qu’est-ce qu’il pouvait lui trouver ? Pas trois jours plus tôt, ils riaient encore tous deux de la bêtise de Julie, en revenant du moulin, Nivelle s’en souvenait parfaitement.
Des images d’Olivier s’imposèrent à ses pensées, et elle voulait qu’il la serre dans ses bras. Elle ne savait pas avec qui parler. Elle n’avait rien à faire. Elle ne devait pas garder les moutons aujourd’hui, ce n’était pas la saison, elle n’avait pas de vêtement à repriser, pas de course à faire pour Elios et elle ne devait rejoindre celui-ci que dans une chandelle. Nivelle n’avait pas l’habitude d’un tel désœuvrement. Entre-temps, elle ne fit donc qu’entretenir ses foyers de frustration et de rancœur, espérant toutefois que la compagnie d’Elios et de Joseph orienterait différemment son état d’esprit.
Nivelle se rendit à la cabane d’Elios, frêle esquif isolé, toujours droit et irrémédiablement solide, c’était à se demander s’il ne tenait pas sur pied par magie. Son refuge. Là, sûrement, elle allait trouver un peu de paix.
Elios lui ouvrit, et Joseph l’accueillit en se frottant contre ses chevilles dénudées.
À peine fit-elle un pas dans la petite pièce qu’Elios lui demanda ce qui n’allait pas.
Aussitôt, les espoirs de Nivelle s’effondrèrent. Tous voulaient donc l’exaspérer aujourd’hui.
- Tout va bien, dit-elle, forçant un sourire sur ses traits.
- Vraiment, rit Joseph. La colère qui émane de toi hérisse mes poils malgré moi.
- Toi, le chat, j’aimerais ne pas t’entendre ce soir, grommela-t-elle.
Elios fronça les sourcils.
- Que t’arrive-t-il ? Quel manque de respect !
- Désolée…
Il la regardait sévèrement. Elle baissa les yeux, maudissant l’autorité qu’il avait sur elle. C’était la première fois qu’elle se sentait aussi réticente à l’écouter. Elle n’avait pas envie de lui obéir, elle n’avait pas envie de rester là. Elle voulait partir.
Elios lui donna une potion à préparer. Elle s’attela à sa tâche en silence, ruminant ses désagréables pensées, sentant toujours les yeux attentifs du Druide et de Joseph sur elle. Au bout d’un moment, Elios leva son nez arqué de son grimoire, se mit debout, traversa la petite pièce pour arriver à côté d’elle.
- Je ne sais pas ce que tu as ce soir. Mais tu sais comme moi que pour les activités druidiques, une paix de l’esprit est absolument indispensable. Regarde, tu t’es déjà trompée deux fois. Je finirais moi-même, tu peux partir.
- Non, non, il n’y aucun problème. Je vais le faire.
La sollicitude d’Elios l’agaçait –pour qui se prenait-il ? et la contradiction de ses propres sentiments l’énervait plus encore. C’était comme si un élément extérieur venait prendre contrôle de toutes ses émotions et l’empêchait de réfléchir correctement. Comme si une force modelait ses lèvres pour parler à sa place.
- Nous n’avons pas à subir ta mauvaise humeur, dit Joseph brusquement. Va-t’en.
- Je me demande comment vous faites pour supporter la sienne, railla Nivelle, s’adressant à son Maître.
- Je te demande de rentrer chez toi, Nivelle, dit Elios du ton calme qui signifiait clairement son déplaisir. Tu ne te rends même plus compte de ce que tu dis, tant la colère t’aveugle. Je t’ai déjà prévenue contre la colère. Elle empêche toute autre émotion de prendre le dessus, et il ne tient qu’à toi de réfléchir à sa cause et de te calmer !
- Ces tours de vieux sage sont des leurres ! ça ne marche pas ! s’écria Nivelle.
- Sors d’ici, dit Elios plus calmement encore, et ce fut pire que s’il avait crié.
La jeune fille sortit, sans claquer la porte, quelque sanglots lui échappant. Elle ne prit pas le chemin du village, préférant se confronter aux arbres muets qu’au regard vide de sa mère.
Les larmes, enfin libérées, déformaient les arbres et les buissons qui créaient d’inquiétantes silhouettes, des ombres grimaçantes mais Nivelle avait passé l’âge de s’en effrayer. Elios l’avait chassée de chez lui… Avec quel hauteur et quelle irrévérence s’était-elle comportée ! Ses pleurs faisaient autant de bruit que ses pas dans les branchages. Son Maître, son père même… pourrait-il lui pardonner ? Elle leva ses yeux embués. Elle ignorait totalement où est-ce qu’elle se rendait. Une pulsion lui dictait la route à suivre… Elle arriva à la grande clairière, où le crépuscule gagnait de plus en plus de terrain face à la lumière.
- Je savais que tu finirais par venir ici.
Elle s’arrêta aussitôt, s’essuya les yeux. Elle murmura la seule formule d’attaque qu’elle maîtrisait à la perfection : une grande flamme couleur de lune surgit du creux de ses doigts. Cette voix –elle ne pouvait se souvenir à qui elle appartenait- s’associait dans son esprit à une menace.
- Tu n’as rien à craindre de moi, continua l’inconnu d’entre les arbres.
- Montre-toi, lâcha Nivelle prête à faire face à quelque éventualité que ce fut.
De l’autre côté de la clairière, une forme se détacha enfin des troncs dressés vers les étoiles émergentes : c’était un jeune homme. Nivelle distinguait très mal ses traits. Elle avança sa main droite, afin d’éclairer le visage de son interlocuteur.
Le jeune homme était d’une taille raisonnable, mais sans doute avait-il encore quelques centimètres à gagner. Ses cheveux noirs se rassemblaient derrière sa nuque en un chignon défait. Ses immenses yeux noirs fixaient Nivelle avec une lueur de feu, dans un regard ravi et possesseur.
- Tu n’as pas beaucoup changé… Est-ce que tu te souviens de moi ? Je ne crois pas avoir changé non plus…
Sa voix se voulait amicale. Nivelle fronça les sourcils. Elle reconnaissait ce visage, cette voix. Ce sentiment de compréhension, de communion qui l’avait envahie lorsqu’elle avait vu ce garçon, quelques années plus tôt. Des nuits durant, son visage l’avait hantée.
- Phaéton, dit-elle.
- Nivelle, répondit-il avec un sourire.
- Ton Maître est avec toi ? demanda-t-elle sur le qui-vive.
Il secoua la tête. Ils s’assirent sur le vieux tronc creux. Des souvenirs, pas si vieux que ça, revinrent à l’esprit de Nivelle. La magie qui avait explosé hors de leurs corps lorsqu’elle avait frôlé Phaéton… La colère du Capitaine Digne toujours intacte… Les secrets qu’Elios ne lui avait jamais dévoilés…
- Je m’en souviens, moi aussi, dit Phaéton. J’avais promis que je reviendrai… me voilà.
Leurs regards se rencontrèrent. Aucune autre personne dans la vie de Nivelle ne semblait aussi proche d’elle. Ils ne s’étaient vus qu’une fois, ils s’étaient battus, mais Nivelle ne comprenait plus comment, depuis tout ce temps, elle avait pu se passer de sa présence. Elle avait l’impression d’avoir toujours eu envie de lui parler, de lui parler des chandelles durant, de tout lui dire. Et là elle en avait l’occasion –mais elle prit garde de ne pas le toucher.
- Pourquoi es-tu là ? fit-elle doucement, peu désireuse de briser la magie de l’instant. Toute la colère qui bouillait en elle semblait s’être évaporée grâce au seul regard de Phaéton.
- Je dois te parler. J’ai découvert qui nous sommes. Je sais qui nous sommes réellement !
- Pardon ?
Malgré son envie de rester à ses côtés, elle fit un geste pour se lever : ces paroles et ce ton semblaient ceux d’un dément. Mais il lui intima de rester assise pour l’écouter.
- Tu sais que nous sommes identiques tous les deux. Tu l’as compris comme moi, au fond de toi depuis notre affrontement tu l’as toujours su. Nous avons les mêmes désirs. Nous avons le même pouvoir gigantesque. Tu n’as pas oublié notre explosion de lumière ?
- Je n’ai pas de pouvoir ! s’exclama Nivelle. Quand tu savais créer un feu au creux de ta main, je n’avais qu’une misérable flamme ! se plaignit-elle.
- Laisse-moi finir, dit-il avec autorité. Nous avons un destin à accomplir. Nos pouvoirs ne nous ont pas été donnés pour rien. Je sais ce que nous devons faire. Tu peux m’aider… ou rester ici dans ton petit village, ajouta-t-il avec un évident mépris.
Nivelle ouvrit la bouche pour répondre, il fallait bien qu’elle dise quelque chose, mais elle n’osait prononcer un mot de peur de le mécontenter. Elle voulait à tout prix éviter qu’il eut le moindre ressentiment à son égard. Mais malgré ses efforts elle ne comprenait pas ce qu’il lui racontait, elle avait l’impression de parler à un fou.
- Je… je n’ai pas de pouvoirs, articula-t-elle enfin. Toi tu sembles maîtriser la magie si bien, mais c’est comme si je n’avais rien appris depuis dix ans. Si j’avais des pouvoirs, Elios le saurait. Il me l’aurait dit.
- Tu as d’avantage confiance en Elios qu’en moi ? dit-il sans élever la voix, mais Nivelle recula quand même de quelques centimètres, une expression horrifiée sur le visage. En cet instant, elle croyait plus en ce garçon qu’en n’importe qui d’autre.
- Ne t’inquiète pas, c’est normal, dit Phaéton comme s’il avait lu dans ses pensées, ce dont effectivement il était capable. Je vais te prouver qu’il t’a menti. Je vais te montrer la magie enfermée en toi.
Il se leva et se mit debout face à Nivelle. La flamme faisait luire son pâle visage de reflets rougeoyants.
- Tu étais en colère lorsque tu as rejoint ce lieu, n’est-ce pas ? Concentre-toi sur les torts qui t’ont été faits. Regarde l’aveuglement de ta mère, de ton ami, les remarques désobligeantes de ton Maître. Laisse la révolte s’exprimer, ne te laisse pas faire par l’injustice.
Les paroles de fiel s’enfoncèrent dans le cœur de Nivelle, lui faisant expérimenter un sentiment qu’elle n’avait jamais connu jusqu’alors. La méchanceté, l’envie de vengeance. La haine.
Une violente lumière l’éblouit soudain. Elle ferma les yeux par réflexe puis les rouvrit : tout son corps était entouré d’éclairs crépitants. Une énergie immense, semblable à celle libérée pendant leur combat cinq ans auparavant, circulait en elle. Et elle en disposait com-plètement…
- Tu vois… dit Phaéton. Toi aussi, tu l’as…
Nivelle ferma les yeux. Elle voyait, à l’expression du jeune homme qu’elle aurait dû se trouver dans un état d’extase absolue, mais elle se sentait mal à l’aise. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose existait qui ne devait pas être.
- Tu viendras avec moi ? demanda Phaéton, plein d’expectative.
- Que vas-tu faire ? répliqua Nivelle.
La méfiance dans sa voix le surprit. Il fronça les sourcils, il devait choisir ses mots :
- Ce pour quoi nous sommes nés, Nivelle. Je vais faire triompher la religion des Druides. Je vais ramener les Créatures magiques à Lysence et écraser les Prédicants.
- Ramener les Créatures magiques ?
- Oui, continua-t-il, encouragé par son soudain intérêt, nous pouvons faire cela. Je veux aller à Falaise. Rallier leur souverain à ma cause. Nous envahirons Lysence et nous éradiquerons la religion de l’Unificateur. Le sang versé de l’Ordre vengera le sang versé des Druides depuis un millénaire. Notre magie réajustera la balance de la justice, notre royaume reviendra à son équilibre originel… !
Nivelle ne l’écoutait plus. Les éclairs qui l’entouraient disparaissaient peu à peu. Sa conscience lui revenait. Sa colère aussi, mais dirigée vers une nouvelle cible : elle prenait conscience que Phaéton avait voulu la manipuler.
- Ta magie est un poison, dit-elle, tentant de garder son ton posé et serein. Elle est fondée sur de mauvais sentiments. Et je ne peux croire que j’existe pour tuer. Je ne peux tuer quelqu’un.
Le regard de Phaéton se fit plus dur :
- Tu ne peux te nier. Ta nature est de tuer. Tu es faite pour tuer. C’est ce que tu es.
- C’est faux, dit Nivelle.
Leurs volontés, aussi déterminées l’une que l’autre, s’affrontaient.
- Je peux t’apprendre à contrôler ton pouvoir.
- Je n’en veux pas ! C’est un fiel, un venin !
Elle avait presque crié cette fois-ci.
- Si tu n’es pas avec moi, cela signifie que tu marches dans l’autre sens, déclara Phaéton. Que nous devrons nous affronter un jour. Mais cela serait inutile.
- Je sais, souffla Nivelle. Te tuer signifierais ma mort.
Un pesant silence s’installa. Une profonde déception et une grande tristesse s’emparèrent de Nivelle. Elle ne le reverrait plus. Ou bien dans très longtemps.
- Adieu, dit-il, une goutte d’amertume dans la voix. J’espère que nous ne nous croiserons plus à l’avenir.
Elle hocha la tête. Il s’éloigna, sa silhouette disparaissant peu à peu derrière les arbres. La solitude de son âme résonna soudain étonnamment fort. Pourquoi devait-il en être ainsi ? Elle ne ressentait pas de l’amour, non. C’était quelque chose de plus proche, de moins évident. De plus étrange et plus envoûtant encore. De plus dangereux aussi. Elle secoua la tête.
Elle s’engagea sur le chemin du retour. Nivelle se prit à méditer. Qui étaient-ils, Phaéton et elle ? Pourquoi eux ? Il paraissait le savoir, considérait même cela comme une évidence. Avait-il raison en affirmant qu’elle devait tuer ? Les questions s’entassaient, il lui semblait qu’aucun avenir n’était possible tant qu’elle n’y avait pas répondu.
Arrivée à la porte de sa maison, elle soupira. Elle avait l’impression d’avoir traversé deux mondes entiers depuis qu’elle avait claqué la porte cet après-midi.
Jamais je ne parlerai de cette rencontre à Elios. Certainement il connaît la vérité, lui aussi. Mais déjà il a refusé de me la donner il y a cinq ans. Il refusera tout autant demain, et après-demain… Je devrai me débrouiller par moi-même. Il faudra bien que je m’habitue à cela. Je n’ai qu’à oublier ce pouvoir. Oublier. Il n’existe pas, je n’ai pas de pouvoirs…Oublier. Oublier cette nuit. Tout effacer…
Mme Guise dormait. La mère de Nivelle avait dû veiller tard, elle avait dû s’inquiéter. Nivelle prit soin de ne pas faire de bruit, se déshabilla et accueillit le sommeil avec reconnaissance.
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Vieux 03/02/2006, 18h38   #35
gogorafido
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L'adolescence c'est dur ici comme ailleurs.

Je pense qu'il faudrait que tu définisses un peu dans ton monde les relations de la société avec les rapports sexuels.

On a très vite compris qu'en ville ca ne plaisantait pas du tout avec ca.

Apparemment dans les villages ca va mieux puisqu'ils accueillent Nivelle mère sans difficulté (elle épouse meme le chef du village) Nivelle fille dans son enfance n'a aucun PB (elle se fait pas traité de batarde).

Et puis on apprend que si la relation entre les Julie et Antonin s'ébruite, à nouveau, ils vont être chassés du village.

Donc apparemment c'est pas si cool que ca.

Pendant ce temps, tout le monde couche avec tout le monde comme si c'était naturel. Enfin , c'est naturel, mais comme si ce n'était pas prohibé.

D'un coté c'est hyper strict, pire que ca a pu l'être dans les moments les plus stricts de l'histoire européenne, de l'autre on est très cool avec les filles mères, les enfants batards et les relations.

Alors je ne dis pas que c'est pas cohérent mais, pose toi la question. Est ce cohérent? (j'ai pas dis que la réponse c'était non hein, je l'ai pas la réponse).

@ plus.
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